Relance économique : le rôle crucial de la culture

La chronique économique hebdomadaire de Bernard CHAUSSEGROS

DOSSIER SPECIAL : Pas de relance économique sans une analyse sectorielle et humaine !

Semaine 1/4 : Relance économique : l’intervention nécessaire de l’État
Semaine 2/4 : Relance économique : le rôle crucial de la culture

Qu’est-ce que la culture ? Mille choses qui font de notre pays, un pays différent des autres, ni meilleur, ni supérieur, simplement différent et remarquable au sens propre du terme.

On parle souvent de l’exception culturelle française et de sa défense. Comme si la culture française était une exception ! Elle est une richesse incommensurable et elle est le fruit de deux millénaires d’histoire et dévolutions. Il n’y a donc pas lieu de la défendre comme un simple objet commercial en se référant à la protection d’un simple marché de la culture, même si cela a été fait depuis les débuts de la 5ème République. En fait, la question est surtout de savoir comment la France peut efficacement conserver sa culture, ses traditions et ses coutumes, préserver son mode de vivre, et tout ce qui est constitutif de la Nation qu’elle est ?

La réponse impose une volonté politique claire et un refus des ambigüités habituelles. Elle tient en trois axes, le combat économique, incluant une coopération public/privé, l’affirmation de principes moraux républicains intangibles comme la laïcité et la tolérance mutuelle, et pour le rayonnement international, le développement de la Francophonie.

Parallèlement à la politique de l’État en faveur des musées nationaux, des salles de spectacles subventionnées et de tout ce qui est, peu ou prou, subventionné sur le budget du ministère de la Culture, la culture est aussi un vaste secteur où les initiatives locales, les entreprises individuelles doivent prendre leur part.

En matière de musique, on peut citer de nombreux événements qui sont nés d’une petite envie locale et qui se sont développées pour devenir des festivals de renommée quasi internationale, l’exemple des « Vieilles Charrues » qui se tient chaque année à la fin du mois de juillet et est animé par une association et une armée de bénévole, à Carhaix-Plouguer (Finistère). Partout dans le pays, de telles initiatives sont reprises par des citoyens engagés et font revivre des pays parfois un peu loin de tout et qui font revivre leur identité. Dans le même esprit, toujours en Bretagne, la multiplication des « Bagad » démontre l’envie de protéger et de défendre une identité culturelle étroitement liée à un territoire parfois rassemblé autour d’un village. Le même état d’esprit préside à des initiatives similaires en pays provençal, en pays basque et en Corse.

Pour de nombreux écoliers ou lycéens, la culture, c’est avant tout les arts qui contribuent à la réflexion, littérature, théâtre, cinéma, et toutes les formes artistiques auxquelles les musées nous donnent accès. Mais la culture est un plus vastesujet dans lequel on peut englober les actions culturelles elles-mêmes, le tourisme et le développement digital, qui est large porte ouverte sur l’avenir.

Le tourisme culturel

À côté des grands musées nationaux, des théâtres et cinémas parisiens, les régions ont vocation à développer des initiatives locales qui traduisent la richesse de la culture régionale, mais aussi la qualité des créateurs qui y vivent. C’est ainsi que sont nés, dans des régions parfois « perdues de vue » par l’intelligentsia parisienne, des musées très spécialisés qui retracent une histoire de pays.

J’en ai un exemple, dans un village du nord de l’Yonne, Laduz, où se trouve le musée rural des arts populaires, créé en 1962 par un couple de particuliers, musée qui abrite, entre autres, une collection de milliers d’objets sur le patrimoine rural, les métiers et la vie quotidienne et aborde différents thèmes comme le travail des artisans et les jouets populaires.

Il s’agit là d’une façon de promouvoir le tourisme qui reste, malgré de efforts individuels, encore assez peu valorisé auprès des touristes. Et pourtant, sur l’ensemble du territoire, on trouve déjà des milliers de sites de cette nature, qui attirent, tous ensemble chaque année plus de visiteurs (15 millions) que le Louvre (10 millions).

