Relance économique : le grand défi de l’agriculture et des Industries agricoles et alimentaires (IAA)

La chronique économique hebdomadaire de Bernard CHAUSSEGROS

DOSSIER SPECIAL : Pas de relance économique sans une analyse sectorielle et humaine !

Semaine 1/4 : Relance économique : l’intervention nécessaire de l’État
Semaine 2/4 : Relance économique : le rôle crucial de la culture
Semaine 3/4 : Relance économique : quelle place pour l’écologie ?
Semaine 4/4 : Relance économique : le grand défi de l’agriculture et des Industries agricoles et alimentaires (IAA)

Le monde agricole tente de retrouver son âme

La modernisation d’après-guerre

Mais si la modernisation agricole a permis à de nombreux agriculteurs de mieux vivre, dans des zones rurales mieux organisées, dans des habitats plus confortables, et si elle a permis à certains d’entre eux de s’enrichir, elle a parallèlement ruiné chaque année des milliers de fermiers et vu disparaître de nombreuses exploitations. Juste après la seconde guerre mondiale, dix travailleurs agricoles nourrissaient 55 personnes. En trente ans, dans les années 70, ce chiffre est passé à 260. Sur le plan sociologique, la part de l’alimentation dans le budget des ménages diminue inexorablement, tandis que la course aux prix bas provoque une baisse notable des revenus pour les agriculteurs. Le bouleversement est global, le prix de la terre agricole est en baisse constante (40 % entre 1980 et 2000), la surface agricole utile diminue, les boisements et les friches s’étendent. Les manifestations de mécontentement des agriculteurs, parfois violentes, ont montré le désespoir de certains d’entre eux, la part leur revenant dans le prix payé par le consommateur n’a cessé de baisser. Pour ce qui concerne la consommation alimentaire, cette part est passée de 40 % dans les années 1950 à 21 % dans les années 2000.

« En une génération, la France a vu disparaître une civilisation millénaire constitutive d’elle-même », constatait déjà Henri Mendras dans La Fin des paysans (1967).

En témoigne, le nombre alarmant de suicides chez les agriculteurs. Depuis une vingtaine d’années, la MSA (Mutualité Sociale Agricole) évoque jusqu’à deux suicides par jour. La modernisation technique, l’agrandissement des surfaces, le coût des produits phytosanitaires et la baisse des prix contribuent à désespérer certains agriculteurs qui ne parviennent pas à vivre de leur travail.

Certains signes toutefois montrent, qu’après des décennies d’aberrations tant économiques que politiques, un peu de lumière vient éclairer le monde de l’agriculture et des campagnes. Comme souvent, l’histoire oscille, comme le balancier de l’horloge du temps, entre des situations extrêmes. De même qu’aux périodes de guerre succèdent des périodes de paix et d’espoir, des périodes de reconstruction et de remise en question, les périodes de paix portent en leur sein les germes de nouveaux conflits latents.

Pour le monde agricole, il faut espérer que les errements que l’on connait depuis l’époque des « 30 glorieuses » vont être corrigés pour redonner à notre pays historiquement rural et productif des valeurs fondées sur le travail et non sur les profits excessifs.

C’est avant tout dans les périodes de crise, ou à la suite de bouleversements majeurs que les choses évoluent positivement. La peur est souvent le commencement de la sagesse.

Les campagnes vidées de leurs habitants ont trouvé à se repeupler depuis des décennies, sous l’angle des loisirs, par la multiplication des résidences secondaires, par la recherche pour certains de leurs racines et par le tourisme rural, et ce, dès le tournant des années 1950. Toutefois, parallèlement, le monde rural mourait.

On peut même citer les philosophies du « retour à la terre » nées de la prise de conscience par les générations de 1968 d’un besoin de faire renaître un lien fort avec la nature, les mouvements hippies, la création de communautés, parfois sectaires, dans les régions les plus isolées, et parfois les plus rudes. Si beaucoup ont échoué dans leurs projets, d’autres se sont maintenus, guidés en cela par des personnalités fortes, de vrais penseurs du lien avec la nature et chantre de la protection de celle-ci. On peut notamment les travaux et les engagements de Pierre Rabhi en Ardèche.

