Photo A. Bordier

De notre envoyé spécial, Antoine Bordier

Du haut de son 1,90 m, il est un grand serviteur de l’Etat argentin. Sur les hauteurs de la capitale, Erevan, où se trouve l’ambassade, avec son équipe, il est en train de déployer toute la diplomatie argentine en Arménie. Il a une priorité : développer le business entre les deux pays-frères. Arrivé en février dernier, dans un contexte difficile, il a pris l’initiative, le 30 septembre, d’ouvrir la chambre de commerce d’Argentine. Portrait d’un homme, haut-en-couleurs, qui aime, autant la diplomatie que l’entreprise, et, la langue de Molière.

Au numéro 32 de l’avenue Sayat-Nova à Erevan, se situe l’Ambassade d’Argentine en Arménie. Dans son bureau perché au 2è étage d’un bel immeuble caché derrière un arbre gigantesque, à l’abri des regards, Mariano Vergara est là, entouré de ses collaborateurs. L’ambassade est petite. Elle n’a rien à voir avec l’Ambassade de France et l’Ambassade d’Italie, qui se situent près de l’hôtel de ville. Il reçoit simplement, propose un verre d’eau. Il demande à sa plus proche collaboratrice de rester pendant l’entretien. Son bureau est spacieux, mais il est sous les toits. Il ne ressemble pas à un bureau d’ambassadeur. Il reste simple. A l’entrée, deux drapeaux argentin et arménien vous accueillent.

L’ambassadeur est décontracté. Ce diplomate de carrière a appris le français en Argentine. Avec son roulement des r, et, son accent, les échanges se font presque chantants. Une mélodie s’installe. A bientôt 51 ans, sa spontanéité ouvre la possibilité de poser des questions plus personnelles, moins protocolaires. D’ailleurs, c’est un homme libre et détendu, qui est là assis dans son canapé en cuir noir. C’est un amoureux de la nature et des paysages andins, dont les photographies disséminées partout dans l’ambassade vous invitent au voyage.

Avant d’être nommé comme Ambassadeur à Erevan, il était le Directeur de la Coordination des Commissions pour l’Argentine au sein du Comité Intergouvernemental des Pays du Bassin de la Plata. Le CIC regroupe cinq pays, dont la Bolivie, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. Autant dire qu’il est habitué aux grands espaces. Le bassin de la Plata a une superficie équivalente à celle de l’Inde, soit 3,2 millions de km2. En arrivant en Arménie, dans ce petit pays que j’appelle ‶ confetti ″, le nouvel ambassadeur n’est pas pour autant dépaysé. Ici, dans le Caucase-Sud, il vit au milieu des montagnes. Elles lui rappellent sa cordillère des Andes.

De Buenos Aires à Erevan, en passant par Bahia

Mariano Vergara a fait toutes ses études de droit à l’Université d’Etat de Buenos Aires, UBA. « C’est la plus grande d’Argentine, et, l’une des plus grandes d’Amérique Latine. » Puis, il continue ses études en politique internationale et en droit constitutionnel à Madrid. A l’âge de 15 ans, il savait, déjà, qu’il voulait devenir diplomate. A 24 ans, il devient avocat et démarre sa carrière diplomatique au sein du Ministère des Affaires Etrangères. Né dans un pays qui s’ouvre à la vie démocratique en 1983, en atterrissant en Arménie, le 7 février, il arrive dans un pays qui est un ‶bébé démocratique″. Depuis, son indépendance en 1991 et sa ‶révolution de velours″ en 2018, l’Arménie apprend tout juste à faire ses premiers pas sur le chemin de la démocratie. Le nouvel ambassadeur connaît, donc, bien les enjeux et les difficultés du pays. Son expérience est importante. Il a vécu plusieurs fois au Brésil, notamment à Bahia, où il a été consul et où il a développé son esprit entrepreneurial. Il aime l’entreprise, c’est certain.

« Bahia est en endroit magique, incroyable. Il y a une population importante noire, issue d’Afrique, et, beaucoup de Français y viennent en vacances. La culture d’entreprise y est très forte. » A Bahia, il y développe spécifiquement ses talents de négociateurs, et, de de visionnaire. Entrepreneur dans l’âme, il y fonde entre 2014 et 2017, la Chambre de Commerce d’Argentine. Depuis, une cinquantaine d’entreprises argentines se sont installées et ont développé des projets commerciaux, industriels, en partenariat avec des entreprises locales. C’est ce qui distinguerait Mariano Vergara des autres ambassadeurs : il estime qu’il doit créer des ponts entre les entreprises et les pays.

