Des marionnettes : une mise en scène signée Pinocchio

Une tribune de Bernard CHAUSSEGROS

Les leçons de l’histoire

En 1935, l’Allemagne nazie avait « incorporé » au Reich la région de la Sarre, jusque-là gouvernée par la France sous mandat de la Sociétés des Nations (SDN), après un referendum favorable. Première étape d’un projet du Reich visant à répondre à l’appel pressant de peuples germaniques Le « rattachement » de l’Autriche donnera lieu à un referendum organisé postérieurement au 12 mars 1938, date à laquelle les troupes allemandes sont entrées sur son territoire sans rencontrer la moindre opposition.

Fin septembre 1938, Adolf Hitler, dont le but était « libérer les Allemands des Sudètes » de « l’oppression » tchécoslovaque, officialise ses revendications en prenant prétexte de l’agitation menée par l’organisation nazie locale. Il évoque un principe qu’on entend encore aujourd’hui souvent dans les conflits locaux, le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et exige l’annexion au Reich de la région des Sudètes. C’est alors que se joue la grande mascarade qui mènera à la seconde guerre mondiale. Il parvient à convaincre les Français et les Anglais qu’après avoir réglé cette simple question, l’Allemagne aura fixé ses frontières définitives, gage d’une paix en Europe « pour mille ans ». Ces pourparlers sont entérinés par les accords de Munich le 29 septembre 1938.

On sait quel fut le sort de ses accords et de quelle manière Hitler a tenu parole. La seconde guerre mondiale fera 60 millions de morts.

Entre octobre et novembre 1956, une manifestation étudiante à Budapest (Hongrie) se transforma en une révolte populaire spontanée contre le régime communiste local et les politiques qui lui étaient imposées par l’URSS, le « grand frère » comme on l’appelait alors derrière le rideau de fer.

Après des exactions menées par la police politique, une partie de la population hongroise s’organisa en milices et les luttes aboutirent à la mise en place d’un nouveau gouvernement communiste. Ce dernier manifesta son intention de se retirer du Pacte de Varsovie qui liaient entre eux les pays du bloc de l’Est avec l’URSS.

Le 4 novembre, une importante armée soviétique pénétra dans Budapest pour libérer ses frères Hongrois et la révolte fut noyée dans le sang. 2.500 personnes y perdirent la vie et 20.000 Hongrois fuirent vers l’Autriche et l’Europe de l’Ouest.

Ces propos introductifs pour démontrer qu’en près d’un siècle, rien n’a changé en Europe, comme ailleurs. Les dictateurs interviennent toujours sous prétexte de libérer des peuples frères opprimés ou pour reconstituer des empires historiques disloqués. Mais le seul objectif est économique, étendre son territoire pour accroître sa richesse productive.

La guerre

Il ne faut donc pas se nourrir d’illusions. Ce qui se déroule actuellement sous nos yeux incrédules en Ukraine est une guerre mondiale, ou du moins ses prémisses si les états occidentaux ne prennent pas conscience des réalités.

Il y a quelques jours seulement, le 28 mai, l’armée russe a annoncé avoir réussi un nouveau tir d’essai de son missile de croisière hypersonique Zircon. Dans le même temps, on note une intensification de l’offensive menée contre l’Ukraine.

Il semblerait que le missile aurait été lancé depuis un bâtiment militaire croisant en mer de Barents, vers une cible située en Arctique à un millier de km de son point de départ.

Selon le ministère russe de la Défense, ce second tir après celui d’octobre 2020, aurait été effectué dans le cadre des « essais de nouvelles armes » russes. Le missile Zircon devrait prochainement équiper les navires de surface et les sous-marins de la flotte russe.

De son côté, la Chine, depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, est tiraillée entre son partenariat avec Moscou et sa dépendance commerciale avec les pays européens libéraux. La position de la Chine est donc ambigüe, les intérêts fondamentaux de Pékin et de Moscou sont à la fois divergents et alignés. Divergents, car la Chine entend sauvegarder ses débouchés commerciaux avec ses clients européens. Alignés, car la Chine comme la Russie se sentent marginalisées dans le système international et se sentent exclues par l’Occident.

Selon Yun Sun, essayiste belge d’origine Coréenne, la Chine et la Russie « partagent un ennemi commun et une inquiétude sécuritaire commune », elles veulent avoir « les mains libres ». Comme l’a indiqué le président Xi Jinping, La Chine et la Russie ne veulent pas d’un système basé sur les valeurs libérales occidentales. Elles entendent conserver leurs identités d’autocrates face au démocraties occidentales, et qui nourrissent le désir d’imposer leurs normes, leurs valeurs autoritaires, leurs tribunaux, et elles ne veulent plus être jugées à l’aune des valeurs universelles promues par les démocraties.

