Robert Lafont : Jan-Édouard, vous rencontrez énormément de personnalités politiques et économiques, des gens qui ont des responsabilités… Nous n’allons pas donner les noms car nous sommes soumis à une confidentialité. Jan-Édouard Brunie, comment voyez-vous l’horizon, les perspectives politiques en France après ces années extrêmement troublées ?  

Jan-Édouard Brunie : Je les vois déjà avec beaucoup de circonspection, car les choses ne sont pas jouées en état actuel. Le contexte nous a surpris avec la Covid-19, mais il peut encore nous surprendre dans les mois qui viennent. Notamment car il y a des personnalités publiques qui peuvent émerger, comme le général de Villiers.

Rober Lafont : Il ne passe pas très bien à la télé..

Jan-Édouard Brunie : La communication d’aujourd’hui a ces limites, les gens cherchent des vrais figures paternelles, les gens regardent l’autorité et la responsabilité, ça c’est fort possible nous verrons cela dans les mois qui viennent, les jours qui viennent. Une autre personnalité très charismatique, Christiane Taubira qui elle aussi, est dans la réserve du côté, donc socialiste-gauche. 

C’est une candidate sérieuse, qui est vraiment très clivante mais qui pourrait notamment, vu les différentes tendances jusqu’à l’écologie de gauche qui existent, être une très bonne réunificatrice. 

Robert Lafont : plus qu’Anne Hidalgo ?

Jan-Édouard Brunie : Plus qu’Anne Hidalgo à mon sens 

Robert Lafont : Elle incarne un certain laxisme, ne manque-t-elle pas un peu d’autorité ?

Jan-Édouard Brunie : C’est ce que vous pensez.

Robert Lafont : Non, ce n’est pas ce que je pense c’est ce qu’elle a manifesté en libérant des tas de détenus, ce qui pour faire preuve d’autorité…

Jan-Édouard Brunie : Dans sa tendance politique, ce n’est pas forcément vu comme du laxisme, elle a une grande capacité de rhétorique, beaucoup d’aplomb, d’assise, c’est une grande oratrice. Elle a été élue et ministre. Si elle fédère des équipes socialistes et écologistes jusqu’à la France insoumise, sachant que monsieur Mélenchon est, de toute façon, mal parti pour faire plus de 15 %. 

Robert Lafont : Vous voyez en course Mélenchon ? 

Jan-Édouard Brunie : Il est en bout de course, il est fatigué, ses équipes sont déjà en train de réfléchir à la suite. Adrien Quatennens a l’air d’être tout à fait prêt pour prendre la relève. Il s’est moult fois discrédité à bon nombre de niveaux et particulièrement sur le sujet de l’islamo-gauchisme qui est quand même le reproche que le peuple français lui fait principalement. 

Robert Lafont : Donc, Christiane Taubira à gauche et Général de Villiers à droite.

Jan-Édouard Brunie : Ce sont deux candidatures qui seraient surprenantes, mais qui sont encore tout du moins possibles. 

Jan-Édouard Brunie : Et dans les candidatures moins surprenantes mais plus crédibles, à droite vous voyez qui ? 

Jan-Édouard Brunie : Bon, il y a cette candidature de Marine Le Pen qui est crédible mais hélas qui est sans grandes perspectives d’avenir. Elle a déjà perdu 2 fois, elle risque de perdre une 3e fois. Elle a peur et, c’est sous l’angle psychanalytique clairement établi, une forme d’angoisse d’être élu. Cela s’est ressenti dans son débat aussi par  beaucoup d’actes manqués, beaucoup de lapsus, beaucoup de forçage et surtout peu de force de proposition. À force d’être dans le Thanatos en permanence, d’être dans le pathos, la dénonciation des problématiques sans proposer de solution, d’Éros, on finit par perdre sa crédibilité mais surtout qui attise pas son désir, c’est à dire sa libido, elle n’est pas dans une disposition où elle désire être La candidate. 

Robert Lafont : Elle se sent obligée de le faire ? Par respect pour son père ?

