Education nationale : oui à l’intégration via la culture et le sport !

La chronique économique hebdomadaire de Bernard CHAUSSEGROS

Le petit garçon qui, en 1959, entrait en 6ème au lycée (c’était avant l’invention du collège) avait dans son cartable une grande inquiétude, beaucoup de timidité et une intense humilité. Deux heures par semaine, il sortait de son sac de sport sa paire de chaussures en toile bleue et à semelle de caoutchouc blanche, et il apprenait à respirer, à courir, à sauter, à lancer des poids et à monter à la corde lisse.

Une heure par semaine, on lui faisait faire des travaux manuels, et il apprenait à scier des morceaux de bois, à les limer ou à les clouer entre eux. Et quand il n’y parvenait pas et se plaignait au professeur de la mauvaise qualité de sa lame de scie, on lui répondait : « Il n’y a pas de mauvais outils, il n’y a que de mauvais ouvriers » ! Le mot « ouvrier » n’avait aucun sens péjoratif, il signifiait à ce jeune apprenti toute l’importance de l’ouvrage qu’on lui confiait.

Le reste de l’emploi du temps était consacré aux matières plus classiques, et notamment le latin, l’anglais et le français pour la structuration de la pensée, et puis les mathématiques et les sciences naturelles pour se familiariser avec la rectitude des raisonnements.

Vive le sport ! Lorsqu’on voit des hordes barbares, alcoolisées et excitées, déborder les services d’ordre à la sortie des stades de football, violenter ceux qui les croisent, et détruire les vitrines, le mobilier urbain et quelques véhicules malheureusement stationnés sur leur parcours, est-ce là ce que l’on veut de notre société ouverte, éclairée et éduquée ?

Vive la culture ! Quand on fait le constat du niveau déplorable de ce qui se dit et s’écrit sur les réseaux sociaux, nouvelle et très souvent unique source de culture d’une grande partie de la population, est-ce là ce que l’on veut de notre société ouverte, éclairée et éduquée ?

Vive l’éducation ! Pour reparler du petit lycéen de 1959, qui s’en est bien sorti et a profité d’une éducation nationale de qualité, les programmes ont été bouleversés maintes et maintes fois et l’intérêt des élèves s’est fatalement affaibli face à la chute de qualité des enseignements, est-ce là ce que l’on veut de notre société ouverte, éclairée et éduquée ?

Et il ne faut pas voir là une mise en cause des enseignants, eux-mêmes victime de la dégradation progressive de leur métier et de leurs conditions de travail, ainsi que de la violence qui s’est introduite jusque dans les classes maternelles ! Ainsi que l’exprime Elisabeth Badinter dans de récents propos, on ne peut que constater : « la chute vertigineuse de notre école publique laïque dans les classements internationaux, et nos constats nationaux » ! C’est avec une lucidité inquiétante qu’elle évoque cette école qui n’apporte plus « la connaissance et l’esprit critique » dont les adolescents ont besoin, et dont ils manquent « parce que le ressenti et les croyances y priment désormais sur la raison, le relativisme sur l’universalisme, un phénomène dramatique qu’accélère encore le règne des réseaux sociaux ».

Je ne saurais mieux exprimer, en introduction de ma chronique, cette fuite en avant des grands décideurs de ce pays. Ils ont voulu porter plus de 90 % des classes d’âge jusqu’au Baccalauréat, et le résultat a été un épouvantable nivellement par le bas. Sous le fallacieux prétexte du principe de l’égalité, on a confondu l’égalité des chances avec l’égalité des compétences, et on a oublié que l’égalité des droits appelle celle des devoirs, malgré le sort que l’on a fait individuellement aux valeurs morales républicaines !

On va se dire qu’il y a finalement deux jeunesses françaises (idée transportable dans d’autres nations occidentales), celle qui a la chance d’être accompagnée vers le haut, et celle qui reçoit la médiocre pitance d’une éducation simpliste, à bas bruit « garanti par l’État ».

Qui seront les pionniers ?