La France est en guerre, et il faut donc comprendre que notre économie sera une économie de guerre pour les années à venir. Dans une Europe affaiblie par plus de deux ans de crise sanitaire, la relance semblait au rendez-vous. On évoquait 4 % de croissance et, soudain, la guerre en Ukraine vient bouleverser tous les espoirs. Il ne faut pas être grand clerc pour ignorer que ces événements se préparaient depuis deux longs mois.

Quel meilleur moment pour la Russie que de mettre les états occidentaux en face de leur incapacité à réagir, comme ce fut le cas en 1938 face à Hitler ! D’autant plus quand on sait que la moindre action, réaction ou intervention militaire peut se traduire par un conflit nucléaire.

La Russie, comme la Chine avec laquelle elle entretient finalement une alliance ambigüe, et les Etats-Unis, veulent tous conquérir le monde, asseoir leur envie de puissance et leur besoin de prédominance. L’Europe qui commence, lentement mais progressivement, à s’organiser et à se fédérer, représente pour ce qui est des 27 membres de l’UE, un marché de 450 millions d’habitants, les USA de 350 millions et la Russie de seulement 150 millions.

L’Europe unie devient un adversaire de taille qui dispose au surplus de l’arme nucléaire. Elle représente donc militairement, mais surtout commercialement, un danger pour la Russie et même pour les USA, d’autant plus depuis que la guerre fratricide des Russes en Ukraine a contribué à ressouder plus étroitement les 27.

Certains secteurs sont au centre des préoccupations de nos deux voisins voraces. C’est le cas de l’Espace pour lequel la France et l’européenne Arianespace disposent de compétences reconnues auxquels les uns et les autres ont recours. L’appropriation des technologies spatiales est primordiale pour l’avenir économique de ceux qui veulent gouverner la planète. Même si la station spatiale internationale (en fin de vie) permet un affichage humaniste et fraternel entre les nations en y accueillant entre autres des astronautes français, américains et russes, il y a là un énorme enjeu de pouvoir, notamment lorsqu’on envisage déjà les explorations vers Mars.

Des enjeux géostratégiques

Revenons sur notre planète où un autre combat peut s’avérer vital pour ces grandes puissances, le devenir de l’Arctique. L’appropriation de ce continent est un des enjeux majeurs des prochaines années. Outre les richesses naturelles qu’il recèle, ce territoire de glace est au carrefour entre l’Europe (par le Danemark), les USA (par l’Alaska) et la Russie (par la Sibérie Orientale). Il est le plus court chemin entre ces voisins qui pourraient les cas échéant être des belligérants, d’où sa position stratégique.

Vu sous un angle plus franco-français, le fait d’être en guerre, implique que l’on cesse de se mentir, comme Pinocchio, ce qui nous ramène à l’introduction de cette chronique, et que l’on cesse de nous mentir. Les citoyens français en ont assez d’être les marionnettes de quelques manipulateurs habiles que l’on finit enfin par identifier. Voilà des années que les citoyens sont lassés des faux débats, comme le burkini, dégoûtés par la découverte de scandales connus de tous, écœurés par les crimes sexuels commis par des puissants qui ont été protégés, ou démobilisés de la vie publique par la pauvreté du débat et le spectacle de professionnels de la politique, excellents orateurs, qui se contentent de vivre sur des fonds publics sans agir pour le bien commun.

Mais la réalité nous rattrape et comme le dit Henri Guaino dans une récente tribune, « nous marchons vers la guerre comme des somnambules » car à force de « fermer les yeux », nous sommes désormais face à une crise multiple qui est sociétale, économique, ethnique, religieuse, et même financière.

Nous devons retrouver nos valeurs fondamentales, celles qui ont construit notre pays depuis au moins mille ans. Le coq français que nous voyons sur tous les monuments aux morts de nos communes, notamment rurales et qui rappelle l’engagement des enfants de France pour la défense nationale, ne doit pas seulement coqueliner les soirs de matchs des équipes de France de Foot ou de Rugby ! La fierté du maillot bleu doit faire place à la fierté du drapeau bleu-blanc-rouge. Faut-il pour cela lancer un appel aux citoyens (dans la lignée de l’appel du 18 juin 1940) pour regrouper les énergies du pays, pour susciter dans chez les Français une prise de conscience collective.