Jan-Édouard Brunie : Peut-être, par aussi une certaine forme de narcissisme mal placé. Mais surtout elle a peur et est angoissée certainement d’être élue. Ça serait le chaos si elle était élue et elle le sait. Elle ne veut pas être responsable de cela, elle a des valeurs, c’est certainement une bonne personne. Je pense sincèrement qu’elle est honnête, mais elle a peur des conséquences de son élection. Donc, c’est une candidate qui, de toute façon est à exclure et au 2e tour, dans toutes les configurations, elle serait perdante. 

Robert Lafont : Avec un programme économique désastreux, qui a été démonté dans le magazine l’évènement.

Jan-Édouard Brunie : Ça c’est le discours actuellement destructeur de l’opposition, qui dit qu’elle n’a pas de programme économique, qu’elle sera incapable de gouverner, qu’elle n’est pas compétente. Il faut être clair et il faut dire une chose, les candidats à l’élection présidentielle depuis des années ont prouvé que ce qui faisait la différence c’était leur système de valeurs, leur positionnement et leur capacité à s’entourer. Elle ne peut pas tout connaître, si elle était, imaginons, élue, elle serait s’entourer j’imagine. 

Et nous avons, en France, énormément de gens dans l’ombre, de hauts fonctionnaires notamment, d’une extrême compétence dans tous les domaines et certains seraient prêts à la rejoindre. Alors attention à ses éléments de langage qui consiste à détruire en disant qu’elle n’est pas compétente etc.… 

Pour le candidat de droite, il y a Xavier Bertrand qui est le candidat de toute façon, Les Républicains, qui émergera devant les autres. Valérie Pécresse, Bruno Retailleau et compagnie, jusqu’à la nouvelle droite dite forte en passant par Laurent Wauquiez qui, certainement ira dans le sens de Xavier. C’est Xavier Bertrand le candidat. Celui là, je vous en parlerai après, il a quand même eu un gros handicap et je vous dirais un peu plus tard dans cette interview si vous voulez bien. 

Robert Lafont : Nicolas Dupont-Aignan, vous avez travaillé avec lui ? 

Jan-Édouard Brunie : Ça m’est arrivé oui 

Robert Lafont : Vous le connaissez bien ? 

Jan-Édouard : Je le connais bien. 

Robert Lafont : Il fait un carton sur Facebook, sur internet. 

Jan-Édouard Brunie : En fait, il fait un carton en Province, il fait un carton dans la France périphérique, il fait un carton hors des grandes villes. Lui, il a des connaissances au niveau économique, c’est indéniable et il a une certaine droiture. 

Robert Lafont :  Ça peut être son tour ?

Jan-Édouard Brunie : Il faudrait pour ce faire qu’il ait des soutiens, notamment les soutiens de ceux qui vont arbitrer à mon sens, du côté des républicains et des souverainistes. Le mot souverainisme, aujourd’hui, a pris tout son sens dans la politique. C’est devenu dans le jargon psychanalytique un signifiant maître. Les gens savent ce que cela veut dire, ils ne s’imaginent plus le souverainiste avec une couronne et on parle beaucoup de souveraineté. Emmanuel Macron a cité ce signifiant maitre plusieurs fois dans ses discours, c’est une vraie problématique profonde, qui explique le déclassement de la France d’aujourd’hui. Donc c’est le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, il a une certaine cohérence dans son système de valeurs, mais qui est-ce qui est derrière ? S’il avait les soutiens des arbitres à droite qui sont Eric Zemmour et Michel Onfray,  en soutien, peut-être qu’il aurait une chance. Mais ça, ce n’est pas dit. 

Robert Lafont : Pour parler d’Éric Zemmour, qui est un peu la nouvelle coqueluche des médias après avoir été diabolisé.

Jan-Édouard Brunie : Et pour cause, un discours toujours égal, une cohérence qui est quand même difficilement discutable, des connaissances et un savoir assez rare aujourd’hui. Maintenant, est-ce qu’il va y aller ?

C’est la difficulté, là aussi du côté de ces candidats, que ça soit Pierre de Villiers, Éric Zemmour ou Dupont Aignan, s’il n’y a pas un faiseur de roi c’est-à-dire un milliardaire français qui met sur la table les quelques 6 ou 10 millions qu’il faut pour faire une campagne, ils n’émergeront pas plus que ça. 

