Photo by Patrick Batard / ABACAPRESS.com

C’est simple, à écouter la quasi-totalité des commentaires, on n’a pas le droit de mal voter : « Le danger est trop réel ».

Face à une élection improbable mais toujours possible de Marine Le Pen (se souvenir de la surprise du vote en faveur du Brexit en Grande-Bretagne), tout ce que le pays compte de leaders d’opinion et de commentateurs semble s’être donné le mot. Oui, il est temps de faire barrage à cette « extrême-droite » qui menace le pays.

Appel de grands sportifs dans Le Parisien, tribune de 500 artistes poussant à voter Macron, communique de France- Universités, émissions ininterrompues sur le service public avec, par exemple, la féministe de gauche, l’intellectuelle Caroline Fourrest appelée à la rescousse pour venir désigner  nommément la candidate du RN comme « une authentique fasciste « , dont « l’entourage proche ne serait constitué que de Nazis » (sur LCP le 15/4/2022). Même type de procédé au Journal de 20 heures de France 2 du 14 avril, où on a pu voir un reportage à charge réalisé à Colombey-les-Deux-Églises (cela sonne vrai) faisant parler deux habitants, bien choisis, venir cautionner le gaullisme authentique du Chef de l’Etat en exercice par opposition aux opinions déviantes de sa rivale supposée anti- gaulliste par nature vu les positions de son père sur l’affaire algérienne notamment.

Un procédé grossier d’un journalisme à l’emporte-pièce peu conforme à l’objectivité que l’on est en droit d’attendre d’une télévision publique payée par tous les citoyens. Sur RTL, la première radio de France, ce n’est guère mieux avec une Rokhaya Diallo, érigée en référence de notre conscience nationale, (militante anti-raciste , rédactrice au Washington Post, après avoir été aidée en 2010 par le Département d’Etat américain via le programme des « visiteurs internationaux »). Et où sont organisés des débats quotidiens où la plupart des polémistes semblent s’être donné le mot pour ne parler que du danger de « l’extrême droite « , sans que l’on sache très exactement ce que cela recouvre, et même si elle représente désormais 31 % du champ politique. « La quinzaine de l’anti fascisme  » a bel et bien commencé, comme le dit avec talent Guillaume Bigot, l’éditorialiste d’Europe 1.

Et que dire de ces manifestations de l’ultra-gauche provoquées dans certaines universités, dont l’objet est de remettre en cause le scrutin électoral avec des slogans surréalistes comme « Macron démission, laisse ta place à Mélenchon… À bas l’Etat, les flics et les fachos… solidarité avec les sans-papiers. »

On croit rêver, dans quel pays vit-on ? De tels délires estudiantins  ne peuvent pas être innocents et n’ont bien sûr rien à voir avec le mouvement des « Insoumis », qui porte décidément bien son nom ! Vous allez me dire que ces carabins enragés ne font que suivre les instructions de leur propres hiérarchies. Puisqu’on constate dans certaines facultés que certain Directeurs d’université sont allés, à l’image de la présidente de celle de Nantes, Carine Bernault, s’arroger le droit d’envoyer un courriel personnel à chacun des étudiants.

Une pratique pourtant illégale qui devrait être condamnée par le président de la République en exercice. Et qui pourrait même occasionner un recours devant la justice de la part de sa concurrente directe. Nous n’en sommes pas là. Si l’anti-Le Pen primaire continue de donner de la voix à plein poumon par ces beaux jours de printemps, même le Medef, qu’on a connu d’avantage prudent en d’autres occasions, s’est cru autoriser de lancer un appel à ne pas voter Marine Le Pen alors que rien ne l’y autorisait. Et que de nombreux patrons surtout de petites boites s’apprêtent à voter justement pour la candidate concurrente.

Même le Commissaire européen au Marché Intérieur, l’excellent Thierry Breton, même s’il est Français, s’est cru autorisé à sortir de son devoir de réserve, eu égard à ses compétences, pour se mêler à cette offensive du camp du bien. Face à une telle unanimité de façade, on peut encore se demander ce qui pousse une part non négligeable de l’électorat à aller encore voter pour Madame Le Pen. Contrôle de l’immigration., problèmes d’insécurité, pouvoir d’achat en berne, dérives de l’islamisme conquérant ; autant de préoccupations qui ne semblent guère avoir été prises en compte pour le camp du bien. Il n’est d’ailleurs pas encore trop tard pour se faire.

Un camp qu’ont bien sûr rejoint, sans qu’on leur demande, nos anciens présidents de la République, Nicolas Sarkozy et François Hollande la bouche en cœur, puisque la patrie est en danger visiblement.

Quand cela devient si binaire, le malaise démocratique ne peut que se développer. Du reste, qu’est devenu le débat sur les propositions et l’objectif pour l’avenir du pays ? Puisque la réponse semble tranchée. Avec des élites aussi unanimes, pourquoi même aller voter ? Et je ne parle même pas de la réaction des marchés financiers…

Autant acter de suite le réélection du président sortant. On gagnera du temps. Tout le monde visiblement sera satisfait. Elle n’est pas belle notre démocratie. Non, car quand tout le monde feint de penser la même chose tout au moins dans l’espace public, c’est que beaucoup de choses ne fonctionnent pas en coulisses. Ou alors, c’est que beaucoup n’osent plus dire en public le fond de leur pensée.


Ce jour, une philosophe a commencé à parler. Elle s’appelle Julia de Funès. Et dans Le Figaro, elle ne dit pas autre chose ironisant : « sur ces prédicateurs, sermonneurs du bien appelant danger, bêtise, ou ignorance un choix qui n’irait pas dans leur sens ». Rappelant aussi au passage : « qu’il ne peut y avoir de liberté démocratique qui ne repose pas sur le triptyque : liberté – autonomie – responsabilité ».

On en est loin et je crains malheureusement, pour elle, que cette tribune ne soit sa dernière, au moins jusqu’au second tour. Et cette élection s’apparente de plus en plus à un simulacre puisque nous n’avons pas le droit de voter ouvertement pour le camp du mal.
Et je ne parle pas de tous ceux qui dans leur travail, leurs activités professionnelles ou privées se sentent obligés de filer droit, en apparence pour éviter le déluge.

Démocratie : on n’a jamais autant scandé ton nom, mais dans la pratique qu’en est-il ? En situation de paix bien sur, et de respect des droits, il n’y a jamais de camp du bien et de camp du mal. Mais il doit y avoir simplement des débats permanents, équilibrés et sans diabolisation. Je rêve, et alors ? Si c’est pour le bien de notre pays. Déjà qu’il y a 5 ans, on nous a privé d’élections avec une certaine « Affaire Fillon ». Ne recommençons pas les mêmes erreurs.

« Aime et fais ce que tu veux. » Saint-Augustin

Robert Lafont

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