Des Argentins en Arménie

En arrivant en Arménie, le nouvel ambassadeur a une vraie ambition : « Multiplier les relations commerciales et culturelles entre nos deux pays. J’ai bien conscience que nous avons une histoire commune. Même si nos pays sont lointains, tout au long de l’histoire nous nous sommes rapprochés. Nous avons en Argentine, près de 150 000 Arméniens. Ils ont fui les différents pogroms de l’Empire ottoman, à la fin du 19è et au début du 20è siècle. Et puis, il y a eu le paroxysme de 1915, le génocide. Parmi les plus célèbres Arméniens ayant fui et vivant en Argentine, nous avons des grands entrepreneurs, comme Eduardo Eurnekian. Son groupe gère la concession aéroportuaire de Zvarnots, l’aéroport d’Erevan. » Il est même un héros national de l’Arménie. Né en 1932 à Buenos Aires, il a créé un groupe dans les médias. Puis, il a investi dans des infrastructures aéroportuaires. Son groupe en posséderait près de 80 dans le monde entier.

De son côté, Mariano Vergara a, déjà, commencé à marquer la terre arménienne de son emprunte. Le 30 septembre dernier, il ouvrait la Chambre de Commerce d’Argentine en Arménie. Il compte faire venir une dizaine d’entreprises cette année. Il veut, également, multiplier les échanges entre les deux pays en organisant des missions économiques. Il veut participer à l’émergence de nombreuses start-ups, et, soutenir des fonds d’investissements argentins. Sur place, il n’est pas seul. Il sait que des Argentins ont, déjà, investi. Dans le secteur de l’agriculture, il y a de belles signatures, comme le vin Karas, qui appartient à une nièce d’Eduardo Eurnekian, Juliana Del Aguila.

Eduardo Eurnekian en visite à Erevan

L’hommes d’affaires est venu en personne à Erevan pour à la fois féliciter le nouvel Ambassadeur et annoncer des bonnes nouvelles au Premier ministre réélu, Nikol Pachinian. C’était le 12 juillet dernier. Le Premier ministre l’avait accueilli par ces propos : « Cher Monsieur Eurnekian, soyez le bienvenu à Erevan. Je suis heureux de vous revoir. Votre visite est toujours importante, car vous êtes l’un des investisseurs les plus importants de la République d’Arménie, en particulier l’un des plus importants investisseurs de la diaspora. Par conséquent, je pense que votre envie d’investir déterminera l’humeur générale des investisseurs ».

Monsieur Eurnekian lui avait répondu : « Oui, nous allons continuer à faire des investissements importants. Nous proposerons bientôt un nouveau portefeuille d’investissements dans le domaine de la construction d’aéroports. Mon cousin Martin, qui s’occupe de tout cela, viendra très prochainement en Arménie pour prendre contact avec votre contact désigné et discuter du plan d’investissement. Nous sommes très satisfaits des développements dans le secteur du vin et de la viticulture que nous avons pu identifier. »

Le potentiel des services

Pour Monsieur l’Ambassadeur, ce sont les services avant-tout qu’il faut développer. Les deux pays étant distants de plus de 14 000 kms, la stratégie d’alliance, et, les échanges commerciaux de biens et de matières premières ne sont pas d’actualité. « Nous voulons développer les échanges de services entre nos deux pays, dans le secteur de l’agriculture, en produisant localement et en vendant les produits dans la région du Caucase. Nous regardons de près les secteurs bancaires, médicaux, et, les nouvelles technologies de l’information. »

Mariano Vergara est le 4è ambassadeur argentin en Arménie. Il ne sait pas combien de temps il va rester. L’ambassade a été ouverte il y a 10 ans, en 2011. Amoureux de la montagne et de la cordillère des Andes, il se retourne vers le mur de son bureau et pointe du doigt les grandes photos encadrées, dont les couleurs naturelles sont à couper le souffle. Ses enfants scolarisés en Italie viendront le voir pendant les vacances de la Toussaint. Ensemble, ils iront skier dans la célèbre station de Tsakhkadzor. « Le potentiel touristique est énorme, conclue-t-il. » Comme s’il pensait, déjà, à quelques projets de développement.

Reportage réalisé par Antoine Bordier

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