Les récentes élections présidentielles ont marqué les esprits. Les partis traditionnels qui ont gouverné le pays depuis 1958 nous ont emmenés vers une faillite morale et économique. Et ils ont disparu au profit de partis populistes qui se positionnent aux extrêmes qu’ils soient dits de gauche ou de droite. Ces partis qui ne représentent pas l’âme fondamentale des Français, ont fini par convaincre les électeurs, à force de mensonges et d’imprécations, que les politiciens dont ils font aussi partie, sont des incapables et des incompétents, plus préoccupés par leur enrichissement personnel que par le bien commun. Au lieu de rassembler, ces professionnels de la politique xénophobes ne font que dresser les Français les uns contre les autres et, petit à petit, réussissent à les pousser lentement vers la guerre. On peut d’ailleurs s’étonner que leurs arguments de campagne aient été entendus par les électeurs, alors qu’ils ont été ou sont encore des amis et des obligés de W. Poutine, et que les Français sont horrifiés par ce que l’armée russe fait subir aux villes et villages Ukrainiens et à leurs habitants.

La Biélorussie masse ses troupes aux frontières de l’Ukraine, des troubles agitent la Transnistrie où l’on parle ukrainien, russe et moldave. La Moldavie risque une autre opération spéciale comme chez son voisin. Moscou lorgne sur les États Baltes qui lui ont fait l’affront de se séparer de l’ancienne URSS, et Poutine pense déjà, comme Hitler, à envahir un jour la Pologne pour « entrer » sur les territoires de l’UE.

S’il est temps de faire immédiatement taire nos va-t’en guerre hypocrites qui souhaiteraient une réponse militaire à ces intimidations et ces rodomontades, il est temps, en revanche, de rassembler l’ensemble des énergies françaises (et européennes) pour engager et gagner la guerre économique qui se profile, et pour cela de convaincre de rassembler dans l’intérêt de tous l’ensemble de ces citoyens manipulés, qu’ils soient « riches » ou « pauvres ».

Il est temps que l’exécutif affronte la réalité, la guerre économique et les sujets qu’il faut absolument traiter : l’avenir de la planète, l’indépendance énergétique et alimentaire, la recentralisation de la production française, mais aussi la fiscalité car avant de vouloir réformer les retraites, sujet qui jettera des milliers de Français dans la rue, il faut absolument harmoniser la fiscalité française pour l’aligner enfin sur les autres pays européens. Il est tout à fait anormal que la charge des dépenses publiques soit portée par les seuls salariés qui ne peuvent en aucun cas échapper à l’impôt, alors que ceux qui « jouent » sur le marché de l’argent échappe en très grande majorité à toute imposition. On ne peut pas à la fois profiter du système administratif, de la sécurité et de la qualité de la couverture santé française sans participer raisonnablement à l’effort national.

De la même manière qu’il faut exiger que toute aide sociale et tout revenu minimum soient contrebalancés par une participation minimum au bien commun par la fourniture d’un « travail », il faut que l’exécutif dise « les choses qui peuvent fâcher » !

Une réaction immédiate est indispensable

Nous sommes en guerre, la situation va devenir catastrophique pour nos concitoyens les plus modestes. Le prix de l’essence pour leur véhicule, le prix de l’alimentation de base, le prix des transports, tout cela va considérablement appauvrir la population française. Cela ne peut se régler par une augmentation des primes diverses, chèques essence ou aides ponctuelles.

Il va falloir que les « riches » (pas ceux qui gagnent 3.000 euros par mois !) ceux dont le patrimoine réel et les revenus se comptent en millions d’euros ne cherchent pas à externaliser leur richesse dans les paradis fiscaux des Émirats du Golfe Persique ou du Qatar, mais qu’ils participent réellement à l’économie de guerre et pour cela, outre leur attachement « patriotique », il conviendra de leur accorder des « compensations » en gage de leur soutien et de leur implication dans cette période qui est et sera très compliquée.

On ne peut pas non plus éternellement donner les clés du pouvoir à des gens qui vivent sur la dette publique depuis des décennies ! On ne peut pas plus donner ces clés à des populistes qui n’ont aucune compétence et profitent outrageusement de la crédulité populaire.

Et tant que les débats politiques tiendront du jeu télévisé, et qu’ils seront organisés sur toutes les chaines de télévision entre de pseudos penseurs, et qu’ils donneront la parole à de faux spécialistes, sous la direction prétentieuse de présentateurs de sitcoms incultes, il ne faut pas espérer s’en sortir. La civilisation du digital disposait d’outils merveilleux et d’une technologie quasiment magique, elle en a fait des mécaniques de jeu comme elle a transformé une partie de la population, et notamment des jeunes, en joueurs dont le principe fondateur est « d’avoir gardé son âme d’enfant » !

Bernard Chaussegros

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