Champs Elysées

Tribune. Quel raccourci cette manifestation des ex-gilets jaunes, anti-pass vaccinal et plus généralement des laissés pour compte  du monde nouveau, réfractaires au suivisme moutonnier préconisé par un gouvernement imbu de lui-même. Et c’est le retour des blindés dans Paris comme réponse. Qui est populiste en fin de compte si l’on prend comme mesure la brutalité des solutions ?

A ce train d’irréflexion et de suffisance, l’homme le plus intelligent du monde va se retrouver contraint de tirer sur la foule pour prouver sa bonté. Pour ceux qui ont gardé quelques lettres malgré la propagation de la sottise, il leur suffira de lire et de relire Le Système du Dr Goudron et du professeur Plume d’Edgar Poe pour voir ce que donne un asile gouverné par des fous ayant arraisonné leurs gardiens au nom de l’innovation thérapeutique, du progrès en somme. 

Il faut rajouter un délit, l’impécuniosité, au code pénal rêvé par tel ministre qui se voudrait l’émule du Général Dourakine, personnage de la Comtesse de Ségur (née Rostopschine). Les pauvres, c’est pas beau et ça casse tout.

Celui qui a promis  que « tout allait bien se passer » à une jeune et jolie jeune femme exerçant le métier de journaliste n’est donc pas seulement un butor, mais plus sûrement encore un prophète et un vantard. C’est incontestablement le signe des temps nouveaux voulus par l’équipe au pouvoir où la liberté de parole  est comptée même à ceux dont  le métier est de poser des questions. Ainsi en est-il aussi  de l’usage de l’argent que l’on gagne, surveillé et rationné par la disparition programmée des liquidités. Il en sera de même encore du serpent de mer de la réforme des retraites, promise  à revenir pour étaler le peu sur la tartine du rien. Quel régal !

Ah ! Appauvrir encore plus les classes moyennes dont on ne veut plus, parce qu’elles lisent toujours, ce qui  est intolérable aux yeux de qui nous veut granule moulinée dans la semoule du monde. Il y a dans ce  « tout se passera bien » l’esquisse effrayante d’une promesse d’asservissement social, hautain et méprisant, que ne déguise même pas le sous-entendu lubrique qui s’y attache. 

Tout le monde n’est pas Grand-Siècle je le concède. Quel exemple ! A ceux pour qui Molière est encore de ce monde, je dirais volontiers que Diafoirus n’est pas mort, lui, et que nous en avons la preuve. Alors, pourquoi chercher la raison de ce convoi de la liberté qui parcourt le pays pour réveiller les âmes. Les âmes! Ce mot a-t-il encore cours à défaut d’être en cour. Quand les banlieues du pays, vastes chaudrons où cuit la société du futur, déversent dans les rues la violence et la haine, est-il opportun d’occuper les forces de police à museler l’expression du désespoir qu’exprime en vérité celui qui est le peuple, et qui entend le rester comme maître de sa terre?

Riche semaine en enseignements divers : la soupe n’est pas encore servie que certains abandonnent sans égard le service qu’ils occupaient hier pour proposer leur art à celui qu’ils devinent être l’élu de demain. Risible contorsion à cette heure car trop hâtive. Que restera-t-il de leur colonne vertébrale si le vent tourne encore ? Bah, nous verrons bien. Je voudrais rappeler la scène de la pièce de théâtre d’Albert Camus, Caligula dans laquelle un sénateur obséquieux s’adresse ainsi au nouvel Empereur :  « Je donnerais ma vie pour toi »  auquel Galigula rétorque:  « C’est parfait, qu’on l’emmène et qu’on l’exécute. »

Eh oui! Il y a des jeux dangereux.

Mieux vaut attendre la suite. A ce jour tout est possible, quand s’approchent les temps des Ides de Mars.

Si l’on veut bien faire attention aux signes, et pour la raison précitée c’est recommandable, il y a dans ces élections présidentielles pour la première fois depuis longtemps un tempo tragique que l’on est obligé de remarquer, quand bien même on n’y est pas sensible. Le héros baigne dans la certitude de sa fortune promise sans s’apercevoir des sourds craquements de la terre qui le porte. Retarder son entrée en campagne est une erreur qui peut lui être funeste en cas de retournement de l’opinion. Dans le combat, le temps est plus rare que l’espace.

Trop de confiance en soi parfois confine à l’aveuglement et à la méprise. Ainsi Hector devant Troie se croyait-il en sureté entouré d’amis, quand il se rendit compte que lui faisaient face Achille et ses hoplites :

« Regarde Hector comme se couche le soleil, la nuit étend sur le monde son aile de dragon et ma lance n’et pas encore rassasiée… »

On connait la suite de la pièce de Shakespeare.

Pour ce qui concerne le drame qui se joue en France à l’occasion des élections présidentielles sur un arrière-fond de camions progressant vers Bruxelles, il reste à en rédiger le dénouement. 

« Acta jam non est fabula »

Jean-François Marchi

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