Mais le mouvement s’est amplifié, notamment par la peur ! Peut-être peut-on même parler « des » peurs. En effet, la récente et très actuelle crise sanitaire du COVID 19, et les confinements qui ont été décidé par les autorités ont incité de nombreuses familles à se réfugier à la campagne, que ce soit dans des résidences secondaires, ou en décidant purement et simplement de changer de cadre de vie, y compris pour des raisons professionnelles, souvent facilitées par le développement des nouvelles technologies et les possibilités de télétravail. La preuve en est de la hausse considérable du coût de l’immobilier en province ces derniers mois, et de la difficulté désormais, pour les candidats à l’exode citadin, de trouver des biens à acheter.

C’est donc, en quelque sorte un refus nouveau, mais marqué, de recourir à l’intermédiation dans les échanges économiques. Il convient de faire baisser les prix, et pour cela, il faut éviter de rajouter aux prix les marges des intermédiaires qui n’apportent aucune plus-value aux commerces concernés.

Une agriculture est à la recherche de sa prédominance passée

Sans que ce soit une révolution, il est intéressant et rassurant de constater que, par l’influence de l’opinion public et par les actions volontaristes des consommateurs, le monde rural est actuellement dans une phase de renouveau. Les campagnes se repeuplent, même si cela ne se fait pas par le retour des agriculteurs dans les fermes, mais le tissu et le maillage premier du pays se reforme.

Les habitudes alimentaires se modifient, progressivement, induites tout d’abord par la prise de conscience brutale des citoyens que les marges des intermédiaires sont abusives et causent la misère des producteurs, et ensuite par une demande visant à obtenir des produits de qualité, sans pesticides ou résidus de produits chimiques cancérigènes, Bio avant toutes choses, et qui doivent être payés au juste prix à ceux qui cultivent et entretiennent le patrimoine naturel des territoires agricoles.

Parallèlement, on sait que les États ont finalement eux aussi pris conscience de l’importance du monde agricole et de ceux qui y travaillent. En témoigne l’adoption, en 2018, par l’Assemblée générale des Nations unies, de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales, dans l’objectif de redonner un souffle à l’agriculture paysanne.

L’agriculture française, est l’une de nos grandes forces, le fondement historique et culturel de notre pays. À quelques générations près, nous sommes tous, de près ou de loin, issus du monde paysan, à tout le moins du monde rural, artisans, forestiers, bateliers, etc., nés et enracinés en province, notre territoire natal et nos racines. Il suffit pour cela d’interroger nos voisins, nos amis et collègues de travail, nos cousins éloignés, pour s’entendre dire que nos grands-parents ou arrière-grands-parents travaillaient la terre !

Et pourtant, ces pays riches des héritages anciens et des traditions laborieuses ancestrales sont aujourd’hui abandonnés et oubliés, au profit d’un Paris qui centralise tous les pouvoirs et impose les solutions. Un Paris, longtemps populaire, sorte de fédération de quartiers semblables à des villages, qui, peu à peu, sous l’influence de la spéculation immobilière, se vide de ses habitants pour remplir des cités dortoirs accessibles moyennant des heures de transports en commun. Paris n’est plus qu’une vitrine, un immense musée mort, réservé aux touristes et aux grandes fortunes, souvent étrangères. Mais cette vitrine n’est plus destinée à représenter la France et ses valeurs, ses compétences, ses forces vives et la qualité supérieure des fruits de son travail, mais l’image péjorative d’une richesse spéculative qui renie le bien commun.

Les combats européens face aux diktats de Bruxelles

La lutte contre le monopole des semences

Le règne des grands groupes chimiques comme Monsanto devrait avoir été aboli depuis longtemps. Les produits dangereux dont ils inondent le marché agricole, responsables de tant de cancers, ont été interdit, plusieurs fois, suite à des instances judiciaires. Et pourtant, par le biais de procédure, les interdictions, restent partielles ou leur mise en œuvre est perpétuellement repoussée.

On doit se débarrasser des herbicides et des pesticides qui polluent les terres et les nappes phréatiques. Les risques sont largement documentés. Le chlordécone qui a saccagé les sols antillais était utilisé pour lutter contre le charançon du bananier. Les néonicotinoïdes sont des insecticides utilisés partout dans le monde pour la protection contre les insectes parasites des cultures et des animaux, mais ils ont contribué à la disparition partielle des colonies d’abeilles, pourtant indispensable à la pollinisation, elle-même indispensable à la production fruitière. Leur utilisation commune dans le monde entier pose des problèmes de sécurité environnementale, alimentaire et sanitaire, tant pour les abeilles domestiques que pour l’homme, mais aussi pour les abeilles sauvages et de nombreux autres espèces terrestres et aquatiques, poissons, reptiles et amphibiens, oiseaux insectivores et rongeurs.