Le tourisme culturel est, sans conteste, un vecteur d’attractivité de la France et de développement économique des territoires. Le poids de ce secteur est actuellement estimé à près de 100 000 emplois et générerait environ 20 milliards d’euros.

C’est la preuve que le tourisme et la culture sont pour notre pays deux thématiques complémentaires qui peuvent se développer localement sur des initiatives individuelles, avec ou sans le soutien des collectivités locales, mais avant tout, grâce à l’engagement individuel. En réalité, les institutions locales ont tout intérêt à favoriser et à accompagner de tels projets. Outre les retombées économiques que cela suscite, l’impact est fort en termes de renouveau de la vie locale, en opposition avec le parisianisme un peu trop élitiste, et il peut permettre d’apporter des solutions parfois pérennes, parfois saisonnière sur le marché de l’emploi. Même à distance des grandes métropoles de province, la fréquentation touristique générée par les sites culturels influence le développement économique des territoires, la culture devenant le catalyseur des stratégies locales.

Ce tourisme du « savoir-faire » est très apprécié par le public et est une exception à la Française. Elle englobe le monde l’artisanat, mais aussi celui de certaines entreprises accessibles dans des secteurs très divers comme les centrales nucléaires, les chantiers navals, les industries du luxe ou les artisans d’art. Ce tourisme se caractérise par une grande diversification de l’offre touristique française dans les territoires. Il représente donc une niche concurrentielle à exploiter, surtout dans notre pays qui est, par sa richesse historique, culturelle et industrieuse, très largement pourvu en sites d’intérêt.

Véritable levier de croissance pour certaines entreprises qui vendent essentiellement leurs produits sur site, il permet de valoriser le « Fabriqué en France », dans l’artisanat et et les métiers industriels auprès du jeune public.

Une autre forme de tourisme, qui se rattache au savoir-faire et permet d’en tirer réellement parti, est le « slow tourisme », cet art de voyager « en prenant son temps », de s’immerger dans le milieu naturel la richesse du patrimoine. C’est privilégier les rencontres, savourer les plaisirs de la table, avec le souci du respect du territoire et de ses habitants. Pratiquer le « slow tourisme » c’est renouer avec ses origines en s’immergeant au cœur des territoires, pratiquer un tourisme écologique en réduisant l’impact écologique des déplacements, dans le respect des patrimoines existants.

C’est une façon différente d’accéder à la culture de notre pays en partageant des modes de vie parfois inconnus, de s’étonner de belles rencontres et d’en apprendre plus sur les coutumes locales, s’enrichir en partageant des valeurs nouvelles, en pratiquant des activités parfois inconnues, en vivant des émotions inattendues. Le « slow tourisme » est, de par sa nature, une pratique « extraordinaire », car il surprend, il étonne, il donne de l’émotion.

Le tourisme de détente

Longtemps privilégiée par le public pour la pratique des sports de neige qui se sont développés juste après la seconde guerre mondiale, les stations de ski sont durement impactées par le réchauffement climatique. A l’horizon 2030-2050, de nombreuses stations ne seront plus enneigées, sauf à dépenser des sommes hallucinantes en neige artificielle. Dans de nombreux territoires, les communes qui pratiquent depuis longtemps le tourisme d’été, commencent à investir plus largement en équipement et proposent des activités attractives pour continuer à séduire les touristes et les attirer sur des territoires qui pourraient économiquement mourir à brève échéance.

Il faut cependant prendre en compte que le tourisme de détente est lié aux dates des vacances scolaires qui scandent la vie des familles comme l’étalement des vacances d’été au cours desquelles les touristes recherchant le beau temps ont le plus de chance d’en trouver.

Quoiqu’il en soit, conscients du poids du tourisme pour leur économie locale, de nombreuses communes dont la richesse géographique est propice à recevoir des touristes, s’engagent dans des investissements importants pour entretenir et valoriser leurs espaces, ruraux, montagnards ou côtiers. La stratégie retenue est de savoir adapter l’offre aux attentes des clients potentiels, même si elle demeure inégalement répartie selon les territoires.

