A qui profitent la grève et la crise ?

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La chronique économique hebdomadaire de Bernard CHAUSSEGROS

On pourrait dire que ceux à qui bénéficient les grèves sont les grévistes qui, quand tout se passe comme ils le souhaitent, obtiennent ce qu’ils revendiquent. Mais rien n’est moins sûr ! On ne compte plus les mouvements de grève qui n’ont pas abouti à des avancées tangibles !

On pourrait aussi dire que ceux qui profitent le plus des bouleversements provoqués par les grèves sont les partis politiques d’opposition qui manœuvrent plus ou moins ouvertement pour déstabiliser l’ordre social qu’ils combattent. Mais là aussi, on ne compte plus les échecs dans ce domaine ! Il suffit de prendre l’exemple des manifestations des Gilets jaunes qui ont été longues et virulentes, mais qui ont été aussi vérolées par l’intervention violente des groupes ultras comme les Blacks Blocks dont l’objectif est plus anarchiste que révolutionnaire.

Et c’est faire peu de cas des raisons légitimes qui poussent des salariés, branche par branche, ou parfois, tous ensemble dans le cas des grèves générales, à manifester pour obtenir des hausses de salaire. Le sujet est complexe et il est délicat de vouloir lister ceux à qui spéculent sur le désordre social.

On pourrait plus aisément compter ceux qui en pâtissent, les usagers des transports publics, les automobilistes qui ne trouvent plus de carburant, etc., mais alors la question se pose de savoir s’ils sont victimes des agissements des grévistes ou de la conjoncture ou du contexte économique dans lequel ils se débattent eux-mêmes. Et lorsque les institutions peinent à satisfaire l’intérêt public, on pourrait presque parler de crime, contre la société, contre la République, contre la démocratie ! Et dans n’importe quel roman policier, on se demanderait à qui profite le crime.

Parler de crime lorsqu’on évoque un droit constitutionnel, il y aurait de quoi soulever des vagues d’indignation ! En effet, dépénalisée par la loi du 25 mai 1864, la grève a été pleinement consacrée au sein du préambule de la Constitution de 1946. Mais bien que pleinement consacré, ce droit n’est pas pour autant un droit absolu car il doit tenir compte d’autres droits et de libertés fondamentales. L’exercice du droit de grève n’est pas illimité car, comme l’énonce le préambule de la Constitution de 1946 en son alinéa 7 : « le droit de grève s’exerce dans le cadre des lois qui le réglementent ».

Dans la fonction publique, prise au sens large, certaines professions ne disposent pas, de par la loi, du droit de grève. C’est notamment le cas des militaires, des policiers, des gendarmes et des CRS, des magistrats et des personnels pénitentiaires.

Mais dans le secteur privé, le législateur n’a pas réglementé le droit de grève, laissant ainsi cette mission au juge, lequel est également chargé de protéger ce droit contre toutes atteintes qui pourraient lui être faites. Difficile mission que celle de concilier les limites du droit de grève et la protection de ce droit. L’exemple le plus récent concerne les réquisitions décidées au coup par coup par les préfets, et ne concernant que quelques personnes sur quelques sites de raffinage dont la justice administrative a eu à connaître.

Après ces quelques semaines où le carburant a manqué dans les stations-services, on aurait pu s’attendre à ce que le sujet soit évoqué le 26 octobre 2022 par le chef de l’État, lors de son intervention télévisée sur le thème des « Urgences françaises », mais ce dernier s’est exprimé sur cinq points en évitant la question des grèves : salaires et pouvoir d’achat, retraites, réindustrialisation, santé et immigration.

Face à l’inflation, il a reconnu que la France traversait une crise (mais cela fait trois ans que cela dure) en concluant : « Il faut traverser cette tempête et il faut protéger les plus faibles. » Mais à bien entendre son discours, on aura compris que l’exécutif se satisfaisait des aides accordées par le gouvernement. Mais les citoyens, interrogés dans les rues, disent ne pas attendre seulement des aides, mais espérer une vision d’avenir et une stratégie politique forte, un grand projet de reconquête de la souveraineté nationale !

Certes, on va aider les ménages démunis face à la hausse des prix du gaz, de l’électricité et des carburants (en se limitant curieusement aux « gros rouleurs »), et on va permettre aux étudiants de bénéficier d’un « élargissement des repas à un euro ». Certes, les entreprises et les petites collectivités territoriales ne seront pas oubliées dans la mesure où on leur garantira « un prix raisonnable » (non précisé) de l’électricité. La France subit clairement les effets de l’inflation, mais l’exécutif le voit comme un facteur exogène, un « impôt de l’extérieur ».