Voilà plusieurs chroniques que je consacre à la relance de notre économie et que je fonde les espoirs de notre réussite sur les entrepreneurs français, par opposition aux spéculateurs qui joue sur la captation simple et immodéré d’argent, qu’il soit d’ailleurs propre ou plus souvent « sale ». J’écarte du projet certaines entreprises multinationales dont l’intérêt ne se situe pas dans la fabrication d’objets utiles ou la proposition de services satisfaisant les besoins de nos concitoyens, mais dans la maximisation des profits qu’ils peuvent faire au détriment de la population de notre pays. Notons d’ailleurs que ce raisonnement peut s’appliquer à toute nation qui souhaiterait rationaliser et humaniser son économie.

Dois-je rappeler que le peuple est lié à ses élus, ses dirigeants, son gouvernement, par ce que l’on appelle un « contrat social ». Comme chacun le sait, les citoyens acceptent, par ce contrat tacite, de perdre une partie de leur liberté « naturelle » en échange de sécurité et de bien-être. En plus de ces théories développées dès le XVIIème siècle, notre nation s’est dotée, depuis la Révolution de 1789, mais à tout le moins depuis 1946, de textes fondateurs et constitutionnels qui garantissent des droits et des libertés, tout en imposant des devoirs.

On parle rarement de bonheur, le mot fait peur, on évoque donc plutôt une sorte de bien-être que nous procurerait la société respectueuse de ses propres valeurs, en parlant des droits de l’homme !

Pour en revenir à mon sujet qui est de définir les moyens de redévelopper l’économie du pays, j’ai la certitude que les solutions ne peuvent venir de la seule puissance publique. Depuis des décennies, l’État a démontré son incapacité à se sortir des raisonnements purement macroéconomiques et politiciens pour s’engager dans la voie de la création de valeur. L’État n’a pas l’esprit entrepreneurial et ses tentatives pour devenir une puissance publique marchande ont toutes capoté. Même plus, après les années 60, qui ont vu se développer une gestion publique des entreprises nationales « régaliennes », dans les domaines des transports, de l’automobile ou de la production d’énergie, l’État a fait de mauvaises affaires !

C’est ainsi qu’il a privatisé à tout va, vendant ses parts dans des entreprises indispensables à l’indépendance du pays, pour alimenter les besoins voraces du budget de l’État, poussé en cela par des exigences européennes dispendieuses, telles que le recours à la concurrence dont le résultat n’a fait que détériorer les situations ou l’obligation d’adapter le prix de l’électricité française à ceux des pays membres. Ai-je besoin de rappeler qu’EDF vend très peu cher l’électricité qu’elle produit, à des sociétés « factices » reliées à des fonds de pension étrangers, qui la revendent très chère à des consommateurs trompés. On a d’ailleurs des exemples qui démontrent en plus, que ces avantages ne sont même pas suffisants pour assurer la viabilité de ces « fournisseurs » d’un genre nouveau puisqu’ils ne produisent pas et ne sont pas propriétaires des réseaux de distribution. C’est le cas d’Hydroption, un « marchand » d’énergie qui a pour clients des professionnels, des collectivités locales et des administrations d’État, qui s’est vu retirer son autorisation d’exercer et qui a été placé en redressement judiciaire.

On ne peut semble-t-il pas attendre d’éternels miracles de l’État quand il s’agit de comprendre la gestion quotidienne d’un projet économique, et encore moins d’une entreprise. Le logiciel intellectuel personnel des cadres de l’État ne fonctionne pas en termes d’investissements, de rentabilité et de production.

Le rôle de ces hauts fonctionnaires et de leurs services doit se limiter à mettre en œuvres des textes permettant à la libre entreprise de se développer, en simplifiant les obligations administratives, légales, fiscales ou sociales.

Relever les défis de la formation

Mais les entrepreneurs sont-ils tous en mesure de relever les défis ? Notre pays dispose d’un vivier tout à fait important d’entrepreneurs. Les idées ne manquent pas, les projets non plus, les volontés aussi.

Il faut déjà savoir ce que fait un entrepreneur ! Outre l’image que l’on s’en fait d’un homme (ou d’une femme) entourés de collaborateurs, dans des bureaux vastes et lumineux, et où des ordinateurs tournent à plein régime, l’entreprise peut concerner des activités fort diverses, artisans, restaurateurs, loueurs d’engins divers, agriculteurs, etc.

Néanmoins, on peut craindre que nos jeunes générations manquent, à divers égards, des bases qui font la qualité d’un entrepreneur. La société française évolue très vite ces dernières années, et on se rend compte que cette évolution touche tous les milieux, y compris celui des « créateurs de valeur » par un simple manque de formation, par un triste mais remarquable manque de culture.

