Agnes Pannier Runacher, ministre chargee de l'Industrie - Questions au gouvernement a l'Assemblee nationale, Paris, France, le 22/09/2020.

Face à Éric Zemmour, le 30 avril dernier sur CNews, notre jeune ministre chargée de l’industrie, Énarque et HEC de 46 ans, faisait mine de ne pas accorder d’importance à la nationalité de l’actionnariat des entreprises. Pour elle, l’essentiel étant qu’elles puissent produisent sur le territoire.

Le raisonnement est habile, tant il vaut mieux que Toyota installe une usine à Valenciennes plutôt qu’à Hambourg, et qu’il eût mieux valu qu’Elon Musk choisisse Strasbourg plutôt que Berlin, comme il l’a fait, pour installer sa future usine géante d’automobiles électriques. Sauf que le raisonnement ne vaut pas à long terme. Dans une économie globalisée, la nationalité d’origine d’entreprise protège toujours plus  les usines, les sièges sociaux, les centres de recherche , les emplois et les investissements en final

Une condition nécessaire mais pas suffisante. On se souvient que Renault a préféré fermer d’abord Vilvoorde en Belgique plutôt que de le faire pour un de ses établissements dans l’hexagone.

Agnès Pannier-Runacher doit réviser ses classiques. Rajoutons aussi que la nationalité du capital reste également un élément essentiel de souveraineté : selon le vieil adage : « qui paye, commande !“. Certes, elle hérite d’une situation tragique où depuis 30 ans, notre appareil politique, n ‘a fait que s’acharner sur notre tissu industriel au point de connaître aujourd’hui le plus bas taux d’industrie dans le PIB de tous les pays européens, avec 12,4 % chez nous contre 20,3 % outre -Rhin. Un triste record que le gouvernement cherche certes à inverser avec la baisse des impôts de production, le rôle actif de BpiFrance ou l’octroi de prêts participatifs pour 11 milliards d’euros par France Relance.

Tout cela est bel et bon, mais Zemmour n’avait pas tord d’insister sur le caractère un peu général du saupoudrage. Le risque est grand d’aider autant des multinationales américaines ou chinoises à se développer simplement parce qu’elles disposent d’usines sur notre territoire . Au lieu de ne privilégier et de mettre le paquet que sur le seul cas des entreprises à dominante française. (On estime à 40 % la part de l’industrie française aux mains de groupes étrangers.Rien qu’en Ile-de -France, c’est plus de 620 000 emplois qui collaborent pour un groupe international !).

Observez ce qui se passe en Allemagne ou le fameux tissus de PME familiales et régionales  » Mittelstand  » s’aide et s’entraide à foison, privilégiant  toujours les solutions allemandes avant que de s’offrir à un étranger. Voir par exemple le merveilleux mariage entre Porsche et Vollkswagen. Ce n’est qu’un exemple, mais c’est un modèle à suivre. Nous avons trop longtemps cru naïvement qu’un capitalisme sans capitaux était possible. C’est encore mons vrai dans le secteur industriel, car investir sur des usines nécessite de l’argent et des capitaux
propres. C’est peut être une des raisons pour lesquels, à contrario, notre pays est devenu un champion des services (Sodexo, Atos, Cap Gemini, ou Worldline, Atalian, Téléperformance, Fiducial ou Publicis…).


Madame Agnès Pannier-Runnacher fait ce qu’elle peut pour rendre la mariée du tissus industriel hexagonal plus beau qu’il n’est, et elle est bien dans son rôle de ministre. Mais si elle veut pouvoir inverser durablement la tendance, elle devra viser à supprimer l’ensemble des impôts de production, flécher et privilégier les investissements et financements de France Relance vers les seules entreprises françaises, chercher à exonérer les successions d’entreprises familiales, baisser les charges sociales, augmenter les fonds propres par la création d’un fonds souverain français (France Economie, comme le fonds norvégien, avec un capital souscrit en bourse par tous les citoyens ) et aussi favoriser l’achat par les administrations du made in France. Un seul exemple, les PC Thomson (dont le siège et les capitaux sont français) ne sont toujours pas prioritaires pour les équipements de l’Education nationale. La route est longue pour redevenir le grand pays industriel que nous souhaitons tous redevenir. Alors autant commencer tout de suite.

Robert LAFONT

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