Une lueur d’espoir avec l’installation  de panneaux photovoltaïques le long des voies ferrés pour construire une indépendance énergétique et complémentaire au nucléaire..mais est-ce suffisant ?

On pourrait croire qu’au sommet de l’État, on n’ait pas pris conscience du désarroi dans lequel se trouvent les classes laborieuses du pays, et que l’on se contente trop souvent d’une vision macro-économique des problèmes. On aurait aimé que des réponses soit apportées aux questions soulevées par les grèves qui ont bloqué l’approvisionnement en carburants des stations-service, blocages qui ont posé des problèmes incommensurables aux Français, notamment en région parisienne.

Pourquoi inciter nos concitoyens à quitter les centres-villes et à investir les campagnes ou les cités dortoirs, alors que leur seul moyen de travailler et de vivre implique l’usage d’un véhicule automobile, faute de transports publics à la hauteur des enjeux. Les grèves ont placé le pays dans une situation grave de fragilité économique et sociale. Et la question qui se pose n’est donc plus : à qui profite les grèves, mais à qui profite le crime contre la démocratie ?

Une situation précaire

La situation de notre pays est fragile, économiquement, écologiquement et moralement ! La population est excédée par la succession de crises que nous traversons depuis plusieurs années. Un rien suffirait à faire exploser la colère populaire, et je prends populaire au sens le plus large qui soit, c’est-à-dire l’ensemble de la population de ce pays, et ils sont nombreux nos concitoyens à ressentir cette lassitude démocratique.

La preuve en est, la montée des partis populistes (puisqu’il ne faut pas parler de fascisme), que ce soit en France, mais déjà dans de nombreux pays voisins. La preuve en est, le désintérêt des citoyens pour la vie publique qui se traduit par la hausse continue de l’abstention dans les scrutins nationaux depuis plusieurs décennies. Il est grand temps que l’exécutif entende ce que le peuple a besoin de lui dire et que le gouvernement réponde réellement aux questions que le peuple se pose, celles, par exemple, qui ont été consignées sur les cahiers de doléance, lors de la vaste consultation des citoyens lancée en 2018 en réponse à la crise des gilets jaunes.

À l’époque, plus de 16 000 registres ont été mis à disposition des citoyens, et environ 2 millions de contributions ont été recueillies en ligne. On sait que ces cahiers ont été archivés. On sait aussi que ce qui a été recensé n’a presque pas (pour ne pas dire « jamais ») été exploité. En somme, et de nombreux parlementaires, principalement provinciaux, s’en sont émus, les besoins et les demandes émanant du peuple ne remontent pas jusqu’à l’exécutif.

On sait déjà que la grande majorité des élus ne dispose que de pouvoirs limités et qu’ils se trouvent tenus le plus souvent de voter comme des « moutons de Panurge ».

Je me suis déjà exprimé sur la faillite des élites de notre pays. Pour souder un peuple, il faut un socle commun, un objectif qui rassemble, une idée force qui permet de fondre toutes les énergies vers un but commun. Il faut une conscience collective !

Et cette conscience collective pourrait, comme à une époque déjà ancienne, être l’apanage des oppositions politiques. Mais c’est à croire que ces dernières sont plutôt convaincus par la signification du vocable qui les identifie, et qui surtout les caractérise, l’opposition ! Il est en effet plus confortable de s’opposer que de proposer. Prendre le pouvoir, pour quoi faire ? Alors que les institutions donnent les moyens financiers aux partis politiques en fonction du nombre d’électeurs recensés, pourquoi briguer le pouvoir suprême ? Les élections législatives sont une manne, car, en plus de l’enjeu politique, c’est un combat financier qui se joue dans les urnes. En 2022, pour chaque voix récoltée, les partis politiques vont toucher une aide publique annuelle pendant cinq ans de 1,64 € par bulletin.

Il suffit d’être élu pour avoir une tribune et d’avoir suffisamment d’électeurs, mais pas trop pour vivre de l’argent public ! En toute légalité !

Le bonheur

Il y a cinquante ans, mais même encore il y a trente ans, je suis persuadé que de nombreux Français envisageaient l’avenir en termes de bonheur, ce sentiment intangible que l’on ne peut décrire mais que l’on ressent. Même le terme de « mondialisation » semblait porteur de certitudes, celles des progrès de la science, d’une évolution positive des mentalités, d’une amélioration prévisible de la santé et du confort de vie, même dans les métiers réputés les plus durs, etc. Mais aujourd’hui, tout le monde a compris que la mondialisation n’aura été, derrière les progrès visibles grâce aux nouvelles technologies de l’informatique et du digital, que la cause d’une misère accrue, partout dans le monde, mais également dans nos pays démocratiques.

