L’Arménie est en effervescence. De nombreux projets immobiliers s’y développent. A Erevan, sa capitale, qui concentre 1/3 de la population globale du pays, un projet majeur va bientôt voir le jour. Immersion avec son promoteur, Edward Avetysian.

Il est né en Arménie, en 1959. Exactement à Sevan. Cette petite ville de 19 000 habitants borde le lac du même nom. Il est situé à plus de 1 900 mètres d’altitude. Pour s’y rendre, d’Erevan, il faut mettre une petite heure. Le lac est magnifique au mois de mai. La lumière du soleil perce à travers les rares nuages, et, transforme cette petite mer intérieure, deux fois plus grande que le lac Léman, en Suisse, en miroir géant. La beauté du paysage s’y reflète. Elle exulte en ce mois de mai. Les resorts et restaurants y sont encore peu nombreux. La nature semble préservée. Dans le ciel des mouettes continentales, blanches et argentées, volent et piquent dans les eaux froides du lac à la recherche de leur nourriture matinale. « Le poisson y est très bon, explique Edward Avetysian. Regardez cet environnement, n’est-il pas beau ? J’y ai vécu toute mon enfance, avec mes 3 frères et mes 2 sœurs. » Avec ses amis de la diaspora, arrivés il y a quelques jours de Belgique, de France et de Suisse, Edward parle de son nouveau projet immobilier. Il montre quelques photos. « Il y aura un business center, un immeuble de logements et un hôtel. » Le projet est important, il n’en existe pas d’équivalent, actuellement, en Arménie. Même si à Erevan, une vingtaine d’immeubles sont à moitié sortis de terre, le projet Avangard City sera le premier d’une telle ampleur. Loin de la beauté et du calme naturel de Sevan, Erevan concentre une grande partie de la création de richesse et du développement économique du pays. Artush Yeghiazaryan, qui vient de s’installer définitivement dans le nord-ouest, après avoir vécu 20 ans en Suisse, souhaiterait qu’il y ait « plus de décentralisation en Arménie ». Lui, qui vit à Gyumri, à deux heures de la capitale, rêve de nouvelles infrastructures pour sa ville. Pour l’heure, c’est à Erevan qu’Edward a décidé de poser la première pierre d’Avangard City.

  • De l’Arménie à la Russie

Ses parents, Arvan et Seda, peuvent être fiers de lui. Après ses études supérieures à l’Ecole Polytechnique de Moscou, en ingénierie de construction, Edward crée sa première société dans ce secteur, Stroitel. Entre 1988 et 2000, il construit principalement des infrastructures routières. A 29 ans, il n’a pas froid aux yeux. Il vit, en même temps, l’époque de la fin du bloc-soviétique. Il sent que son pays va, également, profiter de la « perestroïka ». Gorbatchev est en train de gagner son pari de mettre plus de transparence dans les rouages du parti communiste. On connaît la suite de sa nouvelle politique qui glisse vers la démocratie. Les conséquences en seront à la fois désastreuses et bienheureuses. Désastreuses pour lui-même et son parti. Le 6 novembre 1991, le parti communiste est dissout, et, le 25 décembre de la même année, il est renversé par un coup d’Etat. C’est le début de la fin de 75 ans de communisme totalitaire. Les Républiques soviétiques se libèrent et deviennent indépendantes. C’est le cas de l’Arménie. Sa population, minée par une grande crise économique, se met à espérer, et, à entreprendre. Edward est aux avant-postes de cette liberté. Il construit des routes dans toute la Russie. Des milliers de kilomètres de nouvelles routes sont bitumées, comme celles de Nechernozemye, dans le centre du pays. Il n’oublie pas les routes de Sibérie, réputées pour être les plus dangereuses de la planète, notamment, à cause du froid polaire. En 1989, Edward fait une pause familiale et se marie avec Knarik. De cette union vont naître Anna et Sergey qui travaillent, encore aujourd’hui, à ses côtés. En 2000, il rentre définitivement au pays. Sa société a grossi. Elle est composée de plus de 1000 salariés. Il en lance une nouvelle : Avangard Motors, et, devient l’importateur exclusif de la marque Mercedes, tout en continuant ses activités en Russie.