Mais si ces groupes industriels polluent la planète par les moyens à l’instant évoqués, il s’approprie le monopole de la commercialisation des semences. C’est ainsi que les agriculteurs, producteurs de blé, qui achètent leurs semences à ces industriels se voient fournis en semences chimiquement traitées. Cela pourrait sembler être une solution progressiste, puisque les graines à semer sont protégées contre les effets de nombreuses maladies ou contre l’attaque des principaux nuisibles. Mais, là où les producteurs, dans le passé, pouvaient réserver une part de leur production pour leur semailles de la saison suivante, ils ne le peuvent plus, car les semences traitées ne donnent pas une récolte qui peut être semer à nouveau. Elles sont à usage unique et il faut donc les racheter chaque année, ce qui rend les agriculteurs captifs de ces groupes monopolistiques.

Cette prise en otage est inacceptable et doit cesser !

La relecture de la PAC

La mise en place, au niveau européen, de la PAC (politique agricole commune) destinée à soutenir les marchés et les prix agricoles (1er pilier), va faire de la France le premier pays producteur de l’Union européenne et le deuxième exportateur au monde de produits agroalimentaires, le tout subventionné par des budgets communautaires, ce qui n’a pas été sans provoquer des conflits entre états membres et des négociations dans lesquelles les agriculteurs français, en dépit de toutes ces aides, se sont battus pour sauvegarder leurs revenus, entraînés vers le bas par la concurrence des pays voisins, européens ou non.

Depuis 1999, l’Union européenne a décidé de compléter la dimension de la PAC par un « 2ème pilier » consacré au développement rural, preuve s’il en est de la situation détériorée de la ruralité française.

Le rôle de l’agriculteur a donc changé, on ne lui demande plus seulement de nourrir le pays, il doit aussi rapporter des devises. Comme le disait un ancien président de la République : « L’agriculture est le pétrole vert de la France ». Si certains agriculteurs se modernisent, d’autres, parmi les plus vieux, conservent le modèle d’une agriculture de subsistance. C’est notamment par ce biais que notre société est entrée dans le règne de la consommation, toujours la quantité, au moindre prix pour les investisseurs, au plus cher pour les consommateurs.

Il convient de rappeler aujourd’hui que le métier d’agriculteur doit redevenir, avant tout, un métier d’avenir vertueux. Dans un monde où se contredisent les principes supérieurs de la République et de sordides intérêts individuels basés sur la recherche du profit à outrance, il faut rappeler avec force les valeurs fondamentales de la démocratie qui sont bafoués depuis des décennies. En effet, partout où existent des failles, s’immiscent des profiteurs qui captent des revenus sur une absence de création de valeur.

Les métiers de l’agriculture sont des missions humanistes, celles de nourrir les gens, celles d’entretenir et de protéger la planète et des ressources qui ne sont pas illimitées. Le travail que fournissent les agriculteurs doit être respecté et il doit être rémunéré avec équité à hauteur des efforts fournis, du labeur qu’il représente et des plus-values créées.

La remise en culture des jachères

La mise en jachère est une pratique culturale ancestrale qui se fait au printemps et en été pour préparer les terres arables à des semailles en automne. Mais la jachère proprement dite est aussi le terme qui désigne la période où l’on effectue un gel des terres, autrement appelé repos de la terre.

Il se trouve qu’actuellement, du fait de la crise provoquée par la guerre en Ukraine qui a amplifié les tensions sur le marché des céréales et des oléagineux (tournesol notamment), la Commission Européenne a temporairement autorisé la remise en culture des jachères.

La superficie des terres en jachère est, en France, de 1.500.00 hectares. Conçue pour réduire les surfaces en production dans un contexte de surproduction, son taux a été assez régulièrement maintenu à 10 % de la surface en céréales et oléo-protéagineux.

Mais aujourd’hui, on se rend compte que notre pays est tributaire, notamment sur ce marché des céréales et des oléo-protéagineux, de productions étrangères, en l’espèce de la Russie et de l’Ukraine. Il serait temps de refonder l’indépendance agricole française, notre territoire ayant été, de tous temps, autosuffisant pour tous ces besoins.

