Copyright des photos A.Bordier et DAPAT

A l’heure où le féminisme revendicatif a le vent médiatique en poupe, il est un autre féminisme, plus doux, qui ne fait pas beaucoup de bruit : celui qui se met au service des autres. C’est le nouveau combat de Danielle Rousseau de Giovanni.

Cette entrepreneuse talentueuse, au parcours incroyable, a décidé de passer les 20 prochaines années de sa vie à s’occuper des autres, à commencer par les femmes dans la rue. Avec son mari, Patrick, elle a créé DAPAT, un fonds de dotation qui leur est dédié. Eclairage sur une vie au féminin bien remplie, et, où les coups de cœur sont plus que permis.

Danielle aime les couleurs, la lumière, et, le soleil. Quand on la voit marcher dans les rues de Paris, près de l’Arc de triomphe, elle ressemble à ces femmes du pourtour méditerranéen qui aiment flâner à ne rien faire. La ressemblance est trompeuse. Difficile pour cette femme haute-en-couleurs de rester sans rien faire. Le regard ensoleillé, malgré ce début d’hivers, celle que ses amis appellent la « dirigeante de cœur », raconte. Elle raconte sa vie qui a démarré sous le soleil d’Afrique du Nord. En 1944, son année, la Tunisie, son pays, sort des affres de la Seconde Guerre Mondiale. Les troupes alliées ont remporté les batailles contre les troupes d’élites de Rommel. A Tunis, la capitale, le 1er décembre, naît Danielle Brami.

« C’est certainement grâce à la Tunisie que j’aime autant la vie et les gens. J’aime les couleurs, j’aime le soleil. J’ai eu la chance de naître dans un pays où il y a une capacité de vivre ensemble extraordinaire. Avec les trois religions monothéistes, il n’y avait pas de différences entre les catholiques, les juifs et les musulmans. Nous vivions avec une curiosité bienveillante les uns vis-à-vis des autres. » Etonnante cette réalité qui semble être révolue et n’appartenir qu’au passé. Son nom de jeune fille est Brami qui veut dire « fille d’Abraham ».

Ses parents Victor et Yvonne sont très francophones. Ils aiment la France autant que la Tunisie, ou presque. Son grand-père était militaire, et, il a servi sous le drapeau bleu-blanc-rouge. Son père était professeur de mathématiques, et, sa maman s’occupait de cette fratrie de 8 enfants, dont Danielle est l’aînée. Deux ans après la proclamation solennelle de l’indépendance de la Tunisie, le 20 mars 1956, en 1958, cette famille amoureuse de la France et de la Tunisie choisit de garder la nationalité française et de rentrer en France. « Mon papa ne souhaitait pas prendre la nationalité tunisienne. »

La famille atterrit à Paris et vit, au début, chez leur tante. Danielle se souvient que ce n’était pas évident de « vivre à 9, dans cet appartement. » La vie est difficile. Le temps est à la déprime. Mais, quelques temps après, la vie reprend vite le dessus. Un rayon de soleil pointe le bout de son nez. La famille (re)vit alors à Nanterre.

« Venez, on va partager »

Après ses études en expertise-comptable, Danielle embrasse la vie un peu plus, en se mariant très jeune. De cette union naissent deux fils, qui sont aujourd’hui dirigeants d’un groupe automobile de plus de 650 salariés au nord de Paris. Fiancée à 19 ans, mariée à 21 ans, sa soif d’entreprendre et de se réaliser s’exprime, dans un premier temps, par la fondation de sa petite entreprise : sa famille. En 1976, elle divorce. C’est un coup-dur, qu’elle transforme en rebond. C’est à ce moment-là, qu’elle a eu « envie d’entreprendre ».

Dans un premier temps, avant de créer sa petite entreprise, elle crée son activité et devient professeur de yoga. Puis, dans un esprit de start-up, avant-gardiste, elle lance des outils « pour faire du bien aux autres ». Elle organise des conférences, avec des personnalités comme Gérard Blitz, le fondateur du Club Med. C’est certain, la petite Danielle de Tunis a un don. « Oui, j’ai toujours eu ce don de convaincre des gens, des personnalités incroyables, de venir parler, enseigner aux autres. J’ai envie de partager. » C’est ce qui la définit, le partage.