Il y a des gens qui commencent à vouloir reprendre le pouvoir, notamment pour la question centrale de cette élection qui est la problématique de l’autorité, de la faillite du surmoi, vous savez ?! Je parle souvent de la faillite du surmoi, de la faillite de l’autorité dans ce pays qui depuis plus de 30 ans a généré et engendré tous les problèmes de dissension sociale jusqu’au séparatisme et à la fracture sociale. Donc, il y a des gens qui, aujourd’hui, se disent qu’il faudrait éventuellement relancer un candidat qui incarnerait l’autorité. 

Robert Lafont : Il était un des trois candidats a finalement s’allier avec les deux autres et le  mieux placé des trois, c’est Pierre de Villiers pour vous ?  

Jan-Édouard Brunie : Oui 

Robert Lafont : Éric Zemmour n’a pas assez mains dans le cambouis ? 

Jan-Édouard Brunie : Éric Zemmour est trop médiatique c’est un problème. Parce que trop de médias tue le média. 

Robert Lafont : C’est une fausse valeur ? 

Jan-Édouard Brunie : Non. Éric Zemmour est un vrai système de valeur, maintenant il arbitrera à mon avis, comme Michel Onfray. 

Robert Lafont : Selon vous Éric Zemmour a-t-il l’étoffe ? 

Jan-Édouard Brunie : À mon avis, il a l’étoffe, mais est-ce qu’il a le désir déjà de le faire ?

Robert Lafont : Ça, nous allons le savoir. 

Jan-Édouard Brunie : Effectivement,  nous allons le savoir, 

Robert Lafont : S’il en avait véritablement la volonté,  il aurait ses chances. 

Jan-Édouard Brunie : Déjà, sans être candidat, il est crédité à plus de 15 % de votes d’intentions, c’est énorme. 

Robert Lafont : Et Pierre de Villiers ? 

Jan-Édouard Brunie : Pierre de Villiers, c’est 20%, il a la stature, il a l’apparence et puis il a la neutralité bienveillante, il est parti au bon moment alors que Éric Zemmour est ultra médiatisé en permanence et cela peut être quelque chose qui peut le desservir. Au-delà de ça, est-ce qu’il en a le désir ? je répète.

Robert Lafont : Le côté trop médiatique peut-être un frein finalement. Xavier Bertrand, va s’imposer au niveau des Républicains, mais est-ce qu’il va franchir la rampe derrière pour être un candidat présidentiel crédible et qui peut rassembler, je dirais, le pays ? 

Jan-Édouard Brunie : Xavier Bertrand est certainement un homme politique très complet, par son parcours, son savoir et sa capacité de travail, c’est indéniable. Le problème c’est que c’est comme pour François Fillon, sa famille politique n’est pas sa meilleure alliée. 

Robert Lafont : Elle le pousse dans la mauvaise direction, pas dans les bonnes réformes ?

Jan-Édouard Brunie : Non, elle est capable de le trahir et pour tout vous dire puisque c’est quand même quelque chose qui peut être important aujourd’hui d’être rapporté, vous vous souvenez de la façon dont Édouard Philippe a quitté le gouvernement, au maximum de sa côte de popularité, en pleine gloire si vous voulez, pour aller rejoindre son port du Havre. Et bien Édouard Philippe avec Emmanuel Macron et ça j’en ai analysé la communication non verbale, il y a déjà plusieurs mois et clairement destiné à venir torpiller la candidature de Xavier Bertrand quelques semaines avant le scrutin en annonçant son ralliement à Emmanuel Macron et à En Marche. Il est clair qu’il y a un deal, un pacte qui a été fait entre Emmanuel Macron et Édouard Philippe. Le pacte suivant : Je (Emmanuel Macron) fais deux quinquennats et ensuite tu prends la suite. Je (E.M) serais éventuellement le candidat pour le nouveau gouvernement européen mais tu prendras, toi Édouard Philippe, ma suite. 

Robert Lafont :  Oui mais ce n’est pas eux qui décident. 

Jan-Édouard Brunie : Oui, je l’espère ! Mais quand on a le pouvoir, la puissance médiatique et médiatico-financière qu’à En Marche et Emmanuel Macron, c’est une stratégie tout à fait valable. La candidature de Xavier Bertrand serait complètement torpillée si Philippe annonçait son ralliement. Ils sont d’ailleurs tous en train d’aller le chercher, mais cela ne marche pas. 