Le tourisme du littoral

L’appel du littoral, première destination touristique du territoire, est de ceux dont nous avons tous rêvé. On voit d’ailleurs encore aujourd’hui, avec émotion, ces enfants des banlieues défavorisées que l’on emmène pour un week-end à la mer et qui découvrent, émerveillés, l’horizon infini de l’océan.

La France métropolitaine dispose de 5.500 km de côtes maritimes très différentes. On y trouve 473 ports de plaisance, plus de 5.000 km de chemins de randonnée et environ 3.000 km de pistes permettant le tourisme cycliste. Avec de tels atouts, le littoral est la première destination touristique française. Et de la baie de Somme au port d’Hendaye, en contournant la pointe du Cotentin et celle de la Bretagne, des plages du Roussillon au vieux port de Menton, dernière halte avant l’Italie, en passant par la Camargue et le delta du Rhône, les paysages maritimes concentrent une activité touristique qui a fait la renommée de notre pays.

La bataille a été assez tardivement engagée contre l’appropriation inacceptable des bords de mer par des riverains favorisés. Il fallait regagner la liberté d’accès au domaine public que représente l’estran. Les sentiers secrets des douaniers et des contrebandiers, les chemins de grande randonnée ont pratiquement partout retrouvé à se glisser au ras des flots. Le Conservatoire du littoral, créé en 1975, a pour mission d’acquérir des parcelles du littoral menacées par l’urbanisation ou dégradées pour en faire des sites restaurés et aménagés, dans le respect des équilibres naturels.

Mais si le littoral concentre une grande part des résidences secondaires et des hôtels de tourisme, de nombreuses autres régions disposent d’atouts importants pour répondre aux demandes très disparates des candidats à la détente. Il y a toutes les zones rurales qui offrent de belles régions bucoliques propices au repos et à la flânerie, ou que ce soit les pays de montagne, encore plus prisés, qui ajoutent au bonheur du retour à la nature, le vertige des sommets inaccessibles à tous.

Le tourisme littoral est lui aussi fortement concerné par le dérèglement climatique et les dégâts environnementaux, amplitude des marées, précipitations fortes et pollutions diverses. Le réchauffement des eaux, qui a en partie provoqué un effondrement de la biodiversité et l’érosion du trait de côte sont des phénomènes qui peuvent largement remettre en cause les activités et des projets d’infrastructures.

C’est l’un des défis des prochaines années que d’adapter l’offre et les infrastructures à des bouleversements inéluctables, par une diversification des activités, sur le territoire ou tout autour et dans l’arrière-pays pour les communes littorales.

Les bords de mer ne sont pas uniquement tournés sur les plages ou les campagnes du bord de mer. Il y a aussi la mer… Et les activités de plaisance en mer et le nautisme, activités que pratiquent des millions de personnes sur les côtes françaises. Plus d’un million de bateaux sont immatriculés dans les capitaineries des différentes régions, un quart en Bretagne, un quart sur les côtes méditerranéennes.

Ces activités se sont progressivement développées sur initiative individuelle, souvent avec le soutien des Chambres du commerce et de l’industrie locales. Elles correspondent souvent à une attitude pionnière développée par certaines associations et se fondent sur des idées et des valeurs éducatives. On peut citer comme exemple les nombreux stages de l’Union Nationale des Centres Sportifs de Plein Air (UCPA) qui ont rassemblé les jeunes générations autour des activités formatrices à la citoyenneté. On peut également citer l’exemple du centre nautique des Glénan sur la commune de Fouesnant dans le Finistère, dont la renommée comme école de voile n’est plus à faire.

Le tourisme de bord de mer englobe aussi le secteur de la croisière maritime qui, pour la France, à l’instar de ses voisins, l’Italie ou l’Espagne, représente une activité source de revenus importants, même si elle a été frappée comme beaucoup d’autres par le gel de l’économie durant les confinements successifs dus au COVID. Outre des destinations à partir de la métropole sur l’ensemble du bassin méditerranéen, la France, depuis les Antilles notamment, offre de nombreuses destinations prisées des touristes dans les Caraïbes.

