C’est drôle, j’y pensais l’autre jour en regardant une vieille publicité pour du Champagne, probablement d’avant-guerre, faisant référence à la fameuse « gaieté française ».

Ne l’oublions pas, notamment les jeunes générations, notre pays a longtemps été réputé dans le monde pour sa capacité au bonheur et sa fameuse joie de vivre. Pendant longtemps, les Allemands avaient cette expression qui veut tout dire : « heureux comme Dieu en France ». Dans L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (parue en 1751-1772), le prolifique chevalier Louis de Jaucourt précise dans le caractère des nations que les Français sont portés, je cite, par : « la légèreté, la gaieté, la sociabilité, l’amour de leurs rois…».


En 1947, Charles Trenet chantait Douce France quand Maurice Chevalier, grand séducteur  poussait sa chansonnette  : « dans la vie, faut pas s’en faire ».
Avec le départ de Jean- Paul « le Magnifique
 », tout le monde semble redécouvrir cette joie de vivre telle qu’il l’incarnait. L’acteur Gilles Lellouche rappelle dans Le Parisien qu’il l’a toujours vu sourire : « C’était un bain de jouvence, il était l’incarnation du plaisir de vivre. On a pu voir sa force même sur ces derniers mois, il est resté souriant et positif …»

Dans une interview télévisée, Belmondo rappelle à Audrey Crespo-Mara qui ne sait plus quoi répondre « qu’il ira mieux après 100 ans ». Un optimisme de bon aloi. Il ne faut jamais dire du mal de son voisin. Belmondo ne critiquait jamais personne. Il avait mieux à faire, comme vivre par exemple.

Ce n’est pas un hasard si Jean Dujardin a éprouvé le besoin dans une parodie sans pareil de rejouer les Belmondo avec ses impayables OSS 117. Pourquoi pas, cela fonctionne assez bien tant on a besoin de renouer avec cette fraîcheur, loin du cynisme et des intempéries de nos sociétés aseptisées et normées d’aujourd’hui, où on passe plus de temps derrière un écran qu’à regarder ou échanger dans la vraie vie …


Une innocence propre aux années 60/70 où on pouvait se lever le matin sans savoir qui on allait rencontrer et où on pouvait trouver un job en 24 heures « au coin de la rue  » comme le dirait notre président à juste titre (dans les bistrots). Alors, certes, « tout n’était pas mieux avant ». Mais au moins pouvait-on se promener tranquille le soir dans les rues de la plupart de nos villes et quartiers. Quand aux filles, si elles se faisaient siffler ou draguer et cela n’allait guère plus loin.


La société de violence, d’indifférence et d’anonymat qui caractérise nos sociétés modernes ne ressemble guère au monde bon enfant de Jean-Paul Belmondo et de sa bande d’amis comme dans un film de Claude Lelouch.


Belmondo incarne cette, insouciance, ce goût de vivre et même aussi une certaine ambition ou réussite professionnelle. Un enfant de la balle propulsé par le génie de Jean – Luc Godard et transmuté, après « A bout de souffle » en parfait héros des « trente glorieuses », la période précédant celle des années Tapie. D’ailleurs, celui-ci aurait-il été aussi inspiré s’il n’avait pas fantasmé comme beaucoup sur grand écran sur le succès ravageur de Belmondo, son héros dans « l’Héritier » ou « le Magnifique » ?


Avec sa disparition, c’est une forme de gouaille parisienne, celle des bistrots et aussi une forme d’élégance qui s’éloignent. Élégance vestimentaire mais également et surtout élégance du cœur. La manière (que l’on apprend aujourd’hui à travers tous les nombreux hommages qui lui sont consacrés) dont il allait rendre visite chaque jour à sa pauvre mère aveugle force le respect. Star parmi les stars aux côtés d’Alain Delon ou Brigitte Bardot, Jean – Paul est d’abord resté un fils. Au delà des frasques, un garçon éduqué, respectueux et qui n’a jamais oublié d’où il venait. Voir le combat qu’il a mené pour mener à bien le projet de musée Paul Belmondo à Boulogne- Billancourt, entièrement dédié à son père, le sculpteur.


Au delà de ce tempérament et de cette bienveillance aimable et chaleureuse, c’est cette part de France heureuse, gaie et qui réussit que nous avons besoin de conserver au fond de nos horizons, que ceux- ci soient collectifs ou individuels. Ne n’oublions pas.
Le pays ne se relèvera pas sans renouer avec cet esprit de gaieté. Merci Jean- Paul de l’avoir si bien incarné. Oui cher Pascal Praud, vous avez eu raison de rappeler sur RTL ou CNews l’anecdote de la Baule où vous avez vu de vos propres yeux cette scène avec, les passants applaudissant spontanément dans la rue au passage du vieil acteur fourbu au sortir d’un restaurant. Même fatigué, il reste le magnifique à nos yeux avec une gaieté si française avec laquelle il nous faut vite renouer … sous peine de faire vraiment fausse route !

Robert Lafont

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici

deux × deux =