Robert Lafont : Vous nous dites que Xavier Bertrand a le profil mais pour y arriver il faut qu’il s’affranchisse presque des Républicains et qu’il s’adresse aux français d’une manière libre, mais il ne pourra pas le faire. Et finalement, son plus grand handicap c’est son parti.

Jan-Édouard Brunie : C’est Édouard Philippe ET son parti, parce que vous l’avez aussi observé car vous n’êtes pas sans ignorer cela, que la défaite de François Fillon a été complètement de la responsabilité des ténors de son parti. 

Pour la petite histoire et je sais très bien de quoi je parle j’étais présent à cette époque-là au sein de Force Républicaine  ; et bien alors qu’il était attaqué de toutes parts pour des histoires qui touchait sa femme etc… et bien à la place d’avoir tous les ténors républicains qui appelaient à la présomption d’innocence en disant « présomption d’innocence, on attendra, on doit attendre, finir l’éléction »,  ils l’ont tous systématiquement trahis et lâchés et en premier Bruno Lemaire. 

Les Républicains sont des « classiques » et les citoyens le sentent et le savent, c’est des classiques : « Nous voulons garder nos postes, garder toujours la possibilité de devenir ministre » et dans ces cas-là, c’est vrai que ce n’est pas un avantage pour Xavier Bertrand. 

Robert Lafont : D’accord c’est clair. Est-ce qu’une alliance improbable aujourd’hui entre Xavier Bertrand et les souverainistes est un scénario qu’on peut envisager ? 

Jan-Édouard Brunie : Quels souverainistes ? 

Robert Lafont : Dupont Aignan, Éric Zemmour etc…

Jan-Édouard Brunie : Il y a une détestation qui est assez importante entre ces personnes que vous venez de citer, donc,  je vois mal une congruence politique. 

Robert Lafont : Finalement, vous avez les républicains tendances Emmanuel Macron et Edouard Philippe… vous ne semblez pas les porter dans votre cœur. 

Jan-Édouard Brunie : Non c’est pas du tout ça, c’est qu’il a fait ce pacte avec Emmanuel Macron et il a quitté le gouvernement alors que nous étions au début de la crise du covid, il a laissé les fusibles se mettre en place, Jean Castex, et il reviendra juste avant la campagne pour donner les voix des républicains, discréditer le candidat Xavier Bertrand pour être ensuite certainement, de nouveau ministrable pendant le 2e quinquennat d’Emmanuel Macron. 

Robert Lafont : Est-ce qu’une alliance Bertrand et candidat souverainiste, que vous avez évoqué, est quelque chose qui est totalement inenvisageable. 

Jan-Édouard Brunie : Cela me paraît difficile oui.

Robert Lafont : En tout cas, si cela était possible politiquement, ça serait un gage de victoire. 

Jan-Édouard Brunie : S’il y a une once de sagesse parmi ces tendances politiques françaises qui pouvaient faire que les souverainistes et les républicains et quelques patriotes puissent créer une grande coalition, effectivement il y aurait certainement une alternance possible. En attendant, aujourd’hui ça me paraît difficilement possible et le seul qui pourrait le faire c’est Pierre de Villiers, mais pour l’instant il n’est pas candidat déclaré. 

Robert Lafont :  Mais est-ce que dans son langage corporel, est-ce que vous analysez des signaux qui le pousseraient à y aller ? 

Jan-Édouard Brunie : De la part de qui ? 

Robert Lafont : De Pierre de Villiers. 

Jan-Édouard Brunie : Ces 3 derniers livres… sont actuellement à un bon niveau médiatique et puis effectivement par ces quelques dernières interviews qu’il distille avec beaucoup de parcimonie, oui. 

Robert Lafont : Il est passé dans Entreprendre, il était assez heureux de s’exprimer le mois dernier parce qu’on lui a laissé le temps de s’exprimer. 

Jan-Édouard Brunie : Oui, je pense qu’il a fait un gros travail en amont, je répète le financement d’une campagne, le nerf de la guerre ça sera les millionnaires qui voudront bien donner du crédit à cette candidature parce qu’aujourd’hui c’est la réalité. 