Et même les destinations sur l’Océan Atlantique semble régulièrement progresser, grâce à la dynamique portée par les ports du Havre, de Cherbourg et de La Rochelle. Ce secteur, qui touche l’ensemble des façades maritimes de notre pays, est en croissance régulière depuis des décennies, même si les leaders européens restent l’Allemagne, la Grande-Bretagne et l’Irlande. En effet, la France ne dispose pas dans tous ses ports, d’infrastructures suffisantes au regard des normes mondiales pour recevoir certains « géants des mers » que sont devenus les bateaux de croisière modernes. C’est donc tout un marché qui va s’imposer aux collectivités locales intéressées, en même temps qu’il serait opportun d’assurer un lien pratique et simple d’accès pour les touristes entre les ports et les aéroports.

Le tourisme fluvial

Apparu en France dans les années 70, le tourisme fluvial a longtemps été longtemps considéré comme un petit marché de niche qui ne semblait pas devoir être réellement rentable pour les opérateurs. Et aujourd’hui, il est l’une des filières qui draine une vraie clientèle pour le tourisme français. Il réunit cinq filières différentes, les paquebots fluviaux, les péniches-hôtels, les bateaux-promenades, les bateaux de location et la plaisance privée.

Les rivières navigables et les canaux de France offrent d’innombrables perspectives d « slow tourisme ». On peut citer les itinéraires au départ de Joigny, sur l’Yonne et le canal de Bourgogne, le canal de Nantes à Brest qui traverse le centre Bretagne, le canal de la Somme qui relie le canal de Saint-Quentin à la Manche, et bien-sûr le parcours célèbre du canal du Midi qui relie la ville de Toulouse à la mer Méditerranée depuis le XVIIème siècle. Et ce ne sont que quelques exemples qui illustrent bien l’impact économique du tourisme fluvial sur l’ensemble des territoires. Il répond parfaitement aux attentes des clients qui sont à la recherche d’expériences nouvelles et de visions nouvelles des pays traversés, lentement d’écluse en écluse et non plus aperçus en quelques secondes depuis le ruban de béton des autoroutes. Il offre à ceux qui le pratiquent la possibilité de se ressourcer tout en ayant la possibilité de valoriser un patrimoine naturel et culturel méconnu.

Le tourisme à vélo

Pas forcément en lien avec le bord de mer, le tourisme à vélo est devenu une activité de tourisme et de loisir de plus en plus prisée. La prise de conscience des questions d’écologie, et notamment du bilan carbone des déplacements, a ramené les Français, qu’ils soient citadins ou ruraux, à l’utilisation de la bicyclette. Et en dehors de l’utilisation au quotidien, la pratique du vélo pendant les vacances est devenue une activité incontournable. Les plus réticents à l’effort ou les plus âgés ont trouvé dans la mise sur le marché de nouvelles générations de vélos électriques, un excellent moyen de se déplacer sans trop souffrir et de faire du sport de façon douce. Le cyclotourisme est devenu la première pratique d’itinérance touristique sur le territoire, devant la randonnée pédestre, et le vélo un marché très actif, dans la mesure où les Français en achètent environ 3 millions chaque année, tous types confondus.

Cette pratique a incité les collectivités locales, pour fluidifier le trafic, mais aussi pour sécuriser les déplacements des cyclistes, à ouvrir des voies des pistes cyclables parallèle aux routes départementales, des chemins pour les VTC ou les VTT pour pénétrer la nature sans la détériorer, voire des routes adaptées, dans le respect du schéma national des véloroutes et des voies vertes qui représentent plus de 25.000 km en France métropolitaine.

Parmi ces circuits réservés à la pratique apaisée du vélo et à la découverte des richesses de nos sites naturels, on peut citer des itinéraires renommés au niveau européen comme la « Vélodyssée » qui longe le littoral atlantique, la « Loire à Vélo » qui suit le cours du fleuve sur ses « levées » dans le Val-de-Loire ou la « Via Rhôna ».