La culture est un mot qui, lui aussi, comme le bonheur, fait peur. Car elle est multiple. À première vue, on pourrait se dire que le principal besoin des futurs pionniers de l’entreprise est la formation. Or, personne ne doute que la formation, notamment dans les domaines technologiques, n’a plus le niveau qui a été le sien autrefois. La faute à une défiance et à un mépris envers les métiers manuels. La faute là aussi à une sorte de désarroi des formateurs eux-mêmes devant le désintérêt affiché pour leur métier et devant le désintérêt constaté des étudiants.

Il ne s’agit pas, bien-sûr de caricaturer une classe d’âge particulière dans son entier. Toutefois, la simple observation de ce que diffuse les chaînes de télévision et les réseaux sociaux, démontre un fait qui est de plus en plus flagrant, même s’il n’est pas général, le manque d’investissement de ceux que l’on nomme familièrement les « milléniaux ». C’est à croire que l’évolution des technologies qui aurait dû rendre plus facile l’accès à la Connaissance, a, contrairement à toutes les attentes, nivelé « l’intelligence » par le bas. Et si ce n’est pas un constat général et sans subtilité, c’est malgré tout une constante visible, et ce dans toutes les strates de la population.

La masse d’informations qui sont accessibles à tous aurait dû profiter à l’intelligence collective, faciliter l’accès aux emplois et améliorer les qualifications requises pour exercer des derniers. On devrait s’attendre, et c’est heureusement partiellement le cas chez certains, à découvrir de jeunes générations bien formées, motivées, compétentes et enthousiasme pour faire vivre un monde plus éclairé, mieux informé et plus motivant.

Au lieu de quoi, on ne fait le constat que d’un désarroi global, un désamour pour le travail, surtout pour le travail bien fait, et un goût de plus en plus développé pour le « jeu ». Voilà des générations, y compris, dans des professions hautement exigeantes comme la médecine, qui ne veulent pas sacrifier leur vie à leur travail et consacrent une part importante de leur temps à jouer, notamment en ligne, seuls ou à plusieurs. Et tout cela, bien évidemment, au détriment de leurs familles et tout particulièrement de leurs enfants qui vont se trouver en perte d’identification.

La traduction de ce qui se voit dans les séries, de ce qui se lit sur internet, de ce qui s’écrit sur les réseaux, c’est qu’une large part de la population ne lit plus, elle n’écrit plus, et ne sait d’ailleurs pas « tourner une lettre », et le peu qu’elle réussit à écrire démontre une faiblesse insigne en termes de vocabulaire. Cette génération ne lit pas, elle n’apprend plus rien par elle-même et se contente d’ingurgiter ce que les réseaux sociaux plus ou moins complotistes, à tout le moins simplistes leur fournissent, une bouillie à peine digérée, traduite, approximative et dépourvue d’intérêt. Il s’agit donc d’une population qui colporte des approximations, des mensonges et des contre-vérités.

Et ce constat est malheureusement global, l’absence de culture est générale. Cette population, plutôt jeune, du niveau « baccalauréat » n’a même pas le niveau scolaire d’un enfant du début du siècle titulaire du « certificat d’études ». Ces jeunes gens n’ont pas de culture citoyenne. Tout ce qu’ils savent c’est qu’ils ont des droits, car on n’a fait que leur répéter que la France était la patrie des droits de l’homme, et ils sen glorifient en revendiquant l’existence de « leurs droits ».

Ils n’ont pas de culture littéraire ou artistique, en dehors de celle prédigérée des réseaux sociaux. Ils n’ont pas non plus de culture technique, car ce qu’on leur a appris c’est que le travail était accessoire.

Un manque criant de culture du sport

Rabelais, comme Montaigne, dès le XVIème siècle, ont repris cette citation extraite de la dixième Satire de Juvénal (poète romain du Ier siècle) : « Mens sana in corpore sano » qui peut se traduire ainsi : « Un esprit sain dans un corps sain ».

