Taha BOUHAFS (Villette Pierrick/ABACA)

Par Marc Alpozzo, philosophe et essayiste

Personne ne connaissait Taha Bouhafs jusqu’ici, ou presque… Depuis une semaine, le jeune garçon fait la une des journaux car, l’ex-candidat Insoumis malheureux aux législatives, est accusé d’agressions sexuelles. Dans la tourmente, il n’a de cesse de dénoncer un lynchage de l’extrême-droite, ainsi que des dénonciations calomnieuses émanant des plaignantes. Voilà donc le retour en force de la position « victimaire », une spécialité dans les rangs de l’extrême-gauche. Et pourtant…

Alors que Zemmour, jusqu’à sa défaite du 1er tour de la présidentielle de 2022, et Marine Le Pen, au second tour, ont eu droit à leur « cordon sanitaire », les Insoumis, eux, pourtant ouvertement islamogauchistes, trotskystes, poutinolâtres n’ont a déploré aucun « front républicain » face à eux.

Et puis voilà que « l’affaire Taha Bouhafs » apparaît. Aïe ! C’est pas de chance ! Tout déraille soudain pour le jeune garçon militant antiraciste et journaliste de 25 ans, qui se voit obligé de renoncer à sa candidature aux élections législatives, dans la 14e circonscription du Rhône, à Vénissieux, dans la nuit du 9 au 10 mai, au prétexte qu’il aurait été la cible d’une campagne de dénigrement et de harcèlement sur les réseaux sociaux.

Accusé de violences sexuelles

Sauf que, l’ex-candidat, investi par la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), n’a pas jeté l’éponge pour les raisons qu’il invoque. Il est en réalité mis en cause pour violences sexuelles et sexistes, selon une information révélée par BFM-TV et Mediapart. De quoi faire pâlir les néo-féministes dans les rangs des Nupes, et ce qui d’ailleurs, ne doit pas trop arranger leurs affaires, non plus, car, pour ces dernières, les « violences sexuelles et sexistes », selon leur logiciel personnel, ne peuvent émaner que de mâles blancs hétérosexuels. Mais passons !

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le bonhomme n’est pas un saint, et ses protestations victimaires sur les réseaux sociaux cachent une toute autre réalité. En 2020, le jeune homme, alors âgé de 22 ans, a perturbé une sortie au théâtre d’Emmanuel Macron[1]. Taha Bouhafs avait filmé le président de la République au théâtre des Bouffes du Nord, le vendredi 17 janvier, permettant de l’identifier et de rameuter des opposants qui vinrent perturber la soirée du chef de l’Etat. Taha Bouhafs a d’ailleurs été placé en garde à vue pour cette affaire.

Obsédé par les « violences policières »

N’en étant pas à son coup d’essai, il a pris une curieuse habitude de filmer les bavures policières, au grès des événements. Disons, des « bavures policières » réelles ou supposées. Se disant bientôt « journaliste », il filme les « gilets jaunes », ce qui n’est en réalité que prétexte pour filmer… les violences policières. Pour lui d’ailleurs, les mutilés aux LBD sont comparables… aux « violences policières dans les banlieues »[2].

Lorsqu’en marge d’un mouvement des « gilets jaunes », Alain Finkielkraut est insulté par un salafiste, l’ancien Ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports Benoît Hamon lui exprime sa solidarité, et voilà que Bouhafs vocifère sur les réseaux sociaux : « Sale sioniste veut dire sale Juif ? Sacré Benoît, c’est bientôt le dîner du Crif et t’as pas envie d’être privé de petits-fours, je comprends » (tweet du 18 février 2019). Scandaleux est le mot qui vient en premier, à la lecture de ces propos. Pourtant, il récidive bientôt : « Les pouilleux de Charlie Hebdo n’existent qu’à travers notre indignation. Cessons de commenter leurs unes dégueulasses et ils cesseront d’être » (tweet le 30 octobre 2019). C’est vrai qu’il est un habitué aux coups d’éclats, et même, parfois, aux citations tronquées[3].

Plutôt favorable au hidjab, soutenant de l’Alliance citoyenne de Grenoble et ses happenings pro-burkini dans les piscines municipales, on ne devrait donc pas être trop étonné de ces sorties. Aussi, si l’intéressé est journaliste, il assume d’être aussi militant à ses heures. Il déclare d’ailleurs à ce propos : « Je peux être militant dans ma vie de tous les jours, ailleurs que dans le boulot, mais quand je suis journaliste, je suis journaliste. »[4]

Un CV stupéfiant

Si donc le journaliste est militant, pour nous sommes toutefois en droit d’être stupéfiés devant un tel cv, et, rien cela, Jean-Luc Mélenchon aurait dû réfléchir à cette candidature en 2020 ! Mais non ! Mélenchon y va gaiment !