Les investissements consentis par les collectivités locales pour la réalisation de telles infrastructures ont eu des retombées économiques substantielles pour les territoires, financièrement s’entend, mais aussi en termes d’emplois par la fourniture de services aux cyclotouristes, ateliers de réparation, possibilité d’hébergement et de restauration. Mais ces parcours nouveaux ont également pu drainer les visiteurs vers de nouveaux sites touristiques, voire vers des sites un peu oubliés à l’écart des routes habituelles.

L’hôtellerie et la restauration

L’hôtellerie existait déjà à l’époque romaine et offrait des étapes aux commerçants et aux fonctionnaires de l’empire. Plus tard, sous le contrôle de l’église, des auberges accompagnaient sur toutes routes d’Europe, les déplacements des pèlerins. Bien plus tard, une certaine hôtellerie de prestige s’est développée pour satisfaire une clientèle de l’aristocratie et de la grande bourgeoisie, tandis que le pays restait celui des auberges telles que celle décrite par Victor Hugo dans les Misérables (« Au sergent de Waterloo », l’auberge des Thénardier à Montfermeil. Certaines étaient encore moins fréquentables comme l’Auberges des Adrets de Robert Macaire où l’on assassinait le client.

L’hôtellerie que l’on connait, de toute évidence liée à l’essor du tourisme en France, a connu son réel démarrage après la fin de la seconde guerre mondiale, avec la construction de nouveaux établissements et le choix de nouvelles localisations, une forte concurrence des prix, et l’apparition des chaînes à travers l’Europe, puis le monde entier. On est loin de l’hôtel de la plage de Saint-Marc-sur-Mer des « Vacances de M. Hulot » !

Dans un pays centralisé et jacobin comme la France, le développement de cette activité est indéniablement lié au besoin de désenclavement et de développement économique des régions éloignées des sphères du pouvoir de la région parisienne. C’est pourquoi, tout est lié, activité de loisir et sportives, développement des stations en bord de mer ou à la montagne, puis dans certaines régions rurales, construction d’hôtels et rénovation de sites historiques transformés en résidences de charme, restauration et surtout gastronomie, autre fleuron de la culture française.

Des guides renommés, comme le « Michelin », créé en 1900 et qui fut le véritable compagnon de route des premiers automobilistes sur les routes de France, réunissait des informations routières et culturelles sur les lieux traversés et l’emplacement des garages automobiles, mais aussi le nom des hôtels de qualité et les bonnes tables selon un système de classement mis à jour et contrôlé, et surtout attendu fébrilement chaque année par les professionnels de l’hôtellerie et de la restauration.

La filière de la restauration a été le lieu de toutes les réformes, par la revalorisation des métiers, pour en faire définitivement une des filières majeures de l’économie française. Il s’agit d’un secteur très porteur et qui propose de réelles capacités de développement. La gastronomie fait depuis toujours partie de l’histoire culturelle de la France, d’une part, compte tenu de la variété des territoires et de leurs spécificités culinaires, d’autre part, par l’esprit entrepreneurial français très présent dans ce domaine. Notons d’ailleurs, à ce sujet, la reconnaissance internationale qui a été marquée par l’inscription au patrimoine de l’UNESCO du repas gastronomique des Français.

La filière restauration constitue donc l’un des facteurs d’attractivité touristique de la France et elle est au cœur de la bataille menée par le gouvernement en faveur de l’emploi et de la promotion des savoir-faire. Néanmoins, c’est avant tout sur des initiatives personnelles que repose le développement des établissements de qualité. C’est une filière qui, tous types d’établissements confondus, comptent près de 300.000 entreprises.

