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Ultra-libéralisme et égoïsme

Entreprendre - Ultra-libéralisme et égoïsme

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La chronique économique hebdomadaire de Bernard CHAUSSEGROS

Notre France, fondée sur la constitution de 1958 est une République structurée autour des grands principes démocratiques et des valeurs sociales et humanistes. Ces valeurs sont largement inspirées par celles que prônaient des hommes d’État formés aux luttes pour la liberté dans le cadre de la seconde guerre mondiale.

Mais depuis 1958, nul n’ignore que le monde a changé, notre démocratie aussi, lentement durant la deuxième moitié du XXe siècle, et de plus en plus vite depuis, et notamment sous l’influence des progrès technologiques, l’apparition d’internet, la circulation accélérée de l’information et les évolutions du système économique sous-jacent.

La démocratie voulue par le général de Gaulle portait en elle des valeurs sociales et le capitalisme qu’elle revendiquait impliquait une intervention institutionnelle qui entendait respecter les personnes humaines et imposait une intervention d’un État garant des libertés publiques.

Sous l’influence de personnalités nouvelles et différentes, bien que se disant héritières du Gaullisme, et des changements de stratégie de l’économie mondiale, notre démocratie a énormément évolué, dans le cadre d’un nouveau capitalisme dégagé de ses préoccupations humanistes. Petit à petit, les politiques économiques et sociales fondées sur l’intérêt collectif a été remplacée par une volonté de glorifier les réussites individuelles et la recherche d’une maximisation des profits. La mondialisation rampante de cette économie libérale a progressivement marginalisé la vision française toujours vaguement inspirées par les idées philosophiques du siècle des Lumières, et le monde des « boomers » a été remplacé par celui des « millénials », et notre devise « Liberté, Egalité, Fraternité » a été largement « rabotée », y compris sur nos pseudos libertés d’expression.

Deux cultures très opposées, comme une lutte entre des Anciens, attachés aux valeurs humanistes et des Modernes attachés à ce que l’on peut qualifier « d’ultra-libéralisme ». Pour les Nouvelles Générations qui sont la France d’aujourd’hui, mais que l’on rencontre aussi dans la plupart des pays du monde et des sociétés de type occidental, l’essor de l’Ultra-libéralisme en est le trait caractéristique, mais également, de toute évidence, le reflet d’un Égoïsme flagrant.

L’ère moderne a, en effet, vu naître cette vague où le mêtre-étalon n’est plus le travail mais l’argent, c’est indéniable. Elle s’est traduit, pour les citoyens, par un fort développement de l’individualisme et pour les entreprises, par le recours accéléré à la théorie économique de la liberté des marchés. Cette tendance, dont l’impact sociétal et philosophique est devenu considérable, influence donc désormais les comportements et les mentalités individuels, en particulier chez les jeunes générations, comme on l’a perçu, tant en France qu’à l’échelle mondiale.

L’ultra-libéralisme, on le sait, est une doctrine économique et politique qui prône une liberté d’entreprendre quasi totale, qui minimise le rôle de l’État, et qui entend même le marginaliser dans la régulation des marchés. Ce courant de pensée a fini par imposer la responsabilité individuelle et la concurrence sans limite pour en faire les seuls moteurs du progrès et de la prospérité.

Un contexte particulier

En France, l’ultra-libéralisme se heurte pourtant à une tradition de protection sociale et d’intervention étatique qui demeure forte. Néanmoins, ces dernières années, on a vu cette idéologie s’imposer progressivement, à peu près dans tous les secteurs d’activité, comme dans la vie citoyenne et sociale. Mais c’est particulièrement le cas chez les jeunes entrepreneurs et dans le secteur technologique.

À l’échelle de la planète, l’ultra-libéralisme est porté par de grandes puissances économiques, comme les États-Unis, et par des entreprises gigantesques ayant un impact plus qu’excessif sur l’évolution des modèles économiques, et des valeurs morales. L’ultra-libéralisme transforme les politiques économiques internationales et favorise la globalisation des marchés.

Entre adhésion et égoïsme

Au sein des nouvelles générations, cette vague ultra-libéraliste se traduit, de manière quasiment instinctive, par le développement d’un individualisme affirmé, voire forcené, qui renie malheureusement les valeurs fondamentales de l’humanisme. La mise en exergue du succès personnel, la glorification de l’entrepreneuriat, et la « philosophie » parfois délétère de la réussite financière s’accompagnent souvent d’un repli sur soi. Mais ce qui est notable et socialement regrettable, c’est de constater, au sein de ces générations plus égoïstes, un moindre engagement collectif, c’est-à-dire une perte de l’esprit citoyen qui permet généralement la construction de l’idée d’État ou de Nation.

Un Symptôme ou un Choix ?

L’égoïsme observé chez certains jeunes, ou dans certaines classes d’âge, est le symptôme flagrant d’une société frappée par par ce courant. Mais il peut aussi être interprété comme le résultat d’un choix conscient, d’une adaptation voulue, et sans doute désirée, à un monde perçu comme plus compétitif, et ressenti comme particulièrement attractif car plus incertain. « Isoler c’est aussi maitriser »..un peuple sans guide, c’est un troupeau de moutons..

Cette tendance a, de facto, des répercussions sociales et économiques notables. Certes, elle permet d’espérer une redynamisation de l’économie par l’innovation et l’entrepreneuriat, dans un mouvement des plus enthousiasmant qui peut faire le bonheur des populations par l’enrichissement de la société. Mais il ne faut pas s’illusionner, et encore moins le nier, elle peut également conduire à une augmentation des inégalités, qui ne peut être que source d’une fragilisation du lien social, et donc de la société elle-même.

L’avenir de cette vague ultra-libéraliste dépendra de la capacité des sociétés humaines à trouver le juste équilibre entre liberté individuelle et solidarité collective. En France comme ailleurs, le défi sera de concilier ces tendances avec le maintien d’un tissu social cohérent et solidaire.

Nécessaires débats

Ces changements comportementaux soulèvent des questions éthiques fondamentales sur l’évolution de nos sociétés. Entre opportunités et défis, ces tendances reflètent un monde en grande mutation, où les choix d’aujourd’hui définiront fatalement le visage de l’humanité de demain.

Cette courte analyse liée à ces enjeux vise donc à provoquer une réflexion, mais aussi des débats nécessaires, sur la direction que nos sociétés choisissent de prendre dans un contexte économique et social en constante évolution et où les disparités sont de plus en plus criardes.

Bernard Chaussegros


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