D’ailleurs, elle dit, souvent : « Venez, on va partager. » Son enthousiasme, sa force invitante, son esprit d’entreprendre vient de là : de l’envie de partager. C’est une véritable force, qui va lui permettre de soulever des montagnes. « Le partage, c’est toute ma vie », ajoute-t-elle. « Quand on a une richesse, il faut savoir la partager. J’ai eu une enfance heureuse, mis à part notre départ de Tunisie et notre arrivée en France, qui a été très compliquée et douloureuse. J’ai eu des parents formidables et des frères et sœurs aimants et inspirants. Mon jeune frère Guy-Bernard Brami est, par exemple, président du Fonds de Dotation de l’hôpital Robert Debré. »

La vie de Danielle commence à bien se remplir. Les épreuves lui ont donné des désirs, de l’envie et de la force. Elle continue à avancer au large.

Une entrepreneuse dans les étoiles

Danielle continue, à travers le yoga et ses conférences, à chercher à donner du sens à sa vie. Elle découvre, à la fin des années 70, l’astrologie, qu’elle utilise comme un outil d’analyse et de compréhension pour accompagner les personnes dans leur développement personnel. Née juive, dans une famille séfarade, elle n’a aucun problème avec Dieu, l’éthique, et, la religion. « Je ne suis pas pratiquante, mais ma culture religieuse est une vraie richesse. C’est en arrivant en France, que j’ai appris qu’être juive pouvait être un problème. » Danielle trace son chemin à travers sa quête de sens, sa course aux étoiles.

A 40 ans, elle devient véritablement entrepreneuse, crée sa société qui organise le salon Symbolium à Cannes, autour du développement personnel, des symboles et de l’astrologie. Pourquoi à Cannes ? « Parce que c’était le festival des stars du cinéma, et, je voulais en faire le festival des étoiles », répond-elle en rigolant. Elle change de braquet et devient une communicante très demandée. Elle a conseillé les grands de ce monde.

« La bascule des consciences »

Puis, elle se passionne pour la vague New Age, qui vient des Etats-Unis et qui déferle en France, dans les années 80 et 90. Le Nouvel Âge est lié à l’astrologie. En résumé, il s’agit d’une sorte de synthèse des différentes croyances et des spiritualités. Il s’agit d’un syncrétisme des temps modernes. Danielle suit Marilyn Ferguson, l’une des pionnières, qui fait paraître son livre en 1980, qui deviendra un best-seller, Les Enfants du Verseau. Danielle évoque les « psychologues trans-personnels. » Pour elle, l’astrologie et tous ces nouveaux courants spirituels restent des outils pour « regarder le monde. » Avec ses grands yeux noirs, Danielle scrute le monde et l’univers. Elle y trouve sa place. Sa vie devient un roman.

Le monde d’aujourd’hui et ses crises successives, comme celle de la pandémie, correspondent, selon elle, à « une fin de cycle, qui favorise une bascule des consciences, une conversion du regard. » Les mots sont forts et précis. Il est vrai que l’homme et la femme de la rue se posent, de plus en plus la question du sens. « Sens sans conscience, n’est que ruine de l’âme », disait Rabelais. Après Symbolium, qui est un succès, avec plus de 5 000 personnes, 120 conférenciers, et, 20 nationalités représentées, elle revend son salon à un groupe de médias. Elle rencontre Thierry Gaudin, qui est un prospectiviste de renommée internationale. Il lui lance, alors, un défi : celui d’animer un think tank au sein même du ministère de la Recherche. Elle participe, ainsi, à l’ouvrage de Thierry : 2100, récit du prochain siècle.

E comme Entrepreneuse, F comme Femmes, S comme SDF

Danielle est lancée. Elle a trouvé son créneau : celui des autres, du développement personnel, de l’épanouissement de soi, et, de la prospective. En 1990, elle s’intéresse aux questions environnementales et lance Ecosite, qu’elle revendra 5 ans après, à Reed International. Un autre salon qui la fait connaître un peu plus. Dans la foulée, elle devient présidente des femmes cheffes d’entreprises des Hauts-de-Seine. Son nouveau cheval de bataille : elle défend les femmes. En 1998, elle crée Dirigeantes, pour faire progresser les femmes dans l’économie.

