Il y a un an, les premières infos sur une « nouvelle pneumonie » commençaient à circuler dans les médias ; l’humanité ne le savait pas encore, mais elle était sur le point de prendre de plein fouet un choc comme elle n’en avait que peu connu jusqu’alors.

Un événement, qui n’aurait jamais dû se produire, qui pourtant est arrivé, et a des conséquences essentielles sur le destin de chacun d’entre nous, c’est ce que Nassim Taleb, financier devenu philosophe, appelle un « Cygne Noir ». Il applique ce modèle à presque toutes les découvertes scientifiques  majeures, telle l’invention de la pénicilline, et à des moments historiques cruciaux, comme la chute de l’URSS ou les attentats du 11 septembre 2001.  

Cet ancien trader a acquis sa renommée à l’occasion  de la crise financière de 2008,  anticipée par lui dès 2007, ce qui l’avait alors lancé sur la scène mondiale, à titre de surdoué de la gestion du risque. Sa méthode, il la résume en une formule : « comment éviter de traverser la rue les yeux bandés ». Il faut croire qu’effectivement il sait comment s’y prendre, puisqu’Universa Investment, le fonds qu’il conseille, affiche un rendement supérieur à 4000% depuis le début de la pandémie !

Pourtant, interrogé par Cécile Philippe de l’institut économique Molinari, Nassim Taleb a lui-même clairement déclaré dans les colonnes du journal La Tribune que la pandémie n’était pas un Cygne Noir, mais que, bien au contraire, c’était un Cygne Blanc, « un risque dont il était pratiquement certain qu’il se concrétiserait à un moment donné ». A l’appui de sa démonstration, sa propre action auprès du gouvernement de  Singapour, préparé à cette éventualité depuis 2010, et n’affichant à ce jour que 29 décès dans sa population ! Dans le même article, il est aussi rappelé que, dès 2003, Didier Raoult, qui ne déclenchait pas encore de polémiques, avait prévenu le ministre de la Santé de l’époque : « le risque épidémique par les maladies transmises par voie respiratoire est extrêmement important », avait-il écrit dans son rapport.

Les étals du marché Huanan de Wuhan

Aurait-il été possible d’éviter la catastrophe sanitaire Covid-19 ? C’est la réponse à cette question qu’une commission de l’OMS est allée chercher en Chine. Pour son directeur général, le moment est venu de tirer les leçons de cette crise : « pendant trop longtemps », a-t-il déclaré, «le monde a fonctionné selon un cycle de panique et de négligences. Nous jetons de l’argent sur une épidémie et quand elle est  terminée, nous l’oublions et ne faisons rien pour empêcher la suivante ». Ancien chef épidémiologiste de l’OMS,  David L. Heymann surenchérit en insistant sur ce qui est fondamental, « comprendre l’importance d’être bien préparé pour la prochaine épidémie quand elle surviendra ».

Pour mettre fin à cette répétition du malheur, l’OMS a composé son équipe de docteurs Watson ; dix experts en virologie, santé publique, zoologie et épidémiologie, venus des cinq continents, ont, pendant quatre semaines, observé et analysé  la situation. Malgré certaines difficultés au départ de leur mission, ils sont finalement arrivés à Wuhan le 14 janvier dernier, et ont  pu visiter tous les sites incriminés dans l’origine et l’extension de la pandémie . Après avoir étudié l’ensemble des éléments ainsi recueillis,  ils ont conclu à une transmission du coronavirus depuis un premier animal, sans doute une chauve-souris, puis un deuxième, peut-être d’élevage celui-là, avant une contamination à l’homme.

 C’est l’hypothèse « la plus probable », a avancé le danois Peter Ben Embarek, spécialiste des zoonoses et chef de la délégation de l’OMS. Mais rien n’est scientifiquement établi à ce jour, sauf que le pangolin meurtrier du début  est maintenant mis hors de cause ! C’est donc que le marché n’est pas le lieu d’origine de l’épidémie, même s’il reste celui d’une contamination très importante. Le docteur Embarek a, de plus, conclu qu’il était « extrêmement improbable » que le coronavirus  provienne du laboratoire de virologie de la ville.

Par ailleurs, ce groupe d’experts a démontré qu’il était réellement indépendant en  n’hésitant  pas  à renvoyer dos à dos les responsables de l’OMS et les autorités chinoises, « l’OMS et Pékin auraient pu agir plus vite au début de l’épidémie de Covid-19 », notent-ils dans leur rapport ; et ils ajoutent, « la propagation du virus a bénéficié d’une  épidémie en grande partie cachée ». Pour eux, du côté chinois, des mesures de santé publique auraient dû  être appliquées plus strictement dès le début de 2020, et du côté OMS, il y a eu trop de tergiversations avant de déclarer l’urgence internationale. A l’heure actuelle, et plus d’un an après le début de la pandémie, il se pose encore beaucoup de questions, et il n’y a toujours que peu de réponses. Les membres de la commission d’enquête ont ainsi été unanimes à reconnaître qu’ils ont encore «besoin de temps et d’efforts pour comprendre » ce qui s’est passé.

Cent ans de spéculations

Seule une autre pandémie a pu faire, dans le passé, l’objet d’une enquête internationale, parce qu’on disposait déjà à cette époque de moyens scientifiques d’investigation ; c’est celle de la grippe espagnole. Commencée dès 1918, elle ne trouvera sa conclusion qu’en 2014, près d’un siècle plus tard !

Depuis les grandes épidémies de peste noire de la Renaissance, l’Occident croit dur comme fer que la Chine est le berceau de toutes les effroyables épidémies qui arrivent chez lui, les savants d’alors ont donc commencé par y rechercher un « virus père » , qu’ils ont cru identifier dans les rangs d’un bataillon américain ayant séjourné dans la région de Canton. Mais, les chaînes de contagion n’ayant pu être remontées, cette piste fut abandonnée.

Les dernières recherches sur le terrain ont eu lieu en août 1998, au Spitzberg, où l’anthropologue Kirsty Duncan, future Ministre des Sciences du Canada, a exhumé les corps de mineurs morts de la grippe espagnole, pour faire le séquençage génétique du virus. La piste de son origine nord-américaine a été confirmée à cette occasion, mais il faudra attendre encore plusieurs années, jusqu’en 2014 pour être précis, pour comprendre ce qui s’était vraiment passé en 1918, grâce à l’identification du patient zéro, un fermier du Kansas, mobilisé pour aller faire la guerre en Europe. Contaminé par l’une de ses volailles, elle-même contaminé par une oie sauvage, il arrive dans le camp militaire où il est assigné, et où il va répandre la maladie mortelle.

Alors, vous êtes curieux et impatient de connaître la vérité, toute la vérité sur l’origine de la pandémie Covid-19 ? Rendez-vous en… 2115 !

Dr Catherine Muller
Membre du comité scientifique de SOS Addictions
Docteur en psychologie
Member of the World Council of Psychotherapy
Member of the American Psychological Association

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