Législatives 2022 : seront-elles un appel et un vote déterminant pour un nouvel intérêt démocratique et quels remèdes sont-ils possibles ?

Nos parlementaires sont souvent décriés mais ils constituent un relais fort entre les terroirs et les administrations. Ils incarnent un lien social irremplaçable. Députés et sénateurs sont parfaitement identifiés dans leur circonscription et souvent appréciés.
Oui, j’entends déjà les quolibets de certains ou des populistes : « Tous pourris, tu décris un idéal ».

Je ne cautionne pas parce-que je vis le réel depuis plusieurs années en travaillant, tour à tour, à l’Assemblée ou au Sénat ou en cabinet ministériel. Je porte mon regard sur l’espoir d’un mieux et je tente humblement d’y contribuer.
De plus, je constate que les critiques du politique portent pratiquement toujours sur le général mais lorsqu’on parle d’un député ou d’un sénateur en particulier, les nuances se font jour et les compliments ne sont souvent pas très éloignés. Oui, les brebis galeuses existent en politique. Dans l’économie aussi. Dans la finance aussi. Ce n’est pas une généralité. Mais, ce que je vois depuis tant d’années, c’est quand il y a des situations compliquées, c’est souvent vers les politiques que chacun se tourne pour demander de l’aide. Il y a des déceptions mais il y a des réussites aussi.

En ces temps de tempêtes sociales et de tourments internationaux, lesparlementaires sont, plus que jamais, des recours pour les populations inquiètes face aux soucis réels du quotidien. Et, les députés comme les sénateurs sont souvent lesconfidents des problématiques des électeurs, soucis personnels, sociaux, familiaux, économiques et existentiels…

A travers ce billet, je voudrais dire combien la France a des parlementaires beaucoup plus dévoués et passionnés par le pays qu’on ne le pense.
La fonction transforme ces femmes et ces hommes qui embrassent ce mandat au service de la vitalité des territoires. Je les côtoie au quotidien : tous se bonifient. Je le constate en permanence.

Au cœur de notre parlement, j’ai un profond respect pour l’institution, j’en saisis le travail mais surtout son ample nécessité au cœur de la démocratie.

L’Assemblée nationale, pour nous tous, est comme une deuxième maison. Tout le monde se connaît, se parle, s’indigne d’un fait de société, d’une injustice, compatit et vibre pour l’un des leurs, comme pour le député Jean Luc Reitzer, qui est le miraculé de l’Assemblée nationale, après 42 jours de réanimation, quand il a eu la Covid-19.

Les appariteurs de l’Assemblée

Chaque jour, je mesure le travail attentionné des fonctionnaires avec lequel nous évoluons jour et nuit. Ils connaissent ma reconnaissance. La bibliothèque de l’Assemblée vit au rythme des séances : demander un service à minuit ou 5 h du matin, c’est toujours possible. Ses appariteurs sont particulièrement érudits et sont capables d’identifier, dans l’immédiat, des erreurs de chiffres du XVIIIème siècle dans un ouvrage et d’en sourire modestement. Ils sont plus que précieux pour nous.

Aller à l’atelier de reprographie à 1 h ou 2 h du matin pour demander les épreuves d’un document important est possible : quelle complicité partagée et service rendu. L’activité parlementaire nocturne est constante et permet un formidable gain de temps. Elle donne un visage hors norme à notre travail.
La vie législative est rythmée par sa vocation première, l’Assemblée nationale vote les lois, elle contrôle l’exécutif, plus précisément, l’action du gouvernement, pas celle du Président de la République mais le Parlement pèse lourd dans les débats.
Les deux chambres ne doivent pas être considérées seulement comme deux corps intermédiaires mais une source de richesses. Les modalités concrètes de gestion de la crise sanitaire, par exemple, (mise en œuvre du passe-vaccinal, etc…) ont été réalisées avec un dévouement total et remarqué. Et, cahin-caha, la vie législative a continué pendant toute la Covid-19. Tous avaient peur mais tous venaient.