Robert Lafont : Est-ce qu’il y aura des entrepreneurs qui vont financer ?

Jan-Édouard Brunie : Oui certainement.

Robert Lafont : Mais le rôle de Philippe de Villiers son frère, qui est quand même un homme politique. 

Jan-Édouard Brunie : Qui crée des choses très sensées, qui est très bien structuré et qui a un système de valeurs très bien établi.

Robert Lafont : Pensez-vous que son frère va le pousser ?

Jan-Édouard Brunie : Oui oui et je pense la même chose d’Éric Zemmour. 

Robert Lafont : Éric Zemmour va pousser Pierre de Villiers. 

Jan-Édouard Brunie : Oui. De toute façon c’est un homme qui a besoin d’alliance et d’alliés, l’instinct militaire. Il connaît bien la stratégie. Si certains de ces hommes là le poussent, peut-être qu’il se déclarera, nous allons voir, c’est de l’ordre du 60-40%. Mais au niveau communication non verbale, je trouve qu’il a une certaine liberté d’être, qui le rend à mon avis,  plus à même de se déclarer. 

Robert Lafont : Alors, est-ce que dans le cas où Pierre de Villiers sera élu président de la République, est-ce qu’il serait comme ça selon vous en tant que psychanalyste ? Serait-il un Président qui répondrait à l’attente des français. 

Jan-Édouard Brunie : C’est une question qui m’inviterait à être partisan. La réponse est oui, je ne vais pas tourner autour du pot, nous avons différentes problématiques qui sont profondes aujourd’hui et qui seront les grands thèmes de campagne, nous avons la crise de l’autorité, qui est manifestement avec la sécurité, la première des libertés, le fond du problème. Les citoyens, quelle que soit leur tendance politique en n’ont marre et les gens des cités, les gens des banlieues aussi veulent un retour de l’autorité, de l’ordre. Ils ont beaucoup de respect pour l’entité militaire qu’il symbolise. Il représente ça. 

Il possède aussi la représentation de la figure paternelle et de la tranquillité, ce n’est pas un homme politique. Il est moderne dans sa façon de voir la France, il connaît bien les enjeux stratégiques macroéconomiques et géostratégiques. Je sais qu’il a consulté pour les États-Unis pendant quelques mois après sa démission, donc il a ce savoir qui est quand même une grande force et l’expression d’une grande capacité par rapport à d’autres candidats. Oui, moi je pense que c’est un candidat très sérieux. 

Robert Lafont : Donc les Français, vis-à-vis d’un militaire de renom, auraient quand même un certain respect, ce respect justement qu’ils n’ont peut-être plus.

Jan-Édouard Brunie : Quel que soit la tranche d’âge, même chez les jeunes.

Robert Lafont : Même des jeunes de banlieue par exemple, pourraient être assez bluffés par un homme d’autorité de la trempe de Pierre. 

Jan-Édouard Brunie :: Autorité naturelle.

Robert Lafont : Et qui n’a pas cherché finalement à être politicien, c’est aussi un atout important. Alors à gauche, nous avons Emmanuel Macron au centre, qui va se représenter. Dans quel état va-t-il se représenter ? 

Jan-Édouard Brunie : Dans un état plutôt favorable, avec une côte de popularité qui est favorable, notamment chez les jeunes et chez les 3e et 4e âges, il fait des scores qui sont indéniablement élevés. Pour moi, c’est le favori, sans la candidature de Christiane Taubira et de Pierre de Villiers, c’est le favori oui.

Robert Lafont : S’est-il bonifié selon vous ? Ou au contraire il s’est révélé avec ses défauts et ses qualités ? Comment voyez-vous Emmanuel Macron après 4 ans ? Est-ce qu’il n’est pas lessivé par toutes ces crises à répétition ou au contraire est-ce qu’il a mûri et qu’aujourd’hui nous avons affaire à un homme d’état, qui a pris la mesure du poste ?

