A Milan, Charles Najjar, qui a réussi sur les marchés financiers et qui a lancé, il y a 3 ans, sa start-up Fibler, s’affaire autour de ses crèches, qu’il dépoussière avec soin. Visiblement, c’est un passionné. A Assise, il projette même d’ouvrir un musée où s’exposeront ses 600 crèches.

Il vit entre Milan, Assise et Paris. Ce jeune cinquantenaire, marié, et père de deux filles, est né à Beyrouth, presque sous les bombes. « Oui, je me souviens très bien de la guerre, qui a duré entre 1975 et 1990. Ces années furent traumatisantes à différents niveaux. Mais, paradoxalement, elles m’ont permis de mieux comprendre le sens de ma vie et de continuellement questionner ma foi. » Au début des années 90, il quitte le Liban pour effectuer ses études supérieures en Economie et en Finance à Assas, Dauphine et HEC. En décembre 1995, lors d’une balade hivernale autour de l’hôtel de ville de Paris, il tombe amoureux-fou de la crèche réalisée par l’artiste Angela Tripi.

« La ville de Paris mettait à l’honneur cette crèche sicilienne, qui est d’une magnifique beauté. Sur le parvis, un spectacle magnifiait, encore plus, ses figurines. Plus tard, j’ai eu la chance de rencontrer l’artiste dans son atelier à Palerme, avec son mari Damiano. Depuis, nous sommes devenus très amis. » La petite collection de crèches, que Charles avait commencée au Liban, en fabriquant ses propres santons, prenait, à cet instant, tout son sens. Angela Tripi le fascine, tout comme ses santons qui sont en terre cuite, drapés précieusement de vêtements en tissus tous différents. Comme si la haute couture italienne s’était donnée rendez-vous à Palerme, dans l’atelier d’Angela. Charles Najjar, de son côté, voyage dans le monde entier, pour des raisons professionnelles. Lors de ses flâneries à travers les ruelles du monde, il recherche sa perle rare : la crèche typique du pays.  

Aujourd’hui, sa collection ne rassemble pas moins de 600 crèches. Elles viennent d’Afrique, d’Amérique, d’Asie, du Japon, du Mexique, de Bolivie, du Pérou, de France, d’Italie, de Suisse, de Pologne, etc. Bref, du monde entier.

Sur les traces de Paul Chaland

Sa passion devient presque dévorante lorsqu’il a l’occasion, en novembre dernier, de faire l’acquisition de la crèche d’Angela Tripi. Celle qu’il a vue en 1995. Cette crèche fait partie de la collection de Paul Chaland, qu’il rachète en grande partie. « Lors d’une vente aux enchères, je découvre Paul Chaland, qui fut rédacteur en chef de Paris Match, puis, de Marie-Claire avant de devenir un ‶ fou de crèches ″, comme il se présentait lui-même. Imaginez-vous que sa fascination des crèches lui est venue à la fin des années 70, lors de la découverte d’une crèche animée exposée en public sur la place du Duomo à Milan. Là où je vis aujourd’hui. C’est incroyable ! » Séquence intemporelle, quand le hasard des rencontres et celui des passions communes s’alignent comme des étoiles. Charles préfère y voir la main de la « Providence ».

Autre coup de cœur de Charles : Assise. Cette ville est le berceau de la vie franciscaine. Elle est, aussi, le berceau de la crèche et des premiers santons. Ces petits personnages que fabriquaient saint François, qui est connu pour être l’inventeur de la crèche. Il est, d’ailleurs, le saint patron des santonniers. La première crèche du monde fêtera ses 800 ans, en 2023. Charles, on le voit dans ses yeux, qui brillent, est resté un grand enfant. Lui, l’expert en investissements financiers, qui ne cache pas que le prochain krach boursier serait devant nous, et, qui vient de lancer, après deux années de recherche et de développement sa start-up Fibler, qui propose des solutions de consultation entre les cabinets d’expertise et leurs clients, envisage de créer un musée dédié à sa passion. « Je recherchais une maison de campagne à Assise. J’aime beaucoup cette ville qui ressemble, d’ailleurs, à un décor de crèche, en grandeur-nature. Lors d’une énième visite, je suis tombé sur un local qui m’a tout de suite inspiré. Je l’ai acheté pour le transformer en musée. » Ouverture prévue en 2022.

La passion de Charles est débordante. Avec ses quatre vies : dans la finance, dans les nouvelles technologies, dans les crèches, et, dans l’écriture, il vient de se lancer un nouveau défi : faire connaître le linceul du Turin dont il est convaincu de l’authenticité après avoir mené une très longue enquête. A quelques jours de Noël, de la naissance du Christ à Bethléem, Charles, avec ses grands yeux verts ressemblerait au Petit Prince. Ses passions, ses coups de cœur, il veut les offrir aux regards du plus grand nombre, à commencer par celui des tout-petits.

Antoine BORDIER

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