L’humanisme joyeux des « Essais » de Montaigne rejoint la théorie de la « pédagogie ludique » de Rabelais, reste un modèle de pensée philosophique positive ouverte aux jeunes générations. Pour ces écrivains, l’esprit et le corps ne sont pas en contradiction et ne sont pas des obstacles jetés entre les pieds des adolescents sur le chemin de la sagesse. Ils ne sont là, l’un comme l’autre, que pour nous aider à nous épanouir.

De nos jours, cette expression revient régulièrement, chez tous ceux qui se préoccupent des domaines particuliers du sport et de l’éducation, pour affirmer que l’exercice physique est un élément essentiel du bien-être mental et psychologique. Montaigne considérait que le corps et l’âme se complétaient, l’esprit dynamisant le corps toujours un peu trop lourd, et le corps contrôlant l’esprit trop libre et trop incertain. L’homme devait accepter ce qu’il était, accueillir « les joies de l’âme et celles du corps, aussi vaines les unes que les autres ».

Dans la sérénité et l’acceptation, cette éducation, toujours valable aujourd’hui, doit faire des jeunes gens à la tête « bien formée, plutôt que bien pleine », en insistant sur la nécessité de transmettre le goût d’apprendre à l’enfant, sachant que la formation dépend de sa motivation.

Chez Montaigne, la « douce sévérité » implique une conception réellement moderne de l’éducation, selon laquelle il appartient au maître d’encourager l’autonomie de l’apprentissage chez l’enfant. Le principal défaut de notre éducation nationale, aujourd’hui comme au XVIème siècle, tient à ce qu’elle se fonde essentiellement sur le fait d’apprendre tout par cœur sans comprendre, sur les sciences abstraites et sur un enseignement collectif qui est donc fatalement stéréotypé. Rabelais, comme Montaigne, se plaignait de cette forme de gavage du cerveau. L’un comme l’autre y opposaient une vision plus humaniste où le dialogue et la réflexion vont de concert avec l’esprit critique qui est donc privilégié. Force est de constater que les constats pessimistes de Rabelais et de Montaigne restent encore d’actualité aujourd’hui.

Et pourtant, lorsqu’on se souvient d’événements comme la coupe du monde de football remportée par la France en 1998, on revoit les grands espoirs d’une humanité rassemblée. Le pays tout entier se retrouvait autour de ses héros, et toutes les communautés qui font ce pays se retrouvaient en fraternité, communiaient autour des valeurs de la République, en un mot, se sentaient « français ». C’était un peuple de vainqueurs, un peuple capable de rêver de projets à engager et à réussir. Une utopie était née, mais comme les utopies, elle s’est bien trop vite effondrée, la vie mesquine reprenant tous ses droits sur des citoyens une nouvelle fois repliés sur eux-mêmes, individualistes, séparés par les races, les religions et les niveaux culturels.

Les valeurs sportives de la France (et ne parlons pas de l’universalité voulue par Pierre de Coubertin) sont bafouées, méprisées, attaquées. La preuve en est : On la trouve dans l’actualité récente des équipes de France de football, des sanctuaires d’où devrait venir l’exemplarité, avec les affaires « Pogba » ou « Diallo », sans oublier la triste médiocrité de la « sextape » impliquant un célèbre avant-centre d’un des plus grands clubs d’Europe. De tels comportements nous emportent de façon vertigineuse à mille lieues des valeurs fraternelles et collectives censés souder les sportifs dans la pratique de leur passion ! Mais si, comme souvent, l’exemple nous vient d’en haut, que faire ? Le constat d’une carence flagrante d’éducation citoyenne !

Et pourtant, le sport est bien un vecteur d’intégration et d’éducation. Il faut sans doute éviter de ne parler que de football et d’assimiler aux pratiques sportives en général, ce monde gangréné par des intérêts financiers hors normes, noyé sous des masses démesurées d’argent plus ou moins propre, qui dénaturent la belle simplicité de ce sport autrefois uniquement populaire, et ce dans tous les sens du terme. La professionnalisation de certaines autres disciplines sportives a très certainement perverti le regard qu’on leur portait.

Mais il reste ces millions de pratiquants, entourés par des cadres bénévoles qui ont le souci de l’éducation à apporter aux plus jeunes. Et on peut affirmer qu’ils sont encore nombreux ces jeunes gens qui ont une activité sportive par plaisir, pour leur santé et pour leur équilibre. Pour preuve, l’attrait sans cesse renouvelé pour la course à pied (le footing diraient certains) ou le cyclisme du quotidien. Mais on constatera que ce sont là des activités particulièrement individualistes, et rarement propres à développer un sentiment d’appartenance à un groupe, club, ville ou région, encore moins à une nation.