Jan-Édouard Brunie : Par rapport à ce que je sais et par rapport à ce que je peux analyser notamment au niveau des dernières interventions qu’il a faites, via sa communication non verbale, il a l’air clairement fatigué. Il a l’air fatigué même s’il tient quand même bien la route et ses équipes sont épuisées. Fin d’année, il a négligé certains aspects par rapport à la crise de la Covid-19 qui sont lourdes conséquences aujourd’hui, nous sommes quand même clairement et manifestement déclassés à bon nombre de niveaux sur cette problématique sanitaire. Certes, il a appris sans aucun doute mais comme tout le monde apprend. C’est tout ce que je pourrais dire. 

Robert Lafont : Mais il est bien placé dans les sondages, il a perdu de sa superbe ? 

Jan-Édouard Brunie : Oui, dans les milieux parisiens notamment, pour parler un peu de ceux que je côtoie, il a perdu de sa superbe. En province, ce qui l’a vraiment écorné, très clairement aussi, c’est sa façon de gérer les gilets jaunes, c’est l’après gilets jaunes. 

Robert Lafont : Des débats bien organisés ça ne suffit pas. 

Jan-Édouard Brunie : Oui, ça ne suffit pas. Il est beaucoup dans la com et trop de com tue la com. 

Robert Lafont : Les Français deviennent des experts en matière de communication et ils décèlent les tours de passe-passe.

Jan-Édouard Brunie : Ils savent surtout trouver des informations dans d’autres faisceaux que les médias Mainstream.  Il a commis des erreurs aussi ces derniers temps avec sa démagogie qui se voit de très loin et qui fait flop. 

Robert Lafont : Un mot quand même sur Nicolas Sarkozy. 

Jan-Édouard Brunie : Nicolas Sarkozy est rattrapé par son passif et le jugement qui a eu lieu est un jugement sans preuves tangibles, mais un faisceau de présomption qui est quand même clairement établi. Il va s’en tirer certainement avec un non-lieu, à mon avis, ayant lu nombres d’éléments du dossier. 

Robert Lafont : Ce n’est pas scandaleux ? 

Jan-Édouard Brunie : Ce qui est scandaleux, c’est qu’autant d’un côté que de l’autre il y a faute, autant du côté du PNF (Parquet National Financier) que du côté de Sarkozy, il n’y a pas de fumée sans feu. C’est un très mauvais exemple qui est montré, encore, à la population française et à tous les gens. 

Robert Lafont : Il n’y a pas de preuve de la faute. 

Jan-Édouard Brunie : Il y a fort faisceau de présomption, il y a l’affaire Bygmalion et toutes les autres affaires.

Robert Lafont : Ça c’est autre chose. 

Jan-Édouard : Quant à sa façon de se défendre sur l’affaire Ziad Takieddine attaqué sur BFM qui était quand même un grand moment de théâtre, les gens ne sont pas dupes, il faut quand même, à un moment, arrêter. Alors il passera certainement entre les mailles du filet comme le parrain de son fils qui est monsieur Balkany qui a quand même fait quelques jours en prison,  mais tout ça c’est l’ancien monde, les gens n’en veulent plus, de ça les gens en ont marre. 

Robert Lafont : Et pour vous, Sarkozy a perdu de finalement de son intégrité 

Jan-Édouard Brunie : De son intégrité, ça c’est sûr. Il faut passer à autre chose, les gens ont besoin de netteté, d’autorité et l’autorité morale aussi, il faut dire les choses. Maintenant, le PNF, comme Sarkozy ont commis leurs fautes. 

Robert Lafont : Maintenant, nous allons parler de Taubira, pensez-vous qu’elle a une carte à jouer, si elle veut le faire. Anne Hidalgo, j’ai compris que ce n’était pas vraiment…

Jan-Édouard Brunie : Ce n’est pas sûr, elle tâte le terrain. 

Robert Lafont : Elle a fait une erreur avec les confinements. 

Jan-Édouard Brunie : Alors, nous verrons si elle a fait des erreurs. Nous verrons si dans une semaine ou 2 nous ne sommes pas confinés pour 3 ou 4 semaines, l’an dernier au 16 mars nous étions confinés pour plusieurs semaines à cause d’une montée massive des cas. 

Robert Lafont : D’accord donc Anne Hidalgo vous ne l’excluez pas. Nous pouvons tout à fait rassembler les parti socialiste et les écologistes. Les écologistes ont un rôle fondamental. 

