L’industrie pharmaceutique abandonnerait les molécules les plus anciennes au profit de nouveaux médicaments vendus bien plus cher. C’est l’analyse du Professeur Didier Raoult, directeur de l’IHU Méditerranée Infection, qui met en garde contre ces pratiques commerciales qui se généralisent en Europe et aux Etats-Unis.

« Nous sommes au milieu d’une évolution qui est l’obsolescence généralisée. Nous voyons bien sur le plan commercial qu’il y a une obsolescence programmée de nos téléphones, de nos ordinateurs. Au bout d’un moment, on ne peut plus les utiliser parce que les programmes sont tellement complexes que les anciens modèles ne sont plus capables d’absorber. Nous sommes donc obligés d’acheter les nouveaux, c’est ce qu’on appelle l’obsolescence programmée.

Certains ont voulu appliquer l’idée de l’obsolescence des médicaments anciens, ce qui n’a pas de sens, car une molécule n’est jamais obsolète, elle est éternelle. Et au contraire, nous avons une situation qui est devenue complètement fantasque : les médicaments les mieux connus au monde, les moins toxiques du monde ont été considérés comme étant des poisons dangereux.

Cela a été le cas avec l’hydroxychloroquine.

Cela concerne essentiellement l’Occident. Ailleurs, on continue à l’utiliser, car quand vous avez le choix entre prendre un médicament qui coûte rien et qui a pu être prescrit jusqu’à un milliard de personnes par an, vous en connaissez bien la toxicité. Il y a une vraie réflexion, qui n’est pas que française, qui est aussi européenne et américaine, sur le fait de vouloir à tout prix que les vieilles molécules soient obsolescentes et que l’on paie très cher des médicaments.

Il y a des réseaux qui se sont créés dont l’objectif est effectivement de lutter contre les médicaments anciens. Ce qui est assez intéressant, c’est que la plupart des gens que j’ai vus là-dedans n’étaient pas des scientifiques de très haut niveau. 

Il faudra bien qu’à un moment les politiques s’emparent de cela car je vous assure que pour l’instant l’Extrême-Orient et la Chine sont focalisés sur la reconversion des molécules anciennes, car ils ont bien compris que ce n’était pas la peine de réinventer toute la toxicité, de perdre 10 ans pour mettre au point un médicament alors qu’un médicament plus ancien fonctionne dans une autre indication et ne coûte rien.

C’est le modèle de la création de nouveaux médicaments qui est obsolète, ce ne sont pas les médicaments. Ce modèle-là s’est tari au 21e siècle. Il y a très peu de nouveaux médicaments qui permettent de changer l’espérance de vie et il va bien falloir abandonner ce modèle.

Ce ne sont pas les molécules qui sont obsolètes, c’est un contresens. Les molécules sont éternelles et la plupart d’entre elles étaient même là avant nous. La plupart des molécules sont des modifications de molécule qui existent dans notre environnement. Maintenant ce modèle de la créativité de molécules pour répondre à des problèmes de santé publique majeurs, est un modèle en très grande partie dépassé. Ce qu’il faut maintenant, ce sont des modèles de détection précoce, des modèles de surveillance à la maison. Tous ces paramètres que personne ne surveillait, maintenant il faut s’en occuper. Il y a un vrai modèle et comme tous les changements de modèle, il suscite des controverses et des agitations. Mais il faut faire attention de ne pas perdre la capacité de curiosité, d’innovation individuelle et de ne pas se transformer simplement en prestataire de service de l’industrie pour des médicaments qui seront vendus à des prix considérables et qui dépassent la valeur ajoutée thérapeutique. »

L’intégralité de cet entretien est à retrouver sur la chaine Youtube de l’IHU Méditerranée-Infection

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