Zemmour est-il le dernier gaulliste de la présidentielle de 2022 ?

Christian Estrosi n’est pas forcément le mieux placé pour venir pourfendre l’authenticité du gaullisme d’Eric Zemmour. Le maire de Nice qui, jeune aurait frayé avec les milieux d’ extrême droite, a beau jeu de venir aujourd’hui pourfendre ce qu’il qualifie lui-même « d’extrême droite. » Notion floue s’il en est et qui conduirait à disqualifier les 35 % de nos compatriotes qui se disent prêts à voter indifféremment Nicolas Dupont-Aignant, Eric Zemmour, Marine Le Pen voire Jean Lassalle, ou même Eric Ciotti. Dans ce cas, ce n’est plus d’extrême droite dont il faudrait parler mais d’extrême France !

Compte tenu de la gravité des problèmes qui se posent au pays (insécurité, endettement, immigration, chômage…) l’heure n’est plus à jeter l’anathème sur tel ou tel candidat comme beaucoup l’ont fait depuis une quarantaine d’années avec le résultat que l’on sait.


Au lieu de faire œillades sur œillades au président actuel, l’ancien ministre de l’Industrie de Sarkozy ferait mieux de faire des propositions concrètes sur le redressement industriel du pays. Les électeurs ne sont pas dupes. Cela ne marche pas. Alors certes, le Général de Gaulle a-t-il toujours pris grand soin de conserver, à juste titre, ses distances avec les mouvements fascistes ou antisémites. C’est incontestable. En revanche, c’est un secret de polichinelle que de rappeler que son éducation historique ou littéraire a été baignée au cœur de livres de Jacques Bainville, Georges Bernanos ou Maurice Barres, autant d’auteurs dont se revendique à part entière Zemmour aussi. Rappelons aussi que cela n’a pas empêché de nombreux Juifs d’être parmi les premiers à le rejoindre à Londres en 1940 à l’instar de Maurice Schumann ou Maurice Couve de Murville.

Quand  on observe la lente dérive du mouvement gaulliste, RPR devenu LR, en faveur d’une ligne supra-nationale voire mondialiste, on ne peut qu’être frappé par sa longue décadence. Et voir aujourd’hui de soi- disants Gaullistes (Estrosi prend soin de rappeler avoir toujours été aux côtés de Chirac, Seguin, Juppé ou Sarkozy) ne pas en appeler au sursaut national face au déclin du pays à quelque chose d’assez surréaliste. Cela fait penser au fameux « sentiment d’insécurité » tel que le formule notre inénarrable Garde des Sceaux actuel, Eric Dupont- Moretti. De la même manière, je cite (JDD du 24/10/2021), le maire de Nice édulcore et ne parle que d’un « malaise décliniste qui gangrènerait la société ». C’est un peu court.
Qu’en termes choisis, ces mots sont dits. Tout va bien Madame la Marquise. Cela ne devrait pas trop déplaire aux oreilles du président Macron. L’honneur est sauf et Christian Estrosi peut-il toujours continuer espérer devenir un des principaux ministres du président Macron, s’il est réélu.

Loin d’un Zemmour justement dont la force semble de mettre le jeu politique loin derrière celui de l’intérêt national. Ainsi, quand on voit le nouveau favori des sondages vouloir en matière de politique étrangère en finir avec une certaine doctrine atlantiste comme il l’a fait ce 22/10/2021 à Rouen, on ne peut remarquer que sa démarche semble bien plus proche de celle du Général en d’autres temps .

De même, quand Zemmour en appelle à une restauration de la grandeur de la France notamment face aux États- Unis, face auxquels selon lui, nos gouvernement successifs depuis 40 ans se serait tous couchés : « pour nos élites, c’est presqu’un soulagement : il se réjouissent que la France se contente d’être sagement une puissance moyenne, à l’ombre des grands … Ils se trompent lourdement : dans les relations internationales, il n’y a pas de places paisibles pour les seconds rôles. » Il prend des accents gaulliens.