Aujourd’hui, si l’on met à part le cas de l’Ukraine qui a besoin d’exporter ses productions pour financer la guerre qu’on lui impose, il n’y a aucune raison valable pour un pays comme le nôtre d’aller chercher ailleurs ce qu’elle peut produire sur son sol avec le travail de ses agriculteurs, et d’ajouter au prix d’achat des coûts de transport que le renchérissement de l’énergie rend insupportables.

Il s’agit, en fait, d’une redéfinition du modèle agricole et économique mondial. Sans pour autant se refermer sur soi, la gestion saine et écologique des besoins en denrées agricoles doit se traduire par une recentralisation de nos productions sur notre territoire.

Notre agriculture dispose de nombreux atouts : la qualité des terres de France, l’excellence des agriculteurs et l’impact de l’écologie sur notre devenir ! Cet impact, ou ce lien entre l’écologie, la conscience renouvelée dans la nature dont on vit se traduit par des projets exemplaires.

Un exemple porteur d’espoir

La plateforme de financement participatif AKUO, spécialisée dans les énergies renouvelables, et AKUO Energy, premier producteur indépendant français d’énergie renouvelable, propose uniquement des offres de prêt pour financer des centrales de production d’énergie verte.

Ce groupe a installé une ferme photovoltaïque à Piolenc, village du Vaucluse (84), avec le souci de créer des synergies entre l’écologie et l’agriculture. Cette ferme de 40 ha (et bientôt 46 ha), est la plus puissante station photovoltaïque flottante d’Europe. Construite sur de vastes plans d’eau, vestiges d’anciennes carrières, elle permet de développer différents projets respectant les enjeux environnementaux.

Les premiers 47 000 panneaux fournissaient, en 2020, 17 mégawatts, l’équivalent de la consommation de 4 500 foyers. Ce dispositif est notamment complété par un outil d’expérimentation installé au sein d’un vignoble de 4,5 Ha de vignes, appartenant à la chambre d’agriculture du Vaucluse.

Des portes ouvertes sur l’avenir pour une agriculture repensée

En terminer avec la trop grande intermédiation qui ruine les producteurs

La première mesure, dans un contexte de hauses des prix des carburants, c’est de réduire les coûts de transports. De nouvelles stratégies mises en place en agriculture, se retrouvent d’ailleurs d’une manière plus globale, dans d’autres secteurs économiques du pays. Le renchérissement des coûts de transport et leur impact carbone, d’une part, et la volonté d’instaurer des échanges plus équitables, d’autre part, incitent nombre de décideurs à opter pour les circuits courts.

C’est donc, en quelque sorte un refus nouveau, mais marqué, de recourir à l’intermédiation dans les échanges économiques. Il convient de faire baisser les prix, et pour cela, il faut éviter de rajouter aux prix les marges des intermédiaires qui n’apportent aucune plus-value aux commerces concernés.

Dans la filière agroalimentaire française, les grossistes jouent un rôle fondamental mais génèrent des coûts qui ne sont pas réellement chiffrés. Résultat, quand un consommateur achète et paie des fruits ou des légumes, ou des produits issus de la filière agro-alimentaire, il ne sait pas ce qui revient à l’agriculteur. En général, pas grand-chose. Qui est le vrai gagnant dans cette chaîne d’intervention entre le paysan et le consommateur, producteurs, grossistes, transporteurs, grande distribution, consommateurs ?

Prenons l’exemple d’un produit coûtant 1 euro. La répartition est la suivante :

Agriculteur :                 33 cts
Industriel :                   42 cts
Grande surface :           19 cts
TVA :                            5 cts

L’agriculteur ne touche qu’un tiers de ce que dépense le consommateur ! C’est l’industriel, et il s’agit la plupart du temps d’une succession d’industriels intermédiaires, tant dans la distribution de produits frais, que dans la fabrication de produits agro-alimentaires qui récupèrent la plus grosse part, soir 42 % ! Il y a là une situation d’abus de position dominante, assez peu tolérable dans un pays de droit et d’équité. Il est évident que le poids des lobbies industriels est démesuré par rapport à celui des petits producteurs qui, même avec l’appui de leurs coopératives ou de leurs syndicats, ne peuvent pas lutter contre des entités plus puissantes qu’eux.