La France est internationalement reconnue pour sa gastronomie, et elle le doit à de grands chefs « étoilés » au guide Michelin. Ces stars sont tous couronnés par le concours des « meilleurs ouvriers de France » (MOF) créé en 1924 et sont identifiables grâce au col bleu-blanc-rouge visible sur leur tenue blanche de cuisinier. Ce concours existe d’ailleurs pour les autres métiers de la branche comme les pâtissiers ou les sommeliers et bon nombre de métiers d’artisan que l’on pourrait parfois qualifier d’artiste. Effectivement, on peut citer le statut « d’artisan cuisinier » qui répond à la demande de certains professionnels qui souhaitaient que leur façon de travailler renvoie clairement à la notion d’artisanat.

Diverses autres reconnaissances, peut-être moins prestigieuses, permettent d’identifier les qualités de ces porteurs de valeurs françaises. C’est le cas du titre de « maître-restaurateur » qui apporte à son titulaire une légitimité juridique et une place dans la politique de développement de la gastronomie française traditionnelle.

C’est aussi le cas de la mention « fait maison » qui, depuis une loi de 2014, permet d’identifier les commerces dont les plats sont élaborés sur place par le cuisinier. Cette mention informe par un logo le consommateur sur les qualités d’une cuisine non industrielle confectionnée sur place à partir de produits bruts.

Le thermalisme et la thalassothérapie

Plus ou moins directement en lien avec le tourisme, le thermalisme et la thalassothérapie sont devenues des filières essentielles pour l’économie des territoires. Cette activité était déjà pratiquée à l’époque romaine. Elle s’est développée dès la fin du XIXème siècle, avec la commercialisation des eaux thermales et des traitements que l’on pouvait prodiguer aux curistes en fonction de leur composition chimique.

La filière thermale regroupe une centaine d’établissements répartis sur à peu près autant de sites implantés sur trois grandes régions (Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes et Nouvelle-Aquitaine), dans de petites communes rurales ou de montagne. Ses retombées économiques sont essentielles pour ces territoires fragiles et des investissements importants ont souvent été réalisés pour le développement et le maintien des établissements vieillissants.

Il s’agit, il faut le reconnaître, d’une filière structurellement fragile, notamment car le thermalisme à la française a toujours principalement reposé sur les cures médicalisées concernant essentiellement des curistes âgés. Les récentes modifications intervenues dans la prise en charge des cures par l’Assurance maladie ont contribué à la diminution des fréquentations. C’est pourquoi, pour contrebalancer cette fragilité, les collectivités locales et les établissements eux-mêmes ont engagé des réformes pour faire venir à eux plus de touristes que de curistes. Il faut dire que les thermes se trouvent généralement dans des régions qui offrent ce que j’ai pu expliquer dans cette chronique pour décrire le tourisme rural, montagnard et le « slow tourisme ».

En matière de thalassothérapie, la France est un précurseur ! Dès le XIXème siècle, des centres de rééducation fonctionnelle ont vu le jour dans des communes essentiellement situées sur la Manche et la mer du Nord. C’est le fameux institut de Sint Malo ouvert en 1964 qui a ouvert la voie à des établissements moins médicalisés et ouvert sur la réadaptation fonctionnelle des sportifs, avant que ne se développent, dans les années 1990, des complexes hôteliers de thalassothérapie destinés à la remise en forme mais surtout à la détente.

La façade atlantique et la qualité organique de ses eaux a rassemblé une majorité de centres de thalassothérapie qui, dans le cadre de l’évolution des habitudes touristiques, se sont développés sur un concept d’hôtellerie intégrée. Les curistes sont pris en charge de manière globale et peuvent ainsi aller librement de leur chambre aux salles de soins et de détente.

Le tourisme : un secteur résilient

La principale difficulté que rencontrent tous les secteurs d’activités touristiques qui viennent d’être évoqués est de développer une attractivité suffisante pour s’attacher les services de leurs employés. Cette question, largement partagée avec les métiers commerçants, tient aux mentalités actuelles des jeunes générations. Les horaires dans les commerces d’alimentation, encore plus dans les métiers de l’hôtellerie et de la restauration, sont astreignants. Ils ne facilitent pas une vie personnelle ou une vie de famille dans la mesure où l’on y travaille justement aux heures où les autres (leur clientèle) dispose de temps libre. Qui plus est, les horaires, même s’ils sont encadrés par des conventions collectives, sont en dehors des amplitudes horaires d’un salarié « lambda » qui fait ses 39 heures dans un bureau.