Le Parlement : lieu de vie, lieu d’avancées sociétales

L’Assemblée nationale a été régulièrement le lieu d’échanges houleux mais aussid’avancées qui sont trop souvent oubliées.
Pour être concrète, donnons quelques exemples emblématiques de groupes parlementaires différents :

Pendant la Covid, toutes tendances confondues, les députés ont voté les textes, les projets de loi de finances rectificatives,en procédure accélérée, pour venir en aide financière aux entreprises, aux hôtels, aux artisans et aux PME. Quel soulagement pour beaucoup d’entre vous !

La réforme de la formation professionnelle, soit la loi sur la liberté de choisir son avenir professionnel a été votée et adoptée. C’est une réussite. Preuve en est :le nombre d’apprentis a plus que doublé.

A l’UDI, le groupe s’enorgueillit del’adoption du congé de deuil (Loi du député Guy Bricout) qui a permis l’augmentation du nombre de jours de congé pour les parents dont l’enfant est décédé. Le député André Villiers a pour sa part, lancé une démarche bienvenue, sur un an et demi, en faveur des agriculteurs et la question de notre indépendance alimentaire, avec une quarantaine de députés, sénateurs et personnalités de la société civile. Il a interpellé sans cesse et réussi à augmenter la prise de conscience de cette question si actuelle aujourd’hui. Exploitant en activité, s’exprimant avec fougue et autorité, les questions agricoles n’ont plus de secrets pour lui.

A l’UDI encore, signalons une belle observation de phénomènes sur la jeunesse avec la loi nommée loi de protection des mineurs contre la consommation de protoxyde d’azote.
Le protoxyde d’azote, gaz non dépistable, utilisé pour faire de la chantilly, était dangereusement utilisé, notamment par les jeunes, pour ses effets euphorisants. Désormais, la loi encadre et interdit la vente pour les mineurs de ce gaz prisé, peu cher, avec des effets euphorisants pendant quelques secondes.

Chez les Républicains, saluons la loi sous l’égide du député Aurélien Pradier sur lesviolences faites aux femmes avec une proposition de loi qui a été votée et adoptée par la majorité et inspirée par les LR comme le rappelait le grand connaisseur du parlement, le député Didier Quentin.

Le Modem quant à lui, peut se féliciter de laloi contre le harcèlement scolaire qui permet de punir ce genre de méfait très courant dans les milieux scolaires, comme le rappelaient ensemble, les députés Philippe Bolo, l’inattendu François Ruffin, l’incomparable et sincère Jean Lassalle et Michel Fanget, notre apprécié cardiologue-député.
En marche a pu compter sur le savoir-faire du député et professeur de médecine Jean-Louis Touraine qui a porté le débat sur la biotique.
N’oublions pas évidemment l’excellente et utile loi de la députée Laetitia Avia sur la protection contre les abus numériques et visant à lutter contre la haine sur Internet…

Dès lors, modestement mais assurément, je voudrais suggérer trois-quatre pistes de travail pour la future législature :

Les QAG :  une rhétorique à protéger

Les députés posent aux différents ministres des questions d’actualité. Cela se nomme les QAG, autrement dit les « questions au gouvernement ». Elles sont utiles au débat. Elles enrichissent, en permanence, la réflexion collective politique. Elles sont redoutées par les membres du gouvernement car elles occasionnent des discussions parfois houleuses et violentes et installent la confrontation des points de vue. Elles sont retransmises à la télévision.
Actuellement, elles sont regroupées le mardi, pendant 2 heures, de 15 h à 17 h. C’est une erreur.

