Aux obsèques de Bernard Tapie à Marseille, il n’y avait pas de juge et encore moins de représentants du Crédit Lyonnais…

ObsËques de Bernard Tapie ‡ la cathÈdrale de la Major ‡ Marseille le 8 octobre 2021

Vendredi 8 octobre. 10 heures du matin. Quand on se rapproche de la Cathédrale Sainte Marie-Majeure par la rue Mazenod, sa proue, telle un navire échoué, semble, d’en bas, inatteignable.

Un majestueux escalier à double révolution vous y conduit. Elle apparaît alors, à contre-jour, orientale à souhait, bordant le port et l’eau scintillante de la Méditerranée où s’alanguissent quelques ferries fumants, hauts comme des immeubles de dix étages, tournant pudiquement le dos à son parvis.

On passe soudain du calme au bruit. Les premiers supporters de l’OM sont déjà là, toutes écharpes dehors malgré la chaleur naissante. Il faut dire qu’après trois jours de commémorations folles, leur ardeur n’a en rien faibli. Banderoles, photos géantes, chansons glorieuses, cris, incantations et ovations reprises en chœur par une foule bigarrée et diverses, unie par le bleu et blanc du club, tout est bien là, sous la houlette de quelques « bateleurs » quasi professionnels, reconnus et dument habilités. Emouvant de vérité, de ressenti et curieusement ne détonnant pas avec l’atmosphère recueillie de la cérémonie commençante dans la cathédrale inondée de lumière.

Accueil, liste, contrôle professionnel, guidage poli et efficace vers le transept à gauche, à quelques mètres des micros dressés au pied de l’autel pour les hommages traditionnels.

Vue privilégiée vers la nef qui se rempli progressivement sous les applaudissements sporadiques des invités aux passages de « gens connus ».

A droite, la famille, digne et soudée, Dominique, Laurent, Sophie et les autres. On sent confusément que l’on va partager un long moment d’intimité avec leur souffrance. Leur soulagement peut-être après tant de mois, d’années de douleur…

A gauche, les « officiels ». Christophe Castaner avec son masque noir, seul symbole d’un deuil improbable, dont on se demande encore la raison de sa venue…

Et tous les autres, légitimes, amis et liés à Bernard Tapie depuis des années comme le démontreront leurs interventions, toutes justes et incroyablement émouvantes.

Et la foule des anonymes, emplissant la nef tour à tour de murmures complices ou de recueillements silencieux.

Mais aucun juge et aucun représentant du Crédit Lyonnais…

Vient le temps des hommages au micro de l’autel.

Un évêque (récemment nommé, Monseigneur Jean-Marc Aveline) remarquable dans son prône : « croyants et non croyants nous partageons la même peine »… Il m’aurait presque réconcilié avec le Vatican…

Un Renaud Muselier criant de vérité sur l’efficacité de leurs convictions communes durant tant d’années, contribuant entre autre à la réussite de la finale de la Ligue des champions de l’UEFA, à ce soir du 26 mai 1993 où la vie semble s’être figée dans une éternelle victoire devenue culte pour les marseillais et installant à Jamais Tapie au Panthéon du Foot.

Un Jean-Louis Borloo poignant jusqu’aux larmes citant tout à la fois Barbara « ma plus belle histoire d’amour c’est vous » et Kipling « alors tu seras un homme mon fils » illustrant à merveille les plus de quarante années passées en grande complicité d’affaires (peut-être dans toutes les acceptions du terme !) avec « son Bernard »…

Un Maire de Marseille – Benoit Payan – sans doute un peu trop jeune pour évoquer les mêmes souvenirs que ses prédécesseurs, mais convaincant sur l’impact qu’aurait à jamais Tapie auprès des marseillais puisqu’il avait choisi que sa dernière demeure soit aux pieds de la « Bonne Mère »…

Une Samia Ghali qui, sans note, prononça un vrai discours d’amour, d’authenticité et de partage sur leurs actions communes au service de la ville et des plus modestes. Seules les femmes comme elle ont le talent, le cœur, la justesse des mots et des émotions que leur sincérité favorise.