Le monde du numérique est « flatteur », il est hypocrite en ce qu’il fait croire au bonheur, à l’intelligence et à la réussite, mais il cache, en réalité, toutes les misères du monde le puits sans fond des ignorances et l’immense détresse du vide et de l’échec personnel.

Face à l’absence d’une véritable conscience collective se dresse la muraille des indifférences égoïstes individuelles. Les grèves, même si elles ont l’apparence d’un mouvement collectif, ne sont que des manifestations d’individus isolés et vaguement regroupés, ce sont à la fois des mouvements qui se comprennent et se justifient, mais ce sont également des actions qui font peu de cas des enjeux collectifs de la Nation et qui plongent le pays un peu plus dans la précarité et les difficultés.

On l’a souvent dit, dans les décennies précédentes, les grandes grèves, celles des transports publics de 1995 par exemple, notamment en Ile-de-France, ont surtout perturbé la vie des travailleurs, des artisans ou des petites entreprises, mais pas la RATP, les politiques ou les lobbies financiers. Aujourd’hui, priver les gens d’essence, c’est, encore une fois, une façon de perturber lourdement la vie des citoyens. Alors, à qui profite le crime ?

Et la France manque vraiment d’une conscience collective

Il est toujours difficile de personnaliser de telles accusations. On sait au moins à qui le crime ne profite pas, ceux qu’on peut retirer de la liste des suspects, ceux qui passaient par-là, témoins d’une vie qui leur échappe, ceux qui sont prisonniers du système et ne peuvent pas s’échapper, ceux qui n’appartiennent parfois à aucun système et se retrouvent seuls face aux adversités.

La manne des pétroliers

Mais il y a ceux qui sont en grève et se battent pour défendre leur vie. Prenons le cas des salariés des raffineries dont on critiquera largement les motivations, compte tenu de ce que l’on apprend de leurs rémunérations, de leurs primes et de leur intéressement aux résultats de leur entreprise. Eux non plus, en réalité, ne profitent pas du crime ! Ils se contentent de revendiquer une part des superprofits engrangés par leur employeur.

Les résultats publiés par Total Energies montrent que l’entreprise a vu son bénéfice net augmenter de 43 % au 3ème trimestre de 2022 par rapport à 2021. La compagnie pétrolière a annoncé en octobre un bénéfice net de 6,6 Mds de dollars, grâce notamment aux résultats records du négoce de gaz dont les prix se sont envolés. Et d’où vient cet enrichissement subit des pétroliers, si ce n’est des effets de la mondialisation ! Depuis le mois de février dernier, on nous abreuve d’informations alarmantes, inquiétantes et terrifiantes sur les effets de la guerre menée par la Russie sur le sol Ukrainien. Mais n’est-ce pas un prétexte, tout au moins en partie ? En effet, ce n’est pas la seule production russe de pétrole et de gaz qui peut expliquer cette hausse du coût de l’énergie. D’autant plus que la Russie a d’ores et déjà perdu sa partie d’échecs contre les nations occidentales. Malgré l’importance de ses réserves en hydrocarbures, elle sera bientôt lourdement sanctionné dans ses ventes d’énergie, et ce, en dépit de la présence des entreprises russes sur le marché mondial du pétrole et du gaz. Car, contrairement à ce que l’on lit partout, le monde regorge de combustibles fossiles, les marchés sont très actifs et les réserves très importantes.

Il faut savoir que la transition vers les énergies renouvelables sera plus lente que prévu. La croissance de la demande en énergie n’a été satisfaite qu’à hauteur de 25 % par les énergies renouvelables. L’avenir reste donc largement ancrée sur les combustibles fossiles et l’énergie nucléaire. Et compte tenu des stocks disponibles ailleurs dans le monde, les démocraties occidentales peuvent aisément se passer de la Russie qui s’effondre. Et pourtant il y a des solutions pour changer nos habitudes en matière énergétique, l’hydrogène en est une !

La mondialisation

Et donc, nouvelle question de l’enquêteur : à qui profite le crime ? Au président de la fédération de Russie ? Moralement sans doute que oui ! Mais dans la réalité, comme je viens de le dire, la Russie sera rapidement ruinée.

