Paris, cette capitale-poubelle…

Tribune. La pègre à vélo circulant sans frein dans la capitale-poubelle qu’est devenu Paris, le maire s’avise que les patinettes dérangent le piéton et envisage d’interroger par referendum les parisiens quant à l’interdiction éventuelle de ces engins. Que d’attentions ! Seulement les piétons concernés ne sont pas tous électeurs de la cité, loin s’en faut.

C’est justement la particularité des capitales que de recevoir la visite de forains, qui sont tout aussi bien touristes, visiteurs, hommes d’affaires, que travailleurs venant de la périphérie urbaine, vrais usagers des trottoirs. C’est à eux, directement concernés, qu’il faudrait poser la question du caractère insupportable des nouveaux « embarras de Paris  » dont Boileau avait fait déjà en 1666 l’objet d’un joli et spirituel poème :

Et, n’osant plus paraître en l’état où je suis,
Sans songer où je vais, je me sauve où je puis.

Rien n’est neuf, on le voit, n’en déplaise aux usagers de la novlangue appelée à remplacer le français. A ce propos, il me vient à l’esprit que la meilleure manière d’enrayer sa propagation est tout simplement de refuser d’en usiter l’emploi. De la même manière qu’aucune force au monde ne peut contraindre un individu à se parer de pantalons déchirés aux genoux (choux, cailloux, hiboux, etc…), on ne peut forcer quiconque à dire, ou pire écrire, auteure ou docteure. Avec la disparition du timbre rouge viendra en réaction, nouveau Parnasse, l’aristocratie de ceux qui sauront se vêtir et parler. Avec ostentation, si cela peut être, pour cultiver cet art de déplaire si romanesque qu’avait théorisé Maurice Barrès dans ces deux chefs d’oeuvre que sont Un homme libre et L’ennemi des lois . C’est le moment de le faire, tandis que nos bergers foncent vers la guerre, pour satisfaire leur maître dont ils voudraient bien qu’il fut aussi le nôtre. Répondons non, par la parole et par l’habit. Ce sera un bon début avant la fête qui se prépare.

Toute révolution est un festin.

Il en est de ces soupes  qui fleurent trop le brouet, et c’est le cas des incessantes leçons de morale qu’infligent au pauvre peuple les jacquadits qui le dirigent. La seule attitude convenable est de refuser tout simplement l’usage de leur sabir, par respect pour les  lettres françaises.

Il n’est  plus choquant, depuis la faillite de l’idéal égalitaire porté par la diffusion de l’instruction publique dès le Second Empire, et poursuivi par l’école de Jules Ferry, de se retrancher sur la seule sauvegarde des acquis, la politesse et la culture, en un mot, la bibliothèque. La librairie disait Montaigne. Je me retire dans ma librairie.

Préparons-nous à admettre dans les usages que coexistent une langue noble et sa caricature charabiesque.

Que deux langues circulassent sur ce qui restait du Royaume, qu’il s’appelât Empire, ou République, c’eût été en somme la conséquence inévitable de l’abandon de la nation,  poursuivi avec entêtement par ceux qui eurent le déshonneur de succéder aux grands hommes ayant posé l’exception culturelle au dessus de l’intendance, comme le disait le General De Gaulle.

Que pour le moins, les mots et la vêture témoignent du respect dû à ce souci, humain par excellence, en ces temps où la cause animale gagne les adeptes qui ont déserté l’armée des défenseurs de l’idéal de l’ « honnête homme », cet exact pendant de ce côté de la manche du « gentleman »britannique .

 J’ai ma rosette à moi, c’est un accroche coeur,  chantait Georges Brassens. Justement oui.

Et tant pis pour les patinettes, trottinettes, vélos et tout ce que la bêtise arbore.

Et surtout n’oublions jamais que la seule guerre qui vaille est celle à faire au renoncement d’être soi-même, héritier de ceux qui furent nos prédécesseurs, nos pères et mères, nos ainés. Comme l’avait si bien synthétisé par un résumé transcendant qui remontait les siècles, le penseur de Martigues, Charles Maurras : Je suis de Martigues, je suis de Provence, je suis Français, je suis Romain.

Cet axiome ne peut se dire  en volapük.

Jean-François Marchi

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