Cette répartition inique ne respecte pas les valeurs de la démocratie. Ce ne sont pas les « travailleurs » qui sont rémunérés, mais les intermédiaires ! Les agriculteurs apportent une plus-value vérifiable à l’économie du pays. Les intermédiaires, centrales d’achat, grossistes, transporteurs, etc. en apportent peu ou n’en apportent pas de tout. Notre monde ancestral se meurt, car il est celui devenu celui de l’intermédiation, cette succession de maillons d’une chaîne qui ne créée aucune valeur et qui capte l’essentiel de la marge.

La lutte indispensable contre le gaspillage

De récentes études ont démontré que plus d’un tiers des produits alimentaires du monde sont gaspillés. Ces données sont choquantes ! Il est vrai que, même dans des pays privilégiés comme la rance, de nombreuses personnes sont réduites à des situations proches de la misère et doivent s’approvisionner dans des magasins d’associations humanitaires. Mais que dire des nombreux pays qui, partout dans le monde, souffrent de sévères famines !

Ce constat doit nous inciter à prendre conscience réellement qu’il est indispensable de lutter contre le gaspillage alimentaire. De nombreuses personnes se sont engagées bénévolement dans cette lutte mais ce n’est pas suffisant. Car le phénomène est plus large qu’on le croit ! Le gaspillage alimentaire englobe l’ensemble de la toute nourriture qui est perdue au cours du processus d’approvisionnement entre le producteur et le consommateur, jusqu’au comportement même du consommateur qui la mange, mais qui aussi la jette.

Ce gaspillage dans la surconsommation alimentaire est comportement inacceptable dans un pays développé. Cela devient un problème d’une gravité extrême dans les pays pauvres, ceux du premier monde, ceux en développement et ceux du tiers monde.

Lutter contre le gaspillage est la première étape pour redonner un espoir de rendre, avec la mise en culture des jachères inutiles, la planète autosuffisante pour quelques décennies supplémentaires, même su cette simple attitude ne suffira pas et qu’il faudra aussi travailler à la définition de nouveaux aliments durables, et à de nouvelles habitudes alimentaires !

Une filière Bio mieux encadrée et contrôlée

Une telle attitude revient à vouloir développer le commerce local et la relation directe producteur consommateur. Avant la crise brutale des années 2019-2021, d’autres crises sanitaires avaient marqué les esprits quant à la qualité des produits alimentaires distribués par les grandes enseignes, la malbouffe, les listérias, les OGM, les compléments chimiques introduits dans les aliments, conservateurs, colorant, réhausseurs de goût. L’écologie et toute la pensée philosophique qui s’y rattache s’est progressivement invitée dans l’esprit des citoyens, en même temps que ces derniers s’interrogeaient sur les excès de l’agriculture intensive, sur la sécurité alimentaire mais aussi sur le principe de souveraineté alimentaire, questions qui alimentent depuis au moins trente ans maintenant le débat public.

C’est de ces réflexions et de ces mouvements que sont nées de nouvelles pratiques. C’est vers la fin des années en 1980 que sont créés les premières chaînes de magasins spécialisés dans les produits biologiques (comme Biocoop), même si depuis de nombreuses années déjà des enseignes plus discrètes permettaient de se fournir en produits « naturels ».

L’écologie et la prise en compte du coût carbone des certains produits proposés sur les étals des commerçants et des grandes surfaces donne à réfléchir aux consommateurs. Pourquoi manger des cerises en hiver ?

De nouvelles pratiques se mettent alors en place autour de l’idée de l’écologie, de l’alimentation Bio, en privilégiant en premier lieu la qualité, mais aussi la provenance des produits, et en favorisant les circuits courts, et parfois directs entre avec le producteur et le consommateur. On peut ici citer, bien évidemment, le principe de la vente directe à la ferme, mais aussi les AMAP (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne) dont l’objectif est de fournir aux consommateurs des produits aux qualités alimentaires parfaites se détachant des réseaux de la grande distribution commerciale. Ces expériences, maintenant durables, sont par ailleurs fondées sur une philosophie de l’équitable, qui prône un dialogue et un échange respectueux entre le producteur et le consommateur.

La R&D sur les produits transformés

Et pourtant, dans les années 50, on parlait déjà de la faim dans le monde. Dans les écoles primaires, les écoliers travaillaient sur ce thème, agissaient déjà avec leurs petits moyens ? nouaient des jumelages avec des villages africains, etc. À l’époque, on savait déjà que la faim continuerait de progresser dans le monde. L’UNICEF agissait mais sans que l’impact ne soit suffisamment marquant sur le phénomène. On parle aujourd’hui d’une population d’un milliard de personnes qui souffriraient de la faim sur les cinq continents, situation qui ne pourra que malheureusement s’aggraver avec l’évolution malthusienne de la population mondiale qui devrait passer d’un peu plus de 6 milliards d’individus aujourd’hui à un peu plus de 9 milliards en 2050, soit une augmentation d’un tiers.