Elle collabore, également, au sein de l’OCDE, au début des années 2000. Puis, elle lance Tremplin Dirigeants, un centre de formation. « Je suis, toujours, contre les quotas de femmes aux conseils d’administration dans les entreprises. Mais, il faut reconnaître qu’ils ont eu des effets vertueux. Ils ont fait avancer la conscience des hommes. Le mouvement est irréversible : les hommes et les femmes sont appelés à réduire les différences. Un garçon, il n’y a pas longtemps, n’avait pas le droit de pleurer, d’avoir de l’émotion, et, une fille ne pouvait pas entreprendre. Les femmes ont le devoir d’entreprendre et de participer à la vie et au développement matériel de leur famille, et, de la société. » La vision de Danielle est très claire. Son féminisme est doux et positif.

Après son divorce, elle est restée 40 ans célibataire, à s’occuper de ses 2 garçons, de ses 4 petits-fils et de ses entreprises. A 70 ans, elle fait une pause. « J’ai pris conscience qu’il me manquait une belle histoire de cœur. J’avais besoin de rencontrer un homme et de partager. J’ai eu la chance de rencontrer Patrick de Giovanni. » Ce-dernier, veuf, avait le désir d’une vie de couple. Les deux tourtereaux se rencontrent et se marient en 2020. « Notre histoire de cœur a beaucoup de sens, explique Danielle. Patrick voulait faire quelque chose pour les SDF, et, moi, je voulais faire quelque chose pour les femmes. »

Nom de code : DAPAT

Le jeune couple lance DAPAT, un fonds de dotation pour aider les femmes SDF. Ils démarrent leurs nouvelles activités en mars 2020, pendant le confinement. Puis, le fonds de dotation est créé juridiquement en août. Pour se faire connaître, ils organisent leur première manifestation au Théâtre Marigny, devant un parterre de plus de 500 personnes. Là, le 27 septembre dernier, ils remettent des prix à 5 associations.

Un jury les a sélectionnées parmi 45 associations-candidates. Ce soir-là, sous les applaudissements du public et sous les lumières tamisées du célèbre théâtre situé à deux pas des Champs-Elysées, l’actrice Elsa Zylberstein, la marraine de l’évènement, entre sur scène précédée de la maîtresse de cérémonie, Yamina Benguigui, et, de Danielle et Patrick. Les remises de prix se succèdent. Anne Roumanoff, Chantal Thomass, Dominique Besnehard, Farida Khelfa, et, enfin, Franck Dubosc, remettent des prix à Bagageries Solidaires 92, Le Camion Douche, Tente Beauté Mobile, MaMaMa, Femmes Debout. Danielle et Patrick n’oublient pas d’encourager les autres associations et de susciter l’espérance, avec ces 5 Espoirs : l’Association Anne Lorient, Cycl’Avenir, La Ferme Emmaüs Baudonne, N’enRougis Plus, et, enfin, Solidarité Femmes Beaujolais.

La nouvelle vie de Danielle démarre sous les chapeaux de roue. En lançant sa dernière (?) entreprise, avec Patrick, en lançant DAPAT, elle considère que « le monde associatif, s’il est bien accompagné, peut faire beaucoup plus et beaucoup mieux pour les autres. Et, les femmes SDF sont aux premières lignes. »

Danielle Rousseau de Giovanni a chaussé ses bottes de 7 lieux. Sa vie dans les étoiles ne l’a pas éloigné du terrain, bien au contraire. Elle est restée très concrète. Elle est devenue, elle-même, une étoile, celle qui fait briller le bien commun. De coups de cœur en coups de cœur, son agenda 2022 est déjà rempli d’autres coups de cœur…à venir. Elle conclue cette conversation par ce vœu, fin d’année oblige : « Regardez le monde, il est rempli de pépites ! » Des étoiles ont remplacé le sable tunisien. Des étoiles qui brillent dans ses yeux.

Pour en savoir-plus : www.dapat.fr

Antoine BORDIER

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