Pour l’ancien Secrétaire général de l’Elysée, « plus d’une femme voilée sur cinq est obligée de le faire »

Pas fréquent de déjeuner avec un homme qui a été, toute une décennie, sans doute l’homme le plus puissant de France, en tant que Secrétaire général de Mitterrand de 1982 à 1991. Les deux hommes semblent tellement différents. Mitterrand si ondoyant, séducteur, ou multiforme, Bianco, direct, cassant plutôt cartésien

Raison sans doute pour laquelle ils se sont si bien entendus au point de faillir en devenir son premier ministre, juste après sa réélection en 1988.  Le 10 mai 1988, on se souvient du déjeuner du président conviant à la même table les trois candidats probables à Matignon : Pierre Beregovoy, Michel Rocard et Jean-Louis Bianco. Le « Sphinx » a bien sûr déjà fait son choix, mais il veut l’entériner dans sa tête et mieux jauger les hommes et en vrai.

Bianco ne connaissait pas vraiment Mitterrand avant 1981. « Ami d’enfance de Jacques Attali, j’ai eu la douloureuse tâche d’avoir à chiffrer le coût du programme commun de la gauche … Ensuite, j’ai fait quelques notes pour le président qui, visiblement, n’ont pas déplu. C’est comme cela que je ne suis retrouvé Secrétaire général de l’Élysée de 1982 à 1991 »

Ce qui frappe quand on le rencontre la première fois, c’est son esprit acéré, rapide et précis. Une flèche ! À 79 ans, la réponse fuse avant même la question. Chez lui, pas de grande disgressions pour vous enrober ; au contraire, on est frappé par la rectitude, la logique d’un Énarque passe par l’École des Mines, une rigueur toute protestante et un idéal républicain et laïc qui affleure à chaque instant.

Bianco est issu du meilleur terrain :  celui de l’école républicaine. Et Il croit encore en la capacité de la France d’intégrer tous ses enfants même si, pour ce faire, il faut probablement mieux contrôler les écoles. Mais attention, pour lui, « la laïcité n’est pas un dogme mais reste un levier pour permettre à chacun de penser et de croire librement. »

Sur le voile, sujet sensible, sur lequel il s’est fait étriller, lui et l’observatoire de la laïcité, organisme créé par Jacques Chirac, qu’il dirigeait au point même qu’on l’ait supprimé.
« Après l’assassinat de Samuel Paty, l’opinion ne supportait pas le moindre signe d’indépendance sur le sujet. Après la loi sur le séparatisme, nous faisions un peu bande à part en rappelant certains principes. C’est dommage. Car si nous sommes inflexibles sur les droits de chacun à se vêtir librement, nous le sommes tout autant sur le droit des femmes, ou sur les mosquées financées par l’étranger, qu’il faut interdire. Il y a un arsenal juridique pour ce faire. Encore faut-il s’en servir. Par exemple, sur le refus de servir une femme dans un café, la circulaire Castaner est bien faite et, tout le monde peut et doit s’en saisir … »

Bianco défenseur des droits mais aussi des devoirs (voir son interview sur EntreprendreTV) Accusé à tort de mansuétude avec les islamistes, on se trompe complètent, il plaide pour un contrôle strict des écoles privées. « J’ai échangé avec des milliers de femmes voilées. Beaucoup sont sincères. En revanche, il y en a environ 20 % qui le portent parce qu’on les force à le faire. C’est cela qui n’est pas tolérable. »

Bianco pourfendeur de l’islamisme politique et défenseur du droit des femmes. « Nous devons reprendre confiance en nous, on n’entend pas assez dans l’espace public tous ces Français musulmans qui, dans leur majorité, ne demandent qu’à s’intégrer et travailler. Il faut qu’ils s’expriment plus. »

Et Macron ?  « Lui, c’est une épopée. Voir un jeune homme, inspecteur des finances, qui n’était presque rien, devenir président de la République à 39 ans, et se faire réélire dans la foulée  a quelque chose de romanesque. Comme Mitterrand, il a le sens du temps. Il est courageux, et peut engager le pays sur la voie de grandes réformes. Tout le monde doit faire un pas. La situation est tellement difficile, que paradoxalement, c’est le bon moment. Et que beaucoup peuvent y concourir… »

« Les temps ont changé. Mitterrand aurait-il pu être élu par ces temps de réseaux sociaux ? Je le crois, lui qui pour s’évader lisait Taine ou Chardonne dans les avions. Une connaissance multiforme et une expérience des hommes sans pareil… il se serait adapté »

L’admiration visiblement est toujours là. À la sortie de Chez Françoise, en présence du fidèle Jean-Luc Caddedu, je me disais qu’on avait un certain génie, dans notre pays, celui de s’inventer des adversaires artificiels qui, de fait, ne le sont pas vraiment. C’est vrai en politique, mais aussi dans toutes les organisations et dans la vie en général…

Apprenons à échanger davantage sans parti pris et avec tout le monde. Chacun de nous tend à rester dans son camp, dans son groupe … sachons sortir de nos cases. Le compromis est une bonne chose pour avancer. Bianco n’est pas celui que certains médias ont voulu présenter sur le tard. Il reste un grand Monsieur loyal et intègre.

Robert Lafont

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