Et si la France était la grande perdante de cette élection présidentielle ?

Photo Estelle Ruiz/ABACAPRESS.COM

L’élection présidentielle de 2022 a été remportée par Emmanuel Macron sans qu’il faille en disconvenir. Sa victoire est nette et tranchée. Un corps électoral  de 48 752  500 inscrits. Un nombre de suffrages exprimés de 35 096 391, soit une abstention de 28,01 %.

Emmanuel Macron recueille près de 19 000 000 voix soit 54 % des suffrages exprimés y compris  les nuls et les blancs. C’est sans appel.

Le vote d’Emmanuel Macron s’établit donc à 38% du corps électoral.  Le vote de Marine Le Pen à 27 % du corps  électoral, les nuls et blancs faisant quant à eux 7% du corps électoral en sus.

Si on considère ceux qui n’ont pas voulu voter pour le président sortant on découvre un pays fragmenté entre trois tiers inégaux :

28% d’abstention

38% Macron

34 % réfractaires (Le Pen + nuls et blancs)

Là où le calcul se corse, c’est quand on fait l’analyse du vote Macron puisqu’on doit y décompter les suffrages de tous ceux qui ont appelé explicitement à voter pour lui (Marcheurs, LR, Bayroutistes, PS, Verts) et implicitement (Insoumis Melenchonistes communistes et autres). Comment faire une  majorité avec un bouillon si disparate?

Nouveau Giscard, le président Macron se verra donc obligé, pour constituer une majorité législative sans dépendre d’arrangements de partis dans la logique même des institutions, de susciter la création d’un nouveau mouvement fédérateur du tiers qui l’a soutenu, une sorte d’UDF nouvelle vague, en somme.

C’est ainsi qu’à l’époque les radicaux laïcards passés sous la férule du tumultueux JJSS (Jean-Jacques Servan- Schreiber) avaient fusionné avec le clérical CDS de Jean Lecanuet et les socialistes indépendants de Max Lejeune, et quelques autres que j’oublie. 

A cette occasion, Jacques Chirac, fringuant président du RPR nouvellement constitué, avait perfidement lâché  à l’adresse de Giscard : « Quand on fait un pâté avec des morceaux de viande trop différents, il pèse toujours moins lourd après cuisson qu’avant ». 

C’est peut-être ce que nous verrons, car unir le PS et LR, c’est déjà compliqué, mais y ajouter les Marcheurs multi-scissionnaires  et les Bayroutistes, cela semble vraiment aventureux, en priant pour que les insoumis laissent s’organiser le quadrille où ils ne seront évidemment pas conviés. En ajoutant que dans cette hypothèse, il y a fort à parier que les héritiers du RPR rejoindront  Zemmour ou Marine Le Pen, et c’est beaucoup demander à l’effet catalyseur du scrutin majoritaire à deux tours, que d’espérer l’élimination méthodique des opposants au dessein ourdi par le vainqueur. 

Vainqueur de quoi, pourra-t-on se demander in fine ?

En effet, rien ne dit qu’une majorité durable pourra se dégager des élections législatives à venir tant le pays est fragmenté. 

Le Président Giscard d’Estaing en avait fait l’expérience malheureuse, car la division du corps électoral constituant sa majorité entre RPR et UDF rivaux entraîna qu’aucun budget ne fut jamais voté que par la seule UDF minoritaire, pendant les cinq dernières années de son septennat, alors que Raymond Barre était son premier ministre.

Premier essai de cohabitation dans le cadre d’une même majorité, l’exemple allait être suivi et amplifié sous la présidence de François Mitterrand. Ce fut dommageable et dégrada l’image de la France.

Verrons-nous sous le prochain quinquennat se dérouler sous nos yeux l’expérience d’un gouvernement sans majorité parlementaire durable à l’image ce ce qui se produisait sous la quatrième République ? 

Dans une période à forte tension internationale, la guerre rôdant aux portes de l’Europe, cette hypothèse peut entraîner si elle se réalise, l’assujettissement définitif de la France aux ordres de son puissant allié, les USA, comme c’était le cas sous la quatrième République, où pour notre plus grande honte, nous devons nous souvenir que l’expédition de Suez menée avec le concours de la Grande Bretagne, dut être stoppée sur ordre de Washington, alors que l’armée française allait prendre Le Caire et libérer le canal. 

De même, avoir fait disparaître le Corps Diplomatique français d’un trait de plume entre les deux tours de l’élection ne laisse pas supposer que la France veuille encore avoir une politique étrangère. Adieu Talleyrand, si traître qu’il pût être parfois à l’Empereur Napoléon, il incarna cependant le rayonnement international de la France, souci dont aujourd’hui la perte se ressent avec cruauté !  Il serait à souhaiter qu’aucune majorité ne vienne seconder d’aussi funestes desseins, si par malheur il venait à quiconque le désir de les tramer, comme d’abandonner le siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. C’est pourquoi le vote le plus important sera celui des législatives en juin prochain.

Jean-François Marchi

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