Une fallacieuse conception des droits acquis

Les Français et ceux qui ont la nationalité française estiment avoir tous les droits. Ils sont les heureux habitants de la patrie des droits de l’Homme. Depuis les Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, la France est souvent ainsi surnommée, en raison de la vocation universelle de cette première « déclaration des droits de l’homme et du citoyen ». La France a, depuis lors, joué un rôle important dans l’élaboration du droit international des droits de l’homme, même si elle a été condamnée à de nombreuses reprises par plusieurs organisations internationales. C’est un décret du 30 janvier 2012 qui a approuvé la charte des droits et devoirs du citoyen français prévue par le Code civil, en application duquel ladite charte rappelle les principes et valeurs essentiels de la République et énonce les droits et devoirs du citoyen, résultant de la Constitution ou de la loi.

La République garantit à tous la sécurité des personnes et des biens. Outre les principes, les valeurs et les symboles de la République française, les citoyens français se doivent de respecter les symboles républicains, le drapeau tricolore, la Marseillaise, hymne national, faire leur la devise républicaine « Liberté, Égalité, Fraternité », mais ils oublient trop souvent que la langue de la République est le français.

Il est bon de rappeler à tous que notre pays est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale dont les principes sont fixés par la Constitution du 4 octobre 1958.

  • Indivisible : la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants élus et par la voie du référendum. Aucune partie du peuple, ni aucun individu, ne peut s’en attribuer l’exercice.
  • Laïque : la République assure la liberté de conscience. Elle respecte toutes les croyances. Chacun est libre de croire, de ne pas croire, de changer de religion. La République garantit le libre exercice des cultes mais n’en reconnaît, n’en salarie ni n’en subventionne aucun. L’État et les religions sont séparés.
  • Démocratique : le principe de la République est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Direct ou indirect, le suffrage est toujours universel, égal et secret. La loi étant l’expression de la volonté générale, tout citoyen doit la respecter. Nul ne peut être contraint à faire ce que la loi n’ordonne pas. Rendue au nom du peuple français, la justice est indépendante. La force publique garantit le respect de la loi et des décisions de justice.
  • Sociale : la Nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement.

Revenons un instant sur le mot laïcité, en redonnant la parole à Elisabeth Badinter, précédemment citée : « La laïcité n’est pas un combat contre les croyances dans la société française, mais la séparation de l’Église et de l’État qui garantit, à l’école, une parole libre et de vérité. L’école est le lieu où l’on acquiert des connaissances, pas des croyances ». […]

Et justement, que nous propose la lecture du « Parisien » ces derniers jours ? Dans un document non publié encore, le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation met en garde contre les prosélytes qui encouragent les jeunes pratiquants à porter des tenues religieuses, voire à prier à l’intérieur des établissements scolaires ! Il en ressort que, pour beaucoup d’élèves, le terme « laïcité » n’a strictement aucun sens, ou, au pire pourrait se traduire par la volonté de l’État de priver les citoyens de leur liberté.

C’est d’ailleurs ce que constate Iannis Roder, enseignant exerçant en Seine-Saint-Denis et, par ailleurs, membre de la Fondation Jean-Jaurès, dont le dernier ouvrage titré « La jeunesse française, l’école et la République » lui permet de faire de nombreux constats sur les vertus perdues de l’école formatrice de citoyens. Il dit avoir noté chez les adolescents une « incompréhension » de la notion de « laïcité » et affirme qu’il faut « redonner du sens à l’école républicaine » !

C’est une nécessité et elle est essentielle dans une époque où les pouvoirs publics semblent perdre la main dans sa gestion du Contrat social. Pour lui, « c’est à l’école que s’enseignent la République et ses enjeux », car elle est « la possibilité offerte à tous de s’émanciper des prédéterminations, sociales, culturelles, religieuses » !

