« A l’heure du burger
Au mépris du danger
Je prendrai la passerelle
Pour rejoindre ma belle
Et nul n’y pourra rien changer »

Ainsi chantait Georges Brassens.

Ce joli poème nous permet de nous remémorer les pages illustres de l’histoire de France . Nous voilà nous promenant dans les allées de la Villa Burger à Rome, à la recherche de la princesse Pauline Burger dont la statue de marbre sculptée par Canova nous a fait rêver enfant à l’évocation de la beauté de la soeur du libérateur des peuples d’Europe. Comment ne pas se souvenir non plus du magnifique ensemble sculptural d’Auguste Rodin représentant les burgers de Calais , la corde au cou, offrant au roi d’Angleterre les clefs de leur cité.

Burger, bourgeois, borghese, tant de manières d’écrire un mot sans évoquer l’innommable frichti qu’on nous sert désormais à toutes les sauces au lieu et place de la viande hachée ou steak haché, du hamburger ou bourgeois-au jambon.

Que voulez-vous, si la langue se perd , le goût aussi.

J’ai évoqué l’heure  du berger en citant en préambule le poème de Georges Brassens, sans rappeler l’existence d’Endymion, simple berger justement, connu dans la mythologie pour avoir été l’amant de Séléné, déesse de la lune dont les amours ne pouvaient être consommées qu’à la tombée du jour. Oui, mais voilà, le jour tombe, mais un peu trop vite à notre gré, puisque qu’il égare mieux encore que ne l’a fait le Covid, les goûts et les saveurs.

Et pourquoi pas les couleurs tant qu’on y est ? Cette déperdition de l’acuité gustative se reconnaît également à la disparition des plats traditionnels que sont les abats, tête de veau, rognons, tripes, cervelle , de veau comme d’agneau, jusque dans les provinces reculées qui en faisaient jadis leur florilège, telle l’Ecosse avec son haggis, autrement dénommé panse de brebis farcie. Le formatage des idées entraîne le stéréotype des goûts. Il faut donc s’abstenir au plus vite de regarder tout défilé d’ images, comme la télévision par exemple, dont l’objectif déclaré est d’uniformiser les esprits. Seule la lecture permet d’éviter le piratage cognitif qu’organise une société fondée sur la diffusion de l’ignorance considérée comme un vecteur actif de l’égalité sociale. Ubu triomphe , la machine à décerveler, jadis installée rue de l’Echaudé par les nervis du tyran, qu’il nommait  ses palotins est dressée en place publique :

« Voyez voyez la machine tourner,
Voyez voyez la cervelle sauter ,
Hourrah! cornes au cul ,
Vive le père Ubu »

(Chanson du décervelage par le coeur des palotins)

Le défilé en boucle des informations qu’on nous sert et ressert jusqu’à l’écoeurement s’accompagne d’une diffusion quasi massive de fautes de syntaxe, de la grammaire et pour ce qui concerne les sous-titres, de l’orthographe bien entendu. Cette désinvolture à l’égard de la langue française est non seulement le signe d’un mépris arrogant dont seuls des ilotes redressés peuvent se targuer d’avoir le secret. Secret de fabrication sans doute !

C’est un fait, se garder du spectacle du journal télévisé à l’hypnotisme ravageur est une précaution indispensable qu’il faut recommander aux jeunes esprits comme aux plus âgés, puisqu’il paraît que les plus jeunes ne s’intéressent  qu’à l’internet et  à la fange des égouts sociaux. Au XIXème siècle un homme cultivé utilisait entre mille cinq-cents  et mille huit-cents  mots. Le XXème siècle a raboté ce chiffre jusqu’au millier. Gageons qu’au train où vont les choses, une petite cinquantaine de mots suffira aux affidés des écrans mobiles.

Si l’on y ajoute les fous qui vocifèrent leurs croyances saugrenues des montagnes d’Afghanistan jusqu’à nos proches banlieues, Molière et Racine ont du souci à se faire. Une nouvelle rafraîchissante nous et venue du nouveau monde cette semaine, qui n’est pas de nature à démentir ce pronostic: on a procédé au Canada à la destruction par les écoles de cinq-mille livres jugés contraire à la nouvelle doxa égalitariste au nom de la protection des cultures minoritaires. C’est ainsi que l’Ontario a fait brûler Tintin en Amérique, Tintin au Congo et quelques autres, auxquels s’ajoutent Astérix le Gaulois pour faire bonne mesure.  La joie qui semblait irradier le regard exalté du procureur en jupons menant l’autodafé nous renseigne assez précisément sur l’intelligence du sujet et la vastitude de ses desseins.

Voilà, nous y sommes, comme il se dit dans nos villages. Plus que jamais, je voudrais pouvoir chanter « A l’heure du berger, au mépris du danger, je rejoindrai ma belle … » .

Puis- je encore y croire ? Bah! Un bon burger là dessus et la messe sera dite.

Jean-François Marchi

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