photo Blondet Eliot/ABACA

Tribune. On le sait, depuis la visite emblématique qu’il a faite dans sa bonne ville de M’ Bondy, le Roi Micron Premier s’est retrouvé propulsé sur le devant de la scène. Ce n’est pas pour lui déplaire. Le succès rencontré par le Maire de Paris, Madame Hidalgo,  avec  l’expérience qu’elle a faite de tenter d’introduire une dose de saleté repoussante dans la ville a convaincu le roi qu’il convenait d’accélérer sa politique dite de mixité alternative, de type couleur/son comme jean-déchiré-au-genou/pantalon-de-flanelle-fraîchement-repassé.

Nous avons gardé dans notre souvenir les hourras et les vivats, qui ont accompagné son immersion/inclusion dans l’espace urbain/suburbain aux cris de : Micron/son !, que le souverain dans un premier temps a pris pour autre chose. Ah! la fraîcheur de son rire, quand on lui a expliqué qu’il lui suffirait de hausser le niveau du son de son micro pour être audible par la foule. Ce n’était que ça !

La mélodie charmante de Jean Yanne qui accompagnait la bande-son justement du film Chobizness, lui revint immédiatement en mémoire: « Il a eu chaud bibi, chaud bibi, chaud bibi, chaud du zizi jusqu’aux fesses ». L’élégance du phrasé de l’auteur, alliée à la précision de l’émotion, tout y était.

La mixité c’est donc le mélange de l’homme et du son, quelque manière qu’on ait de l’écrire, du bruit/mot au verbe-objet.

Trop d’études sont enfouies dans la mémoire du Roi, refoulant comme d’un évier les vers appris par coeur au temps de sa jeunesse: Rome unique son de mon appartement, etc…

M’ Bondy, par sa propreté crasse comme on dit de nos jours, faisant le pendant idéal aux photos représentant le souverain entouré de joueurs de son, justement, illustre ce désir de mixité conceptuelle et visuelle, ce qui renvoie définitivement au magasin des idées démodées les concepts éculés (excusez le gros mot) de beauté et de laideur, tout n’étant comme de juste que dans tout, et réciproquement.

Mais comme ce tout finit par lasser, le pouvoir doit ressaisir le manche. D’où la mixité, le vocabulaire alterné, et les références littéraires.

La dernière trouvaille du monarque étant la profération à l’identique d’un souhait prospectif (si j’ose ainsi ce pléonasme), presqu’entendu mot pour mot  il y a quatre-vingts ans dans d’autres circonstances: « Je souhaite la victoire de l’Ukraine ». Ça a un air de déjà vu. Bah! Qui vivra vaincra. La guerre néanmoins c’est horrible et les atrocités l’accompagnent de toutes façons. Je me souviens, enfant, d’un lot de photos épouvantables qu’un de mes oncles gardait précieusement, en souvenir de ses amis d’enfance massacrés pendant la guerre d’Algérie. J’étais tombé dessus par hasard, j’avais 11 ans. Effrayé par les conséquences possibles qu’eût pu entraîner sur mon psychisme de garçonnet un tel spectacle inattendu, mon oncle oubliant sa fidélité a ses camarades et voisins massacrés flanqua le tout à la poubelle. Le spectacle de l’horreur est le combustible qui  fait renaître la barbarie. Ce n’est pas à montrer, encore moins à commenter en famille. La famille ce n’est pas fait pour entretenir les bûchers. Des horreurs, il y en a de tous les cotés, et vu que la mode est à tout filmer au nom de la maison de verre, cette épouvante moderne, on peut s’attendre à la circulation du pire. Revenir à la paix ce n’est pas attiser la haine. L’oubli, c’est comme la prescription, ça sert la cohabitation des hommes.

Est crédule celui qui croit qu’il est le seul auteur des actes de cruauté entraînés par la fureur des armes. Qu’il relise Corneille, Racine et surtout l’Odyssée de Homère : derrière chaque guerrier il y a toujours un dieu  qui l’accompagne au combat.

Faire le procès des Dieux ? Je sais que la mode est au devant/derrière comme au déboulonnage des statues, donc pourquoi pas César, Caligula, ou Vénus ? Méfions-nous cependant qu’ à force de nier le réel, on ne finisse par nier le ciel. Homère m’a tué, lâcherait Zeus, en tournant dans sa lippe : « Merde, je ne joue plus pour tous ces pauvres types », comme l’a joliment chanté Georges Brassens.

Que resterait-t-il ensuite?

Jean-François Marchi

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