En effet. Dans un article du Figaro, datant du 22 avril 2022, on apprend que « le journaliste franco-algérien Taha Bouhafs, militant revendiqué des quartiers populaires sera de nouveau candidat aux législatives, cette fois-ci dans la 14e circonscription du Rhône, à Vénissieux. Il s’était déjà présenté en 2017 en Isère. Alors âgé de 19 ans, il avait obtenu 11,1%. »

Car, c’est vrai, ce n’était pas son premier coup d’essai. En 2017, il avait déjà été investi comme candidat LFI aux législatives, mais avait été finalement éliminé dès le premier tour. On croyait s’être débarrassé de lui ! Eh bien, non !

Il est vrai, qu’en 2010, il était nettement plus modéré, déclarant : « En ce moment, on a le sentiment que les gens vont au-devant des stigmatisations : ils se stigmatisent eux-mêmes – car qu’est-ce que porter le voile, si ce n’est s’infliger un stigmate – et se plaignent ensuite de la stigmatisation dont ils se sentent victimes. » À propos du burkini, il disait : « C’est le bruit d’une offensive religieuse salafiste. » Enfin, sur le voile intégral : « C’est un traitement dégradant de la femme, c’est une provocation d’un certain nombre de mouvements intégristes contre la République. »

Mais depuis, Taha Bouhafs a changé. Mélenchon aussi ! Le leader des Insoumis a depuis, marché, en 2019, aux côtés de Taha Bouhafs et le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), autrement dit, contre « les lois de la France islamophobe »[5]. C’est dire !

Donc, lorsque l’ex-candidat jette l’éponge, en mai 2022, et qu’il déclare dans un communiqué : « J’ai sous-estimé la puissance de ce système quand il veut vous broyer. […] J’ai été soutenu, pas assez pour tenir, mais assez pour être reconnaissant. […] Continuez à vous battre. Pour ma part, j’ai essayé mais je n’y arrive plus », on se demande de quelle machine à broyer parle ce jeune militant. Est-ce de la machine à broyer de la propagande, ou tout simplement de la presse, et surtout des candidats, qui font de l’information ?

Qui est raciste ?

Mais Jean-Luc Mélenchon, qui n’a peur de rien, va jusqu’à enfoncer le clou, en dénonçant publiquement « une meute qui s’est acharnée contre lui » avec des « menaces de mort et mises en cause publiques quotidiennes », oubliant au passage, que Taha Bouhafs a fait l’objet d’une condamnation fin 2021, de 1500 euros d’amende, pour injure publique après avoir traité la syndicaliste policière Linda Kebab d’« Arabe de service ». Qui est alors raciste[6] ? On aimerait savoir…

Conclusion : Taha Bouhafs n’est pas juste un accroc dans la campagne des législatives de Nupes, et surtout des LFI de Mélenchon, en 2022 ; il est le révélateur d’une part d’ombre, antirépublicaine, violente, favorisant le repli communautaire dans les rangs de la gauche aujourd’hui, qui peut se montrer très inquiétante à l’avenir.

Marc Alpozzo
Philosophe, essayiste
Auteur de Seuls. Éloge de la rencontre, Les Belles Lettres


[1] Source : Le Monde du 25 janvier 2020, « Taha Bouhafs, itinéraire contrasté d’un reporter militant « à mi-chemin entre journalisme et cinéma brut ». »

[2] Source : Le Figaro du 2 mai 2022 : Barbara Lefebvre : « Demain, Taha Bouhafs député mélenchoniste ? »

[3] Le 26 août 2019, au colloque de rentrée du parti — intitulé les AmFis d’été —, le philosophe Henri Peña-Ruiz déclare : « On a le droit d’être athéophobe, comme on a le droit d’être islamophobe ; en revanche, on n’a pas le droit de rejeter des hommes ou des femmes parce qu’ils sont musulmans »18. Taha Bouhafs relaye alors sur Twitter une citation tronquée des propos de Peña-Ruiz — « on a le droit d’être islamophobe ». Aux AmFis, un cadre Insoumis, Benoît Schneckenburger, l’interpelle sèchement en lui reprochant ce tweet, le ton monte et le service d’ordre doit intervenir. Taha Bouhafs dénonce une « agression physique », tandis que les dirigeants du parti parlent d’une « erreur », d’une « perte de contrôle » regrettable. (Source : Wikipédia).

[4] Source : L’express du 18 janvier 2020.

[5] Notons que le CCIF a été depuis dissous.

[6] Alors que LFI était autrefois favorable à l’inéligibilité des personnes condamnées pour incitation à la haine raciale, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon n’a pas hésité à investir aux législatives le journaliste Taha Bouhafs, reconnu coupable d’injure raciale. Voir à ce propos le très bon papier de Marius Bocquet, « L’étrange changement de pied des Insoumis sur l’inéligibilité des coupables de propos racistes » du 27 avril 2022.

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