Du neuf et de l’ancien

Avant de se porter acquéreur de cet ensemble immobilier qui dominait Erevan, il y avait sur ce promontoire situé entre la statue de la Mère Patrie, la Mère Hayastan, et, le quartier des Universités de la capitale (au-dessus d’Aboyan Square), le Centre de Jeunesse et un immeuble d’habitations en forme d’épis de maïs. « A la fin de 2002 et au début de 2003, quand j’ai racheté cet emplacement et ces immeubles devenus insalubres, il n’y avait plus que 37 familles. Le deal de la vente s’est fait à la condition que je reloge, à mes frais, ces familles dans Erevan. C’est ce que j’ai fait. J’ai acheté 35 appartements, et, 2 familles ont souhaité recevoir l’équivalent en trésorerie. C’était un risque financier, que j’ai accepté de faire » raconte Edward. Quand on est sur site, au-dessus de l’axe routier qui relie la ville-basse à la ville-haute d’Erevan, on a du mal à se rendre compte de l’ampleur du projet. A l’époque, le dilemme du promoteur était soit de restaurer, soit de tout raser et de reconstruire. Exit l’ancien, place au neuf. Pas si simple, dans les faits. Avec ses équipes, Edward essaie dans un premier temps de restaurer les bâtiments et les 3 ha du site. Ces opérations s’avèrent compliquées à réaliser et très coûteuses. « Entre 2003 et 2008, nous avons essayé de rénover le site. Mais, c’était très complexe techniquement. Avec les nouvelles normes anti-sismiques, qui ont suivi le tremblement de terre de Spitak, où les constructions doivent supporter des séismes jusqu’au curseur le plus haut de l’échelle de Richter (ndlr : c’est-à-dire 9), nous avons, finalement, décidé de tout raser. Entre 2008 et 2009 nous avons procédé à la démolition de tous les bâtiments, excepté celui dans lequel nous nous trouvons. Et, qui sert de bureau. »

Un appel d’offre international

En 2010, Edward lance un appel d’offre international. « Pour un tel projet de construction, pour Avangard City, j’ai besoin de m’entourer des meilleurs architectes. C’est pour cela que j’ai lancé cet appel d’offre international. J’ai demandé à l’Ordre des Architectes de Paris de s’en occuper. Il a été lancé auprès de 275 architectes dans 71 pays. » L’enjeu est de taille, le budget aussi. Edward a, déjà, englouti plusieurs millions d’euros. En 2010, il fait, également, l’acquisition d’un lot complémentaire qui jouxte le premier lot acquis 7 ans auparavant. Il multiplie ainsi par 5 la taille de son projet. « Avec cette dernière acquisition, explique-t-il, nous sommes passés d’un projet de 9 000 m2 à un projet de 50 000 m2. » Certains parlent, déjà, dans les coulisses de la profession immobilière, de « la nouvelle Arménie ». En tout cas, ce projet est majeur. Comme le budget global, qui dépasse les 300 millions d’euros. Quelques mois après le lancement de l’appel d’offre, les premières réponses tombent. Une short-list est arrêtée. Finalement, ce sont des architectes japonais qui remportent l’appel d’offre. Parmi les 5 finalistes, il y avait un Français. La différence s’est faite sur la capacité technique et sur les normes anti-sismiques. Le dernier tremblement de terre en Arménie a eu lieu le 13 février dernier, il y a tout juste 3 mois. Sa magnitude était de 4,7 sur l’échelle de Richter. Son épi-centre était situé à 8 kilomètres au sud-est de la capitale. Aucune conséquence majeure n’a été constatée. En 1988, le tremblement de terre de Spitak avait fait plus de 25 000 morts, 15 000 blessés et 500 000 sans-abris. « Avec les architectes japonais, explique Edward, nous pouvons être sûr de bénéficier des meilleures technologies de construction anti-sismiques. »

L e projet Avangard City en images

Avant de conclure l’interview, Edward se lève. Il est accompagné de son directeur général, de sa fille Anna, et de son gendre Hayk. La porte du bureau s’ouvre, entre Felix Pirumyan, qui a été l’ancien ministre de la Construction, entre 1993 et 1999. « C’est mon conseiller », explique Edward. Il fait les présentations et nous nous dirigeons de l’autre côté du bureau où sont exposées les maquettes du lauréat japonais. « Le premier bâtiment est le business center, puis, vous avez l’hôtel et l’immeuble d’habitations. Nous allons construire 30 000 m2 de bureaux très innovants, un hôtel de 300 chambres, et, entre 8 et 10 000 personnes pourront vivre ici. Nous avons, aussi, prévu un parking pour 4 000 véhicules. Tout autour, il y aura un parc. Et, nous allons refaire l’infrastructure autoroutière. » Le projet est ambitieux. Il a l’air somptueux sur la maquette. Mais, je m’interroge. Je suis sceptique. Non pas sur le sérieux du projet, ni sur les moyens, mais sur certains détails. Avangard City sera entouré du réseau routier actuel qui relie le nord et le sud de la capitale. Et, quid du bruit ? « Nous sommes en train de solutionner ce problème, répond Edward. Nous sommes, aussi, en train de finaliser le sourcing des différents corps de métier, qui travailleront sur le projet. » D’autres questions se posent, comme la protection de l’environnement, la gestion de l’énergie et l’émission de CO2. « Notre projet n’est pas de créer un quartier écologique. Mais nous allons mettre des panneaux solaires sur nos toitures. Et, Avangard City aura son parc. » L’entretien se termine, nous sortons à l’extérieur. Nous nous dirigeons à l’extrémité du piton rocheux qui sert d’assise à l’ensemble du site. Erevan est là devant nous. Nous apercevons le mont Ararat qui culmine à plus de 5 000 mètres. La vue est à couper le souffle. Edward se penche légèrement et montre la route. « La rue Saralanji et Abovyan square vont être réaménagés. » La pose de la première pierre est prévue avant la fin de l’année 2021.

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