Les spécialistes s’interrogent sur la « l’invention » et l’industrialisation de nouveaux types d’aliments et sur l’apport possibles de divers compléments alimentaires pour lutter contre les déséquilibres sanitaires dus à la malnutrition. Mais il nous faudrait d’abord et avant tout penser à révolutionner la gestion et la maîtrise de la surconsommation et de la surproduction, avant de faire évoluer les habitudes de consommation et de conservation des aliments.

On évoque également, très souvent, la pénurie annoncée des réserves d’eau. On finira peut-être par mourir de soif ! Et les récentes images des populations victimes de la sécheresse dans certaines contrées du monde, et je reprends l’exemple de Madagascar, doivent obliger les dirigeants du monde, d’abord à se remettre en question, et ensuite à réagir, compte tenu de la parfaite connaissance qu’ils ont des effets dramatiques des changements climatiques. En effet, parallèlement, on voit, sur tous les continents, des pays qui sont régulièrement ravagés par des tornades ou dévastés par des inondations torrentielles. On apprend aussi que la fonte des calottes glaciaires aura pour conséquence une élévation du niveau des mers et des océans.

Et on doit donc se demander pourquoi, sur notre planète, certains seraient condamnés à mourir de soif et d’autres à être noyés ! Les questions qui se posent sont multiples. Après l’invention de nouveaux aliments, il nous faut nous interroger sur l’évolution des comportements face à la nourriture.

Les recherches réalisées par des industriels innovants en termes de nutrition préconisent d’abandonner les nourritures traditionnelles au profit de compléments alimentaires équilibrés en nutriments et protéines. Des substituts de repas, comme en consomment les sportifs, bourrés de vitamines et concentrées en nutriments.

Ces compléments semblent intéresser une partie de la population, notamment citadine, qui affirme consommer régulièrement ces produits pour renforcer leur système immunitaire, augmenter leur vitalité, améliorer leur sommeil et réguler leur stress ! Mais ne serait-ce pas qu’une mode pour des citoyens privilégiés ?

Autre façon de concevoir la chose serait de changer subtilement les habitudes alimentaires des pays développés, en réduisant drastiquement leur consommation calorique inutile. Selon des études documentées, les besoins normaux d’un être humain sont de 3.000 calories par jour avec une proportion idéale de 500 calories d’origine animale. Or, la consommation moyenne actuelle des habitants de ces pays est de 4.000 calories dont 1.000 d’origine animale.

L’engagement nécessaire pour gommer ces excès

Les statistiques médicales dénoncent que de nombreux individus sont en surpoids, essentiellement parce que leur régime alimentaire est déséquilibré et que les quantités consommées sont excessives. À l’évidence, une part importante de la population des pays développés mange trop et mal. Les raisons en sont pour partie liées au stress, on peut le penser, et à la philosophie ambiante des pays riches, (plus vite, plus grand, plus luxueux), mais aussi à des traditions culinaires héritées de leur histoire.

Face à ces habitudes comprises comme des éléments concrets de bonheur, il est bien évidemment complexe de « vendre » l’idée de la restriction volontaire en matière alimentaire, simplement en argumentant sur l’idée de vivre plus sainement.

En revanche, dans le cadre de la prise de conscience qui se dessine progressivement sur la protection de la planète, de son climat et de ses ressources, il pourrait être intelligent que les pays développés prennent conscience de la nécessité d’une plus juste répartition des ressources alimentaires

Selon des experts nutritionnistes, un tel « effort » collectif, rompre avec ses habitudes de consommation, combiné à une réduction des gaspillages évoqués en introduction, permettrait aux ressources de la planète de nourrir tous ses habitants en 2050, sans mettre en péril son équilibre environnemental global.

Il convient, en effet, de mettre dès maintenant en œuvre des solutions pour promouvoir un système alimentaire durable, sans usage des produits chimiques qui sont dangereux pour la santé et l’environnement. Mais une telle transformation impose que nous remettions en cause nos habitudes alimentaires et pas seulement sur les modes de production ou sur les rendements.

Bernard Chaussegros

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