Il a tenu bon, malgré la pandémie, malgré la guerre. Harutyun Khachatryan, son Président co-fondateur, est dans les starting-blocks. Du 3 au 10 octobre se tiendra le 18ème Festival International du Film d’Erevan, la capitale de l’Arménie. En avant-première, nous sommes allés dans les coulisses de ce festival. Clap ‶ Première ! ″

Il ne porte pas son légendaire chapeau feutré, qui l’accompagne dans tous ses documentaires. « Je ne fais pas de films de fiction, tient-il à préciser. Je suis un spécialiste, par contre, du film documentaire. » Dans son bureau qui se situe près de la place de la République, Harutyun Khachatryan a l’air détendu : « Nous sommes prêts à presque 100% pour le festival qui commence dimanche prochain. »

Cet homme est incroyable. A l’époque soviétique, il est, quasiment, tombé dans le 7è art quand il était petit. Il est né en Géorgie en 1955, dans un village, Akhalkalak, proche de la frontière avec l’Arménie. A l’âge de 5 ans, un malheur vient frapper à la porte de sa famille. Il devient orphelin de père. Avec ses deux sœurs, et ses 3 frères, la vie reprend le dessus. Par chance, il commence à passer de l’ombre à la lumière en rencontrant, (est-ce le hasard ou la destinée ?), un projectionniste. Il devient son assistant. De l’âge de 11 ans à l’âge de 16 ans, il passe l’essentiel de son temps libre avec lui. Il parcourt les 56 villages de sa région, apprend le métier et regarde des films russes, allemands, et, indiens. En 1971, toute la famille déménage à Erevan. Il effectue son service militaire entre 1973 et 1975. Puis, il entreprend des études à l’Université d’Etat d’Erevan, à la Faculté de théâtre et de cinéma. A la sortie, il devient assistant du directeur cinématographique Albert Savuryan.

Zoom sur le film arménien

Harutyun ne pourra pas vivre de sa passion. Après l’indépendance de son pays et son détachement de l’ex-URSS, le cinéma arménien n’a plus les moyens. Il entre en hibernation. Conséquence : entre 1992 et 2003, Harutyun va limiter sa passion à des virées nocturnes où il renoue avec sa passion, et, pendant la journée, il travaille comme contrôleur dans la construction. L’Arménie va attendre une dizaine d’années avant de retrouver les moyens pour financer son cinéma national. Au bout de la traversée du désert, l’Etat, la diaspora, des ONG comme l’Union Générale Arménienne de la Bienfaisance, l’UGAB, et, des bienfaiteurs comme Raymond Yezeguelian, vont intervenir.

Malgré cette parenthèse d’une dizaine d’années, le cinéma arménien a une longue histoire derrière lui. Il fêtera son centenaire dans deux ans. Il est né, officiellement, en 1923, sous l’ère de Staline. Et, le premier film 100% sur un sujet arménien a été produit et réalisé entre 1912 et 1913. Le pionnier s’appelle Vahan Zartanian, il a réalisé Haykakan Sinema. En 1924, le premier studio de cinéma sort de terre. Le premier documentaire, qui y est réalisé, est sur l’Arménie soviétique. Puis, ce sera le premier film muet en noir et blanc, Namus, réalisé par Hamo Beknazarian. Il faut attendre 10 ans, en 1935, pour que soit produit le premier film sonore, Pepo, réalisé par Hamo Beknazarian.

Le Festival de l’Abricot d’or

La force du cinéma arménien, c’est d’avoir pu s’exporter. Il n’avait pas le choix. La raison ? Le génocide de 1915-1921, qui a touché une famille arménienne sur deux. A 4 ans, Ashot Malakian, débarque à Marseille. Sa famille fait partie des rescapés. Il va devenir Henri Verneuil, et, être le réalisateur, le scénariste et le producteur à succès, mondialement connu. Il aurait eu 101 ans cette année. Il les aura le 15 octobre. Le 18è Festival de l’Abricot d’or pourrait se souvenir de lui, lors de son ouverture, prévue le 3 octobre, et, lors de sa clôture, le 10. A la fin de sa carrière, Henri Verneuil avait réalisé le clip Pour toi, Arménie, de son ami Charles Aznavour, au lendemain du tremblement de terre survenu à Spitak, le 7 décembre 1988. Le petit Ashot apeuré de Marseille avait bien grandi. Il avait l’œil de reconnaître les futures stars, comme Alain Delon ou Jean-Paul Belmondo. Il y a 30 ans, en hommage à sa maman, et, à l’Arménie il avait réalisé l’un de ses derniers films Mayrig (Maman en arménien).

Ici, à Erevan, le 3 octobre lors de ce 18e festival, « il y aura une cinquantaine de films en compétition, explique Harutyun. Nous avons, cette année, un budget de 100 000 euros. Il est en baisse en raison de la pandémie. Mais nous aurons un beau festival. » Parmi les membres du jury, on retrouve le producteur français François d’Artemare. Il a travaillé avec le producteur franco-arménien Alain Terzian sur le film Les Visiteurs, en 1993. De fait, ce 18è festival célèbrera, comme il se doit, l’amitié franco-arménienne. Clap de fin.

Reportage réalisé par Antoine Bordier, auteur, consultant et journaliste

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