Pour un entrepreneur, le talent consiste aussi à savoir durer

L’exemple de la presse économique est édifiant.

Les lois du business s‘approchent souvent de celles de la nature. Pour réussir, encore faut-il savoir durer et parer aux différentes tempêtes. Celles qui ne manquent pas de s‘abattre un jour ou l‘autre sur un secteur, un produit ou un marché. C‘est la grande différence avec les collectivités publiques ou les organisations para-étatiques dont nous nous sommes fait une véritable spécialité. C‘est aussi une raison pour lesquelles les deux mondes, public et privé, ne se comprennent pas ou si peu.

Quand vous êtes dans le privé, à votre compte, que vous y engagez vos fonds, vous êtes toujours obligés à un moment ou à un autre d’être obsédés par le niveau de vos ventes. Dans un milieu concurrentiel, cela ne pardonne pas, s‘il n’y pas de clients, il n‘y a plus d‘entreprises. C‘est la grande différence avec la sphère publique. Où l’on peut à l’envie se passer de clients, de ressources propres et continuer d’entretenir sans limite nombre de strates administratives aussi coûteuses qu’inutiles. Autant de coûts qui dans le privé auraient été supprimés et depuis longtemps !

Si le génie consiste à durer, je ne peux m’empêcher dans le secteur qui est le nôtre, celui de la presse écrite, en tant que fondateur d’ « Entreprendre » (Lafont presse) de me montrer qu’admiratif devant le parcours d‘un Robert Monteux. A 84 ans, le patron de l’hebdomadaire financier « Le Revenu“ a su refuser toutes les offres de rachat (notamment de Prisma) et continue, me dit- on à 83 ans, à repartir de plus belle sur le numérique avec le recrutement récent d‘une Directrice Générale.

Pour la petite histoire, c‘est en 1974 que cet esprit libre au caractère bien trempé avait repris Le Revenu Francais  » (Journal créé en 1968 par la famille de l’ancien président du Conseil, Paul Reynaud) avec un certain Olivier Dassault, 23 ans à l’époque, avant que son grand-père, Marcel Dassault ne l’oblige à renoncer pour mieux se consacrer à ses études. Authentique !


À contrario, sans jouer les dinosaures, je ne peux n’empêcher de penser aux incroyables renversements de situation de mes confrères bien engagés sur ce créneau de la presse économique, et qui ont dû passer leur chemin à un moment ou à un autre. Du pionnier des créateurs d‘entreprises, le marseillais Gérard Touati avec le magazine « Créez !“, à John Martial, « Job Pratique » soutien aux auto-entrepreneurs, Bertrand Lobry très sérieux fondateur du magazine « Défis « sans parler de « A pour Affaires  » lancé par le géant de l’époque (la CEP de Gérard Bregou), où « L’Entreprise“ l’excellent magazine lancé opportunément par le regretté Jean-Louis Servan-Schreiber disparu récemment et à l’époque propriétaire de « L‘Expansion « , qui, Dieu merci, a formidablement réussi avec le magazine « Psychologies » jusqu‘à « Fortune France « de Lagardère, (dirigé par Gérald de Roquemaurel) ou « Dynasteurs  » des Échos.

Autant de magazines économiques emportés avec le temps et la montée du numérique. Certains ont réussi à durer « Capital « , « Challenges « , « Entreprendre  » : quand d‘autres ont mordu la poussière. C‘est la loi de l’économie de marché voire de la vie tout simplement. N‘oublions jamais qu’une entreprise reste un organisme vivant et fragile par définition et qu’ il y a toujours un risque de défaillances. On le mesure bien sur plusieurs décennies dans le secteur de la presse économique, C’est vrai dans toutes les activités, celles de la machine-outil ou de l‘agro-alimentaire. Qui se souvient aujourd’hui du fabricant d’ordinateurs Micral (R2E) ou des camions Berliet ? Raison pour laquelle, il faut tout faire pour faire prospérer ces formes d’organisation qu’on désigne par entreprises, gages pour un pays d ’emplois, de devises et de prospérité. Raison aussi pour laquelle il n’est jamais bon de vouloir chercher à contenir le pouvoir d‘achat et les profits, comme on l’a fait en France depuis 40 ans, à l’encontre de ceux qui prennent le risque d‘entreprendre. Car, justement, beaucoup vont au tapis. Voire au Tapie !

Robert Lafont

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