À défaut des russes, à qui profite le crime ? Ce ne peut être que la mondialisation, ce système pervers d’organisation économique destiné à rendre les pays tributaires les uns des autres, et otages des intermédiaires qui s’enrichissent ! La mondialisation et tous ceux qui en sont les complices ou les agents !

Regardons les choses en face. La France, comme pratiquement tous ses voisins, était, dans les années 60/70, largement autosuffisante et même en pointe sur des domaines de haute technologie. Et progressivement, nos dirigeants, eux-mêmes convaincus, ou manipulés par des lobbies perspicaces, ont décidé d’abandonner les productions banales, pour se consacrer au « haut de gamme », imaginant ainsi améliorer la balance des paiements du pays, mais surtout offrant consciemment ou non aux intermédiaires le moyen de s’enrichir considérablement. Même pire, cela a rendu notre pays tributaire des productions abandonnées par nos entrepreneurs ou nos agriculteurs.

J’ai déjà donné l’exemple absurde de la pénurie de moutarde, ce condiment particulièrement français qui commence à peine à revenir dans les rayons des supermarchés. On peut aussi donner l’exemple des semi-conducteurs, dont l’industrie automobile a été privée pendant la crise du COVID.

Inexorablement, la désindustrialisation de notre pays s’est brutalement accélérée au tournant des années 2000, puisqu’au lieu de continuer à investir et à innover, comme nous l’avions pourtant fait avec succès dans l’aéronautique et le nucléaire, nous avons collectivement – entreprises comme consommateurs – privilégié l’optimisation immédiate. Et c’est ce dont la Chine a très largement bénéficié en nous offrant sur un plateau des gains de productivité et des baisses de coûts dont la « réforme » des 35 heures nous avaient inexorablement amputé.

Le savoir-faire Français a ainsi été abandonné au profit d’industriels asiatiques qui profitaient d’une main-d’œuvre bon marché pour proposer des prix inférieurs aux prix français. Nos industriels ont donc abandonné la production par souci de rentabilité, rentabilité mise à mal lorsque les fournisseurs n’ont plus répondu à la demande à cause de la crise sanitaire. Aujourd’hui, les constructeurs automobiles français s’en « mordent les doigts » et ont décidé de construire une usine nouvelle, laquelle fournira d’ici deux ans un produit 4 fois plus cher que ce qu’on achète aujourd’hui. L’indépendance et la souveraineté françaises sont à ce prix.

Le président de la République s’est déplacé récemment en Isère, pour lancer et soutenir cette nouvelle usine spécialisée dans les semi-conducteurs. Un projet qui vise à donner à l’Union européenne et à la France plus d’indépendance dans ce secteur dominé par les pays asiatiques. Les sociétés STMicroelectronics et Global Foundries se sont associées pour développer ce projet dans le cadre d’un contrat évalué à 5,7 Mds € qui créera un millier d’emplois.

Le chef de l’État s’est également rendu à Douai en juin dernier, pour lancer la communication sur la future usine batteries électriques que construit le groupe chinois Envision, projet dans lequel l’État va investir 200 M € et qui va créer entre 1.000 et 2.500 emplois. Il convient de remarquer que la lutte contre le réchauffement climatique s’engage notamment avec la suppression annoncée des véhicules thermiques et hybrides et le développement du parc automobile électrique. Pour retrouver une certaine souveraineté dans ce domaine, il serait sans doute opportun de combattre la mainmise chinoise sur cette activité industrielle. On sait les efforts consentis par Pékin dans ce domaine, les voitures d’entrée de gamme à 4.000 €, les usines de batteries, et les stations non pas de recharge mais d’échange de batteries.

On a peine à se sentir rassuré quand on apprend que l’usine chinoise de Douai sera construite à côté du site du Renault , et qu’elle pourra, dès 2024, produire des batteries destinées en priorité au constructeur français. La définition et la production de ces batteries entrent dans le futur groupe de production de voitures électriques, dénommé ElectriCity, envisagé par Renault qui dispose déjà de trois usines dans la région, à Maubeuge, de Ruitz et Douai, et espère produire 400.000 voitures électriques par an. Mais ce sont les chinois qui resteront les maîtres du jeu dans le domaine de l’automobile électrique.

Les Français attendaient de l’exécutif que soient définis des objectifs, et qu’on leur dise ce que sera leur vie dans durant les cinq prochaines années. Malgré la majorité relative dont il dispose à l’Assemblée nationale et qui le place sous la menace permanente d’une motion de censure, nombreux sont nos concitoyens qui souhaitent que l’on fasse plus que gérer la crise ou les crises successives qui ne manqueront pas de survenir. En dépit de cette situation, on attend avant toute chose que le président redonne du souffle, de l’élan, de la cohérence à son quinquennat.

