Meeting de Valérie Pécresse : la communication politique ne souffre pas d’amateurisme

Valerie Pecresse (Lafargue Raphael/ABACA)

Tribune. Dimanche 13 février 2022 : c’était le meeting charnière de Valérie Pécresse, candidate des Républicains, pour la Présidentielle 2022. C’était « le » meeting charnière , celui qui devait enlever les doutes aux militants et aux Français.

7000 participants étaient présents : soit une salle bondée, prête à partir pour l’enthousiasme de la campagne.

Il faut en préambule dire combien la scénographie était réussie.
Une « créa « originale des bleus-blancs-rouges de notre nation qui prenaient vie au gré des lumières mitoyennes. Grâce à elle, la majesté du moment était bien vivante et réelle.

La plupart des dirigeants des Républicains étaient présents, pour exprimer leur implicite soutien.
Et puis : patatras

La candidate n’arrive pas à « prendre la salle », comme elle l’a dit, après coup, ce matin, sur une radio nationale.
Les observateurs, les journalistes s’accordent à penser le lendemain que c’est un meeting raté. Les militants étaient presque gênés du manque de niveau d’orateur.
C’était perceptible de voir leur embarras, leur découverte qu’il y avait un risque de ne pas être au 2 ème tour, au moins.

Les Républicains ont donné sa chance à une femme politique d’être candidate. C’est une chance d’être une femme pour cette élection. Évidemment.

La France n a pas été gouvernée par une femme depuis Anne d’Autriche et la désastreuse régence de l’Impératrice Eugenie, (Napoléon III était parti vers SEDAN), fin août-mi septembre 1870.

Or, Valérie Pécresse était trop dans l’ethos d’un homme. Elle aurait voulu imiter Chirac. Elle  n’était surtout pas elle-même.
Toujours dans un registre de viriliser la fonction, elle arborait une tenue dure, fermée, habillée en noir, sans féminité.
Ses conseillers lui ont dit de faire du Chirac. Elle a essayé de faire du Chirac. Mais il n’y avait pas l’aspect charnel avec le peuple de France.

Or, la politique vibre.
Elle est charnelle.
Elle est affective.
Pour ce meeting, Valérie Pécresse n’était pas terrifiée, le mot serait trop fort. Elle était très impressionnée. Elle n’a pas l’habitude de ce genre de salle gigantesque.
Le travail d’anticipation n’a pas été fait avec un spin doctor.

Il ne suffit pas de se transformer en femme à barbe pour devenir pape !

Pour le job de Président, certes les qualités de gestionnaire sont importantes. Valérie Pécresse gère depuis plusieurs années la Région Ile de France. Avec sérieux et sincérité.
Mais, les qualités d’orateur doivent être travaillées.
La candidate faisait des gestes qui ne concordaient pas, comme une automate fatiguée qui a trop écouté les uns et les autres.

Un candidat, ça doit être protégé. C’est fragile. Le rythme est infernal.

Dans ce décryptage, comment ne pas aborder la voix ?
La voix, c est l’âme des gens.
La voix de la candidate des Républicains pose un problème. Désagréable, surjouant les graves avec des montées de voix qui étaient forcées et ça s’entendait. Sa voix parasitait le contenu contribuant à être dérangeante même.
Le ton, la diction étaient sur-joués.
Citons par exemple, quand elle dit :
« Marianne n’est pas une femme voilée ».
La diction était curieusement lente, avec des pauses multiples et incompréhensibles. Les intonations, le non verbal qui montrent que la candidat est habité par ce qu’elle dit, in fine qu’ elle incarnait, tous ces marqueurs n’étaient pas au rendez-vous.
Le contenu en a été pénalisé.
Valérie Pécresse a parlé de la France du travail pendant 1 h et 1/4  : qui en parle le lendemain matin ?
Ses propositions ne sont pas entendues.
La question est donc pourquoi ?

La forme a dominé le fond. D’autant plus que, corsetée, elle avait du mal à se départir des prompteurs. Trop appliquée, perdant tout naturel, elle était comme la bonne élève sans charisme.
Sa nature est comme ça. Toutes ses qualités et évidemment qu’elle en a, étaient éclipsées.

Valérie Pécresse a jadis déclaré :
« Je ne suis pas une comédienne. » .
Certes les politiques ne sont pas des acteurs de cinéma mais poser /placer sa voix : c est essentiel. Elle ne connaît pas cette question.

Par cette lacune, une des candidats à la présidentielle 2022, ayant le plus de fond, dans cette compétition, la moins en prise, la plus fragile, alors qu’elle a réfléchi, qu’elle est expérimentée, et qu’elle est intellectuellement armée, voilà une des candidats au milieu du gué, désarçonnée et désarçonnante ?

Ce meeting est passionnant et intéressant à décrypter tellement il apporte la preuve que la communication politique est vitale. Essentielle. Elle ne souffre pas d’amateurisme. Bigre.
Quelle preuve avec ce meeting, une fois de plus.

Plus largement, la communication politique est un métier. Spin doctor : ça ne s’invente pas. C’est un métier difficile de courageux car on touche des points ultra sensibles et ça peut-être très douloureux dans l’exercice de maïeutique.

Tous les candidats le savent en théorie mais peu acceptent la nécessaire remise en cause, leur remise en cause et les exercices avec le spin doctor.

En 2022, c’est encore plus important.
Les gens ont terriblement besoin de lien social, de pragmatisme, de faire corps avec un homme ou une femme pour leur futur.
Ils ont terriblement besoin d’espérer.

Ce meeting n’apportera pas de voix supplémentaires.
Et, aujourd’hui, dans les sondages, son socle du départ ne bouge pas.
Alors, pour Valérie Pécresse, reste à savoir, si cet échec sur la forme est irréversible ou si elle peut encore rebondir demain ?

Ghyslaine Pierrat
Docteur en communication politique et économique et Spin doctor

Auteur de 3 ouvrages :
La communication n’est pas un jeu
Macron et les autres
Qui sont les acteurs et les influenceurs de la vie politique française ?

aux éditions de l’Harmattan–Paris.

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