Elles doivent être reprogrammées les mardis et mercredis, à raison d’une heure et demi, à chaque fois.
Les QAG uniquement le mardi sont lourdes dans le fonctionnement. Cette formule ramassée a été mal vécue par la plupart des parlementaires.
Le minutage de la QAG : oh la la ! Ne pourrait-il être aussi légèrement rallongé ? Les débits des élus pour exposer avec pédagogie sont compliqués pour tous. Les téléspectateurs en souffrent beaucoup. Que de retours des citoyens pour demander des explications. Quelle époque en 78 tours. Faire parler les députés, rapidement, en 78 tours est détesté par les députés eux-mêmes et les citoyens qui n’arrivent pas à comprendre. La démocratie est faite pour eux. Après, il ne faut pas s’étonner que les gens se désintéressent de la politique et de sa vie parlementaire.
C’est si simple à mettre en place en concertation avec le Président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand.

Le Président Emmanuel Macron, en quête de changement, pour son deuxième mandat présidentiel, pourrait donner un signe important de revalorisation du débat parlementaire avec le retour de deux séances de QAG au lieu d’une.
Quel symbole de bonne volonté pour tous !

Ajoutons que les commissions d’enquêteont eu un rôle croissant et bienfaisant dans notre société. Elles ont étonné par leur rapidité et leur rigueur. Elles ont témoigné du jeu politique mais aussi de la ferveur de beaucoup à être à la hauteur de leur mandat. Les interpellations, à ce sujet, en province des élus sont légion et elles boostent tous les députés comme les sénateurs.

Réforme constitutionnelle : un appel au bon sens

Autre attente espérée par tous : le nombre des députés. Il n’est pas à diminuer. Il y a si peu de relais, de lien social et politiqueentre les habitants des régions et les gouvernances. Le nombre des députés est à maintenir, il est fixé par l’art 24 de la Constitution. Regardez, l’innovation la création des députés de l’étranger. Elle est pertinente. Personne ne pense à la remettre en cause et pourtant elle avait été sujette à débats. Elle a, aujourd’hui, toute son utilité avec nos expatriés. Et, si on se hasarde au comparatif à l’international, on ne peut qu’être fier de la plupart de nos parlementaires.

La proportionnelle, les débats autour de nos institutions : que de questions en suspens et qui doivent trouver une autre méthode que la énième réunion de 50 personnes pour le sujet ou une commission transpartisane trop lourde. Donner de l’oxygène à la vie publique demande de changer la méthode et de l’imagination. Prenons le temps de réfléchir à la forme de la réunion autant qu’au fond :
jaillis des solutions de réunion réussie immédiatement !

Nous avons, plus que jamais, besoin de tous nos émissaires politiques. Certes, nous pouvons chercher à repenser ce travail parlementaire et innover. Mais pas le diminuer. Nos parlementaires incarnent le symbole de la démocratie, le symbole de la République.

A force de vouloir regrouper, à force de verticalité, de limiter le travail des communes en communautés de communes, le travail des départements, on finit par ne plus savoir qui fait quoi.
Comment naviguer dans les procéduresquand les interlocuteurs, surchargés dans les territoires, ne peuvent plus répondre aux populations ?
Bien sûr, la répartition de la population a changé. Bien sûr, la nature des problèmes en milieu rural à traiter, a changé aussi. Bien sûr, au niveau international, les modifications ont eu lieu. Il s’agit donc d’avancer différemment aujourd’hui sans heurter et sans l’éternelle ritournelle, je veux dire la surcharge administrative souvent illisible. Les secrétaires de mairie, de préfectures n’en peuvent plus…

Bientôt, on va s’attaquer au corps diplomatique ?
Bientôt, on va s’attaquer au corps préfectoral ?
N’est-ce pas déjà le cas ? Les tweets, les mails ne remplaceront jamais les femmes et les hommes des ambassades et des préfectures !
Les territoires souffrent et se sentent impuissants devant des réformes glaciales de technocratie.
Il ne faut pas avoir une vision urbaine des territoires.

Les territoires : Je t’aime moi non plus ….

Les territoires sont souvent trop oubliés et souffrent de déclassement, avec des carences de services publics préjudiciable.
Les déserts administratifs, ça existe !
Les déserts médicaux, ça existe !
Les territoires enclavés, ça existe ! Paris-Guéret, ce n’est pas le délai de Paris-New-York mais presque.