Et pourtant, les messages postés sur les réseaux sociaux multiplient les appels, et plus nettement encore, les incitations à remettre en question les lois de notre République laïque. Cela se traduit par des actions, parfois plus que symboliques, comme le port du voile, ou de l’abaya à l’école. Il ne faut pas s’y tromper, ce ne sont pas de simples mouvements de révolte pour manifester un droit à s’habiller selon ses goûts, mais une revendication symbolique contre les lois de notre Nation. Le pays des droits de l’homme ne confère pas à ses citoyens le « droit » de faire tout à sa guise, sans tenir compte des obligations légales et des devoirs clairement définis dans ses lois.

Comme le précisent les textes constitutionnels, les citoyens français ont certes des droits, ils ont également des devoirs. On se référera sans difficulté à tout ce qui a été écrit sur la liberté, l’égalité et la fraternité. Et à cette notion essentielle si mal comprise, que « les êtres humains naissent et demeurent libres et égaux en droits » !

La fraternité est donc une notion plus difficile à saisir pour nombre de citoyens, qui n’y voit souvent qu’une sorte de description de l’amitié ou de la camaraderie. C’est en fait tout autre chose et la clef tient dans la phrase suivante : « Tout citoyen français concourt à la défense et à la cohésion de la Nation ». Cette citation renferme toute l’essence de ce principe républicain. Le citoyen français doit soutenir les intérêts fondamentaux de la France, ce qui n’est malheureusement pas toujours une réalité. Bien des Français conçoivent leur appartenance à la nation comme un droit acquis leur permettant d’exiger de l’État aides et contributions, allocations et subventions. Bien peu d’entre eux se sentent redevables d’une obligation en retour, d’une obligation de respect réciproque, d’une obligation d’avoir à défendre la nation et ses intérêts.

Avoir des droits implique de respecter ceux des autres. Les citoyens ont donc des devoirs comme celui de respecter autrui. La civilité et le civisme sont la base de toute vie en communauté. Obéir à la loi est aussi un devoir préalable à toutes revendication de droit. Enfin, même si, pour des raisons diverses, on constate un désamour des électeurs envers leur droit de vote, c’est aussi un devoir que de participer au fonctionnement des institutions démocratiques du pays. Le citoyen est d’abord un membre de la Nation, et ce lien entre citoyenneté et nationalité a toujours été beaucoup plus fort en France que dans la plupart des autres démocraties.

Une nation est une communauté de personnes unies par un passé commun et ayant choisi de vivre ensemble. Contrairement à ce que nous pouvons malheureusement comprendre de certains événements récents, l’appartenance à un groupe ethnique ou à une religion n’a pas à intervenir dans l’intégration à la Nation.

La France, patrie des droits de l’homme est aussi la terre du droit d’asile et du statut des réfugiés, qui sont tous deux fondés la valeur constitutionnelle du préambule de la Constitution de 1946 et de la Constitution de 1958. Ces références m’amènent à évoquer les notions d’intégration et d’assimilation. Ces concepts sont essentiels dans le sujet qui fait l’objet de cette chronique. On ne peut se lancer dans un projet de relance de notre Nation, si les acteurs ne sont ni formés, ni éduqués, s’ils ne partagent pas les valeurs de la République et s’ils ne se sentent, ni intégrés, ni assimilés.

L’assimilation et l’intégration sont des notions politiques, philosophiques et sociologiques qui n’ont aucune définition juridique et ne figurent, à ce titre, ni dans la constitution, ni dans des textes de loi. Il s’agit de notions abstraites qui doivent s’analyser selon des points de vue très différents, et dont le sens n’a jamais cessé d’évoluer comme évolue la société française. Néanmoins, dans le cadre de cette chronique, j’ai envie de dire que le projet de renouveau de la Nation Française ne peut se passer d’un renouveau culturel et donc, de facto, d’une intégration culturelle. Je parle là de tous ceux qui, comme je l’ai évoqué dans les lignes précédentes, ont pâti d’une évolution néfaste de notre système éducatif, mais aussi de tous ceux qui sont manipulés par des réseaux sociaux simplistes, voire complotistes, et qui ont perdu le sens des valeurs fondamentales de notre société ancestrale laïque.

L’intégration culturelle ne peut aller chercher ses fondements ailleurs que dans les valeurs de la République. Comme elle doit permettre des relations apaisées entre individus de cultures différentes, les traditions et les religions de chacun n’ont pas à entrer en ligne de compte. L’intégration repose sur la seule citoyenneté, et la démocratie est donc une affaire de culture et non de politique.

Bernard Chaussegros

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