Un surprenant et Guadeloupéen « Père Marcel » dont on découvre qu’il a accompagné Bernard Tapie dans les longs mois de sa maladie. Il nous fait la révélation d’un Tapie croyant, priant au pied de son lit, implorant l’aide de dieu (ou Dieu ?). Tapie de contrastes entre la gloriole quasi « jobardesque » des années fric et l’humilité récente face à la maladie…

Etonnante prophétie de Claude Lelouch qui, en 1996 – il y a plus de vingt-cinq ans (!) – dans « Hommes, Femmes, mode d’emploi » faisait déjà jouer à Tapie le rôle d’un homme face à son cancer…

Mais toujours aucun juge et aucun représentant du Crédit Lyonnais…

Puis, vint le temps des enfants et petits enfants (et d’un arrière petit-fils – Hugo) toutes et tous plus beaux et émus les uns que les autres, distillant de l’amour et des anecdotes tellement révélatrices de l’affection qu’ils portaient à leur héros de grand-père et inversement.

On y découvre un Bernard Tapie à l’opposé du personnage public. Un homme qui se nourrit des moments familiaux, qui revient chaque fois qu’il le peut dans son nid de la rue des Saint Pères, qui insuffle que « rien n’est impossible », qu’il « suffit d’y croire » et, peut-être, que… « la fin justifie les moyens ».

Bref, la « gagne à la Nanard » version 6ème, Phocéa, Saint-Tropez et Combs-la-Ville, mêlée d’humanité, de fidélité et de tendresse.

Mais toujours aucun juge et aucun représentant du Crédit Lyonnais…

Une célébration ne se termine pas sans musique. Celle-là ne fait pas exception à la règle. Une violoniste terriblement émue et talentueuse glisse sur ses cordes des notes divines tandis que l’orgue la suit de loin sans rivaliser ni l’écraser…

Un Ave Maria émane ensuite d’une gorge puissante et pure qui, sans excès, nous entraine à une méditation silencieuse et recueillie, tandis-que l’orgue, là encore, la suit toujours de loin…

Bref, tout était là pour nous faire partager dans une collectivité individuelle, la sensation que nous avions ici vécu ensemble un moment rare aux côtés d’un homme dont nous ne connaissions qu’une partie des traits mais qui, après Halliday et Belmondo nous rendait orphelins de nos propres trente ou quarante dernières années.

Mais toujours sans aucun juge et aucun représentant du Crédit Lyonnais…

Deux heures après l’entrée dans la cathédrale, la sortie sur le parvis ne faisait que confirmer cette sensation.

A ceci près que les aficionados nous attendaient bruyamment, toujours avec les mêmes « meneurs de revue », les cris et les chants, les bannières et les fumigènes, le mélange des VIP et du bon peuple de Marseille.

Près des grilles, la longue Mercedes noire dans laquelle s’étaient retrouvés le cercueil et, après tant de mains serrées et de baisers fraternels, Dominique son épouse, paraissait un havre de paix où un silence relatif devait offrir un répit mérité pour ce couple qui vivrait longtemps encore ces moment parisiens et marseillais que nous avions grâce à eux partagés.

Mais toujours sans aucun juge et aucun représentant du Crédit Lyonnais…

Pourquoi cette antienne sur les juges et les banquiers ?

Comment ne pas imaginer que leur sauvage inhumanité, leur hargne mesquine, et leurs certitudes toutes énarquiennes, leur cruel mépris pour les conséquences de leurs actes tout aussi délictueux que ceux qu’ils reprochent aux autres – on rappellera que ce n’est pas son changement de nom en LCL qui absout les fautes passées du Crédit Lyonnais ! – ne soient peu ou prou à l’origine du KO debout du petit garçon du Bourget devenu gloire française pour beaucoup d’entre nous.

Comment ne pas imaginer qu’à quelques jours du rendu du jugement (dernier ?) de la Cour d’Appel, Bernard Tapie ait accepté la mort, ultime pied de nez à ces juges et ces banquiers qui n’ont eu comme égard pour lui que de repousser le prononcé de ce jugement à fin novembre.

Comment ne pas imaginer ce qui va suivre et qui ne pourrait qu’agir sur l’impensable : salir la mémoire d’un mort qu’ils ont contribué à détruire après tant d’années de combats inégaux.

Seul un improbable remord les concernera peut-être au seuil de leur propre grand départ, mais une chose est certaine, ils n’auront jamais de telles funérailles.

Hervé Lassalas, accompagnant sa femme Laurence, amie depuis plus de trente ans du couple Tapie.

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