La réindustrialisation

Car la France a un retard conséquent à rattraper. Je reviens sur la question de la mondialisation. Les lobbies financiers, qui président à la maîtrise de l’économie semblent, avoir une capacité infinie à procrastiner, cette tendance à ajourner, à remettre systématiquement au lendemain les décisions d’importance, pour la simple satisfaction immédiate du résultat le plus immédiatement rentable. C’est à croire que les leçons que donne l’histoire ne servent à rien ni à personne.

C’est par exemple le cas pour la lutte contre le réchauffement climatique. Les exécutifs des pays occidentaux en sont avertis depuis des décennies. La consommation outrageuse des hydrocarbures et le dégagement démesuré des gaz à effet de serre mettent l’avenir de la planète en danger, bouleversement des climats, sécheresse, catastrophes, inondations, etc. mais rien de véritablement tangible n’a été entrepris depuis les premières alertes du GIEC !

On pourrait se demander pourquoi, si la réponse ne sautait pas immédiatement aux yeux. Parce qu’il faut profiter le plus possible des situations, tant qu’on n’est pas « obligé » de changer ! Et « profiter » est le maître mot ! Parce qu’il s’agit bien de profits, et même de superprofits quand on parle du prix des carburants. Pourquoi construire des véhicules électriques, ou fonctionnant à l’hydrogène, quand cela rapporte beaucoup plus de vendre de l’essence ? Le profit est immédiat, et certains s’enrichissent démesurément, sans se préoccuper le moins du monde du prix « écologique » qu’il faudra payer à la planète, dans la mesure où ce sont nos descendants qui règleront la note dans un monde inhabitable !

C’est donc aussi le cas dans de vastes domaines de la recherche scientifique où tout ce qui pourrait être un progrès économiquement rentable sera écarté pour protéger les intérêts de quelques-uns. Et même quand le profit n’est pas le moteur immédiat des décisions !

On sait depuis toujours qu’il convient d’économiser ses ressources. C’est le fondement d’une gestion dite « de bon père de famille ». Que ce soit des chandelles pour s’éclairer, du bois ou du charbon à mettre dans le poêle pour se chauffer, de la viande à mettre en saumure pour la conserver, de tout temps, l’homme a eu à cœur de ne pas gâcher ce qui lui permettait de vivre et d’entretenir sa « tribu ». Alors, pourquoi dans notre monde « moderne » d’après-guerre, s’est-on subitement dit que l’on pouvait chauffer des maisons mal isolées et ne pas se sentir comptable des énergies utilisées. En d’autres mots, pourquoi construire autant de maisons, depuis près d’un siècle, sans réfléchir aux économies d’énergie ? Et même encore récemment, après le premier choc pétrolier, alors que les moyens techniques existaient déjà et qu’on avait déjà la conscience du geste écologique, pourquoi donc persister à construire sans se préparer à des lendemains qui déchantent.

Une absurdité à replacer dans le contexte de la mondialisation : pour aujourd’hui, profitons… et après nous le déluge !

La mondialisation, toujours présente dans la recherche de celui à qui profite le crime ! Les dernières crises, et notamment la crise sanitaire, ont montré à quel point de nombreux secteurs économiques se sont retrouvés bloqués par le manque d’approvisionnements de pièces, de matières premières ou de produits finis, produits que nous étions en capacité de fabriquer nous-mêmes autrefois. Tout cela pour répondre à cet appel du profit ! Se réserver les productions à forte valeur ajoutée, et laisser le reste aux pays les plus pauvres comme une aumône, une piécette au mendiant à la sortie du métro.

La France paie très cher la politique de désindustrialisation du pays qui a été menée depuis la fin des années soixante, dans le cadre d’une responsabilité croisée entre les dirigeants politiques et les investisseurs économiques.

Et dans ce monde hyper mondialisé, dont la clé de voute est l’interdépendance active et l’hyper intrication assumée, un constat s’impose : l’affaiblissement des uns renforce fatalement et inexorablement les autres. En ce sens, nos grèves paralysantes, surtout dans un contexte de crise exacerbé par le retour de la guerre, des pandémies et des chocs climatiques, profitent in fine à nos concurrents étrangers, ceux-là mêmes qui, demain, ambitionnent de remplacer nos industries, et donc nos travailleurs. Si nous sommes en guerre économique, alors assumons le fait qu’il nous faille un cap clair et un sursaut fédérateur !

Bernard Chaussegros

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