Et lorsqu’il pourfend notre allié américain, celui qui se permet de : « mettre nos dirigeants sur écoute, laisser la Turquie nous menacer, nous empêcher d’établir une relation saine avec la Russie et nous faire perdre les milliards d’euros du contrat des sous-marins australiens. « 
Tout ceci est effectivement difficilement contestable. Même si l’analyse souverainiste perd un peu de sa force quand il aborde le sujet du débarquement de 1944 en Normandie, opération que Zemmour n’hésite pas à qualifier hâtivement : « d’entreprise de libération et en même temps, une occupation  et une colonisation par les Américains. De Gaulle ayant dû batailler ferme pour se libérer de la tutelle des États- Unis « .

Ce qui est historiquement et textuellement vrai, même si on aurait préféré un autre terme qu’occupation, ce dernier rappelant trop la période sombre de domination nazie sur le territoire français. Une maladresse de plus pour le futur candidat qui les multiplie peut-être à l’envie  sciemment pour créer la polémique. Allez savoir même si cette tentation d’un Trump tricolore semble une erreur grossière.

En tous cas, comme de Gaulle, Zemmour semble resté farouchement attaché à la souveraineté de la nation. Et il ne fait guère de doute que le Général n’aurait certainement pas toléré de laisser se dissoudre la nation dans une architecture européenne devenue aussi technocratique qu’impuissante. Faut-il rappeler que de Gaulle, grand adversaire de Jean Monnet, n’avait accepté que du bout des lèvres la première Europe des six (en 1957 avec le traité de Rome) afin d’arrimer à jamais la réconciliation franco- allemande et afin aussi d’assurer de nouveaux débouchés à notre agriculture et à notre économie. Tout cela est vrai, mais jamais, il n’aurait supporté les actuelles dérives d’une Union européenne de 27 pays dont la diplomatie serait devenue, selon l’essayiste lui- même : « condamnée à la paralysie et au pire à la soumission aux États-Unis « . Triste programme.

Et Zemmour de conclure par un appel au renforcement de notre armée et en l’occurrence de notre marine nationale d’ici 2040 : « avec la construction de deux nouvelles frégates et de deux nouveaux porte-avions, qui sont l’assurance de pouvoir frapper n’importe qui, n’importe où, n’importe quand. Peu de pays ont cette capacité. Elle est à portée de main pour la France, qui est encore écoutée en Europe, grâce avant tout à son armée et à sa force nucléaire. « 

Une ambition résolument gaullienne et qui tranche avec la plupart des discours politiques au point qu’on peut se demander contrairement à ce qu’affirme Christian Estrosi, si au contraire ce n’est pas Zemmour qui est justement le seul candidat gaulliste de cette campagne présidentielle !

Il est de bon ton actuellement dans la presse de gloser à l’infini sur une soi-disante inculture économique d’Eric Zemmour. Comme si d’ailleurs, cette culture économique était le propre des rédactions ! Cela se saurait.

J’ai rencontré personnellement une fois Eric Zemmour. C’était sur la recommandation d’un ami, c’était le 22 septembre 2020 dans un café proche du Figaro. Pour la petite histoire, il affichait dès cette époque, un désir ardent de vouloir se présenter en 2022. À part Valeurs Actuelles et Geoffroy Lejeune ou L’Événement Magazine, personne n’en parlait dans les médias tant cela semblait hors de portée. Nous avions, ce jour- là,  abordé beaucoup de sujets économiques, c’est ce qui l’intéressait. Tout ce dont je puis témoigner, c’est que l’auteur de « La France n’a pas dit son dernier mot » m’a bluffé par sa connaissance de l’économie et des entreprises. Je ne souviens, par exemple, avoir insisté sur le sujet crucial de la transmission des entreprises familiales, handicapée chez nous contrairement à l’Allemagne ou l’Italie par des taxes sans pareil (malgré la loi Dutreil). Il connaissait le sujet sur le bout des doigts. Que ses opposants ne se fassent pas trop d’illusions… en économie aussi, Il semble parfaitement préparé !

Robert Lafont

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