Tribune. Nous sommes nombreux à nous souvenir du feuilleton télévisé qui a enchanté notre enfance: « Un cavalier surgit dans la nuit, son nom il le signe à la pointe de l’épée d’un « Z ». La nuit, nous y sommes. Le cavalier court de meeting en meeting. Le Z fait la une des magazines.

A l’amusement dédaigneux qui accompagnait à ses débuts les prises de position politiques du Z en question, a succédé assez vite l’agacement des élites, puis la réprobation et maintenant la peur. Nous le savons bien hélas ! La peur entache  toute  réflexion de l’approximation qui accompagne le recours au jugement de valeur au lieu et place de la constatation des évidences. Quand on a peur on invective et puis l’on juge, c’est plus facile que de penser aux choses. Z inquiète les tenants de l’immobilisme, il se trouve donc en passe d’être jugé sans doute pour ce qu’il n’a pas fait.

J’avoue qu’il est réjouissant de voir la panique s’emparer des sempiternels donneurs de leçons qui causaient jadis dans la boîte à ramage. Qui dit ramage pense fromage bien sûr ! Et les détenteurs de ce dernier craignent évidemment pour leur bec.  La question est sur toutes les lèvres: à quand l’inculpation du gêneur ? A ceux qui demandent avec insistance que Z soit empêché de concourir, s’additionne le nombre croissant des ennemis de sa parole libre. Le spectacle est distrayant. Il convient d’en profiter. « Pourquoi fallait-il que je vinsse ? » comme s’interrogeait Valéry Larbaud en arrivant sous le déguisement de son double littéraire, le milliardaire Barnabooth dans la boutique du pauvre chemisier. La pièce est bonne, il ne faut pas qu’on nous l’enlève. L’électeur est venu précisément grossir les rangs des spectateurs alléchés par la promesse que son desideratum pourrait être exaucé : vivre enfin dans ses meubles.

Laissons les fous courir dans les rues en hurlant des invectives, la venue du public sous les préaus de Z tient au fait que pour la première fois depuis longtemps le langage, qui est l’apanage de l’homme, est usité au lieu et place du bruitage analogique. Le bruit en question bien sûr ce sont les fadaises que l’on répète afin d’endormir le bétail depuis l’apparition de la contre-culture, comme la nomment ceux qui n’en  n’ont jamais eue du tout. Cette invention néfaste est née sur les campus américains dans les années soixante. On lui doit la perte des mots, la fin de l’élégance vestimentaire et le naufrage de la gastronomie. Fée Carabosse du monde occidental, elle plongea celui-ci dans le sommeil profond du nihilisme, ce qui rejoint parfaitement la prédiction faite à Blanche-Neige .

Z est-il le prince charmant qui va réveiller la belle endormie, cette France au visage de madone qui fut le rêve du général De Gaulle ? Il convient cependant de bien savoir que le moment des tensions arrive, car la quête du fromage autorise tous les dérapages et leçons en tout genre. Rien n’est plus simple que de déplacer quelques hurluberlus chahuteurs pour gêner, voire empêcher la répercussion des paroles. Comme l’eut dit en son temps l’immense Geneviève Tabouis, prophétesse de la TSF: « Attendez-vous sous peu à apprendre que … ». Oui, attendez-vous à ce que l’on exhume de manière récurrente les grandes âmes du passé au nom de la République, cette religion des pauvres gens, comme si la France était née avec elle, afin d’ excommunier à la chaîne le trublion. Comme l’a si bien décrit Beaumarchais dans Le Barbier de Séville, le vacarme des dénonciations et des calomnies devrait, à n’en pas manquer, poursuivre et accabler le pauvre Z jusqu’au désert de la réprobation universelle.

En bonne logique, l’irruption sur la scène politique d’un personnage inattendu qui déjoue les pronostics en redistribuant les probabilités ne peut que susciter la colère. C’est la couleur probable des journées à venir. Il faut se souvenir avec précision de l’effondrement de la IVème République pour avoir une idée approchante de ce qui est en train de se passer. Ce sont des périodes où l’histoire hésite et mystérieusement le sceptre est ôté comme par une divinité secrète des mains de qui le détient.  Mai 1958, le pouvoir qui a quitté le bon Monsieur Pflimlin, pourtant Président du Conseil  a déserté l’Hôtel Matignon.

Le Général l’attend dans son hôtel, sur son bureau peut-être la jaquette d’un de ses premiers ouvrages,  Le fil de l’épée.

Jean-François Marchi

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