Jan-Édouard Brunie : Très important,  la campagne présidentielle va se jouer sur 3 niveaux, la sécurité qu’on oublie souvent mais qui est la première des libertés et qui est quand même aussi le moteur de la croissance, la liberté.  L’écologie qui est très important depuis toujours,  je suis un écologiste convaincu d’ailleurs, je ne peux pas dire le contraire. 

Robert Lafont : Même si ça a été un peu caricaturé par les politiciens. 

Jan Édouard : Le problème c’est que l’écologie est trustée par les gens de gauche et ça devrait être un sujet d’ailleurs de droite, bien évidemment conservateur, je suis le premier à dire que le conservatisme d’une certaine manière est écologique et que l’écologie est conservatrice, donc oui ça devrait plutôt être un sujet dont la droite devrait s’emparer. Donc il va y avoir la liberté,  la sécurité, l’écologie et la souveraineté et le souverainisme qui vont être les 3 moteurs de la bataille des candidats pour la présidentielle. 

Robert Lafont : Chez les verts vous voyez qui ? 

Jan-Édouard Brunie : Il y a M. Yannick Jadot, qui manifestement a pris la place. 

Robert Lafont : Qui est sympathique, qui ne fait pas trop peur. 

Jan-Édouard Brunie : Oui, qui est sympathique et pas mauvais en terme de communication, je ne vais pas donner de jugement, maintenant est-ce qu’il a les épaules, est-ce qu’il est aussi candidat à la présidentielle ? C’est un un job qui passe par un investissement personnel total, une sorte de sacrifice.

Robert Lafont : Est-ce qu’il en a envie ? 

Jan-Édouard Brunie : Non, je ne sens pas qu’il en ait l’envie, par contre, le fait qu’il puisse faire une association avec Taubira par exemple ou avec un candidat de gauche qui peut être Anne Hidalgo, c’est possible, Nous allons voir comment s’est en train de se mettre en place. Moi, je n’ai pas de signaux sur Paris dans ce sens-là, c’est aussi les problèmes d’égo, qu’il y a toujours, à droite comme à gauche, est-ce que les gens vont arrivent à s’associer ? 

Nous savons  seulement que Mélenchon, avec les communistes, va arriver à trouver des accords. 

Robert Lafont : Selon vous Mélenchon sera-t-il moins fort que la dernière fois ?

Jan-Édouard Brunie : Oui moins bon. 

Robert Lafont : D’accord, donc le match va se jouer un candidat d’autorité, qui arrivera à rassembler. Bertrand a le problème d’ Édouard Philippe pour effectivement être trahi au dernier moment et aller chez Emmanuel Macron. Macron est le candidat le mieux placé mais fatigué par ses crises à répétitions. 

Jan-Édouard Brunie : Oui, mais il a des ressources et il a le pouvoir médiatico-financier derrière lui, il a aussi des députés qui voudront garder leur poste et qui vont faire un travail de fond, et son bilan n’est pas si mauvais que ça sur des aspects profonds concernant l’État, il hérite quand même de 15 ans/20 ans de très mauvaise gestion de l’État Français. Il commence à mettre en place des réformes importantes, nous ne pouvons pas dire qu’il manque de courage au niveau réformateur. Et nous avons, Christiane Taubira qui va être, à mon avis, quelqu’un de sérieux à gauche qu’il faut considérer et avec une capacité de rassemblement vis-à-vis de Ségolène Royal, de François Hollande et de Montebourg qui est clair, si elle se déclare candidate elle récupèrera toute une grande partie de la gauche. 

Robert Lafont : D’accord, Jan-Édouard Brunie, c’est très clair, une analyse au scalpel, qui est original et franche et qui nous donne une bonne vision de ce qui se met en place, en tout cas on vous remercie énormément et je conclurai en disant que les Français souhaitent vraiment une chose, c’est que le pays se redresse et qu’on redevienne un grand pays. 

Jan-Édouard Brunie : Que la France redevienne la France, pas… que la France reste la France ! mais que la France soit la France. 

Robert Lafont : Jan-Édouard Brunie, merci pour ce quart d’heure de projections et de psychanalyse politique. 

Jan-Édouard Brunie : C’est moi qui vous remercie. 

Retranscription de l’entretien réalisée par Angelina Hubner

Retrouvez l’entretien complet sur EntreprendreTV

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