Or, les territoires sont aussi notre richesse. Il y a des potentiels inexploités et ils ont besoin d’oxygène.
Ils ont besoin de considération et non de présupposés.
Le progrès est à conjuguer avec l’humain et l’appréciation subtile du sens de la vie. Pas seulement et uniquement, le critère de l’efficacité et du pécuniaire.
Le progrès est nécessaire s’il rime avec le bon sens.
Il ne s’agit pas ici de faire le laudator temporis acti, évidemment.
Il s’agit de réel et de vécu.

Les territoires ont besoin de lien. Tout comme, interdire le cumul maire-député, a eu pour conséquence de couper les moyens d’intervention du député pour sa commune.Cela a fabriqué des députés hors sol. C’était juste une bonne idée sur le papiermais délétère dans le réel. Comment remédier ? Faut-il un nouveau statut ? En tous les cas, on ne peut pas dire que cette réforme a fait l’unanimité dans le pays ni obtenu des louanges.

Enfin, supprimer la réserve parlementairequi permettait d’aider les associations et projets d’un terroir, quelle fausse bonne idée. Certains ont engendré un cafouillage, c’est entendu. Demandez l’avis aux assistants parlementaire toujours sur le terrain, passionnés, dévoués et corvéables à souhait,
Nombreuses sont les associations qui ont disparu faute de cette manne. Le tissu associatif est synonyme d’ardeur et d’élans d’une commune. Il suffirait d’encadrer mieux ladite réserve.

Avril-mai 2022, c’est le temps de préparer les législatives du mois de juin. Beaucoup resteront dubitatifs mais d’autres espèrent au regard des étonnants et vifs dialogues de la campagne présidentielle 2022.
Il s’agitd’entendre cette France qui vient de voter.
C’est une France qui éprouve plus de colère que de la haine pure et dure. La différence, c’est que derrière la haine, il y a la mort de quelque chose. Derrière colère réelle et forte, il y a encore une toute petite-petite flamme d’espérance. Parce que la France que je connais est colérique mais elle est aussi généreuse, humaine, résistante et infiniment intelligente.
Il est crucial de le comprendre.

Il ne faut jamais désespérer de son pays.
Allez voter !
L’abstention demeure une gifle pour notre pays et sa démocratie, n’en déplaise.
Passionnez-vous pour le vivre ensemble. Participez aux réunions électorales. Discutez entre vous. Evacuez la critique systématique, les éternelles jalousies bécassines, les sourires pour angélisme des rabats joies, donnez vos idées sans complexe. Sortez de vos univers personnels et enfin un autre élan pourra mieux se dessiner à différents niveaux et peut-être dans vos quotidiens.

La grandeur de notre temps, voilà de quoi il est question en ce moment.

Victor Hugo défendait la République sans avoir peur d’être moqué pour angélisme et pour esprit pétri d’idéal.

 » La République est une idée, la République est un principe, la République est un droit. La République est l’incarnation même du progrès. « 

Combien il avait raison. Il précisait encore :

Il faut relever l’esprit de l’homme, le tourner vers la conscience, vers le beau, le juste et le vrai, le désintéressé et le grand. C’est là et seulement là, que vous trouverez la paix de l’homme avec lui-même et par conséquent avec la société.

Notre pays souffre de déprime.
Je l’entends.
Je le sais.
Je le vois.
La compassion est nécessaire mais elle n’est que trop souvent, l’expression d’un sentiment d’impuissance ou de banalisation des situations.
Je souhaite par-dessus tout, que les politiques, nos parlementaires, trouvent les ressorts de l’énergie pour vaincre les fatalités contemporaines, pour le peuple de France, qui a tant symbolisé, la résistance en 39/45.
Vive le parlement !

Ghyslaine Pierrat
Docteur en communication politique et économique, Spin doctor

Auteur de 3 ouvrages :
La communication n’est pas un jeu
Macron et les autres
Qui sont les acteurs et les influenceurs de la vie politique française ?
aux éditions de l’Harmattan–Paris.

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