S’ajoute à cela la difficulté du recrutement d’employés formés et disposant réellement des compétences requises pour l’accueil de la clientèle et la satisfaction des attentes des touristes. Il suffit de faire le tour des commerces locaux, dans sa propre ville, pour constater le « turn-over » des employés et des apprentis (boulangeries, boucheries, charcuteries).

La formation est l’un des grands enjeux de la rénovation et de la restructuration des stratégies économiques, si la France veut retrouver son leadership. Elle passe par la valorisation des métiers de l’artisanat et du service. Elle impose une révolution dans la définition des parcours scolaires et dans la qualité de la formation des « esprits » des jeunes générations, malléabilité, adaptabilité, motivation. Le bac scientifique ou littéraire ne doit plus être une « fin en soi » pour l’ensemble des jeunes Français. Les métiers dits « manuels » sont généralement plus rémunérateurs que de pseudo métiers « intellectuels ».

L’économie du digital

La France est en pointe dans ce domaine. Ses ingénieurs sont recrutés par de nombreuses sociétés étrangères et fuient notre monde économique. Il faut qu’ils puissent contribuer au renouveau économique par l’apport de leurs compétences. Et pour cela, des incitations à la mise en œuvre de solutions françaises doivent soutenir les initiatives individuelles et aider les « idées » françaises à se développer.

La population urbaine en France est de 80,44 %. En dehors de l’Ile de France, 16 millions de personnes vivent dans des agglomérations dites provinciales. Au-delà de la litanie des chiffres, force est de constater que les travailleurs, se rassemblent autour d’une petite centaine de entres d’activité, hors du grand Paris. La répartition inégale de la population sur le territoire sera donc conditionnée par la présence d’entreprises susceptibles de fournir des emplois, un état de fait source de bien des difficultés.

Pour les entreprises, des problématiques de locaux, surfaces, charges locatives, coûts de stockage et de transport. Pour les salariés, des conditions de travail incluant des temps de transport, des fatigues, des difficultés de logement, etc. Une répartition plus efficace sur le territoire offrirait des solutions aux difficultés des uns et des autres. La technologie aussi ! Les entreprises doivent donc prendre une part active dans le mouvement de reconstruction du tissu productif. Le télétravail est une des solutions reposant sur l’économie du digital.

L’économie du digital peut redynamiser les territoires. Désormais, il est assez largement partagé que la valeur d’un territoire est en grande partie fonction de sa capacité d’innovation. Pour créer de la valeur ajoutée ou pour attirer des hommes, des entreprises et des ressources, il est indispensable que les collectivités misent sur les nouvelles technologies qui permettent de créer de la connaissance et de l’activité, mais qui permettent aussi et surtout de produire davantage de liens et de favoriser la cohésion sociale.

La digitalisation des territoires représente donc un réel enjeu pour les collectivités locales. Du fait de sa connaissance parfaite des besoins locaux et de sa proximité naturelle avec les populations, ces rouages administratifs ont toute légitimité pour mieux outiller ses territoires en dispositifs d’inclusion numérique adaptés. Dans l’objectif de lutter contre les inégalités territoriales, il faudra donc réétudier la pertinence de certaines politiques publiques locales et d’œuvrer à un ciblage amélioré des investissements publics.

« L’aménagement numérique » du territoire est indispensable, notamment pour un déploiement de réseaux de communications électroniques, des offres de services, et l’équipement des citoyens. L’irrigation des territoires en infrastructures très haut débit constitue un projet prioritaire pour les collectivités locales et le gestionnaire des réseaux. Les technologies du numérique sont un atout pour l’attractivité des territoires que ce soit sur le plan de l’aménagement et du développement économique ou de la relation citoyenne.

bernard Chaussegros

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