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Atos, un fleuron en proie à tous les dépeçages ?

Il y a pourtant moyen, malgré son endettement, de sauver l’intégrité du géant français de l’informatique.

Bruno Le Maire (Photo d'Eliot Blondet/ABACAPRESS.COM)

Un incroyable gâchis industriel. L’ex-McKinsey, grand redresseur d’entreprises, Axel Rückert n’en démord pas : « Il fallait éviter le démantèlement, geler le cours de bourse, rassurer les gros clients, remobiliser le personnel et surtout afficher une stratégie de long terme. J’ai l’habitude, c’est mon métier. Les syndicats semblaient être sur cette ligne… » Ce consultant franco-allemand de haut vol ne cache pas sa déception : « on prend le problème à l’envers, on s’occupe de la finance alors que c’est la viabilité économique à terme qui compte ! »

Le géant français est aujourd’hui l’objet d’un vaste casino géant presqu’à ciel ouvert : l’objet de toutes les convoitises : « J’ai pourtant tout fait, contacts avec Bercy et Bruno Le Maire, rameuter la presse mais à part Entreprendre, personne ne m’a relayé », m’indique au téléphone ce grand manager franco-allemand encore sous le choc de découvrir nos drôles de mœurs alors qu’il y a péril en la demeure.

Pourtant, dans ce dossier, Herr Rückert n’avait rien à gagner « à part des coups ! » Il connaissait pourtant personnellement nombre d’acteurs de Paul Hermelin à l’ancien patron d’Airbus, de SAP ou des dirigeants de Microsoft ou Google aux États-Unis, qui auraient pu apporter un vrai plus dans la remise à flot de l’ancien groupe de Thierry Breton. La technostructure politico-financiere parisienne visiblement en a décidé autrement.

Jean-Pierre Mustier, l’homme lige qui avait été choisi pour diriger Atos est aux abonnements absents. C’est à peine si cet ancien banquier star de la Société Générale de 62 ans a daigné répondre au plan de Rückert. Un peu comme si la messe avait été dite avant même d’avoir commencé. Le microcosme franco-français s’est déployé dans toute sa splendeur faisant jouer tous ses réseaux pour se diriger vers une stratégie de vente à la découpe, et mettre en pièce l’avenir de l’un de nos plus beaux fleurons. Comme il l’avait déjà fait précédemment pour Alcatel, Technip, Lafarge ou Alstom. Visiblement, la leçon n’a pas été retenue.

Le gâchis économique risque d’être énorme. Bruno Le Maire a certes indiqué vouloir sauvegarder la partie stratégique d’Atos, en sanctuarisant les actifs souverains comme celui des supercalculateurs. Mais est-ce bien suffisant ? La présence sur le territoire national d’un fleuron comme Atos dans sa globalité est un atout de poids à préserver en priorité. Et assister au dépeçage de ses différentes activités reste troublant. Entre le milliardaire franco-tchèque Daniel Kretinsky (qui bizarrement aurait les faveurs de l’Elysée) et le fonds américain Bain capital, géant du private equity avec 180 milliards de dollars d’actifs, qui a déjà jeté son dévolu en 2022 sur le français GFI, repris avec ses 28000 consultants et son volume d’affaires de 2,5 milliards de dollars, les candidats affluent.

Rebaptisé Inetum, l’ex-GFI, le numéro quatre du marché français (derrière Capgemini, Atos et Sora Steria) veut grandir par croissance externe et Atos est la cible rêvée. Daniel Kretinsky continue sa course folle. Après Casino, FnacDarty, Editis et une position minoritaire dans ThyssenKrupp, le milliardaire vise le numérique et le cyber d’Atos. Il y a de quoi s’interroger. Le rôle laissé à l’outsider David Layani, président de One Point (actuel premier actionnaire d’Atos) aidé en cela par le financier Walter Butler, laisse comme un goût d’inachevé. Il y avait de quoi donner naissance à une belle saga entrepreneuriale hexagonale.

Visiblement, les officines et banques d’affaires gravitant autour du pouvoir, donnent l’impression de vouloir jouer autrement. Il est vrai que les commissions et les missions sont plus rémunératrices au prorata du montant des transactions. Vous avez remarqué que dans ce dossier, on n’a pas entendu Monsieur Roland Lescure. Visiblement sur le sujet, le ministre de l’industrie n’a pas son mot à dire. Sur Atos, ce sont les banquiers d’affaires qui tiennent la main.

« La politique industrielle de la France ne se fait pas à la corbeille » avait dit en son temps le Général de Gaulle. Non, elle se fait désormais avec l’assentiment des banques d’affaires. Et cela avec la plus grande complicité des Énarques qui nous gouvernent. Cela est-il judicieux ? Nos confrères de la presse économique ne sont guère nombreux (excepté certains indépendants tels Didier Testot, patron de la Bourse et la Vie), à s’en émouvoir. Il est plus que temps de ne plus laisser tomber nos plus beaux fleurons !

Robert Lafont


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1 commentaires sur « Atos, un fleuron en proie à tous les dépeçages ? »

  1. Excellent article qui pose les bonnes questions. Les actionnaires personnes physiques spoliées au demeurant vous remercient. faut pas s’étonner de ne plus avoir d’argent dans les caisses de l’Etat Monsieur le Ministre qu’en on participe (par omission) à une gabegie de cette nature. Heureusement, les moins-values sur cession de titres sont reportables sur 10 ans. Nous parlons de moins value en centaines de milliers d’euros pour bcp de personnes physiques françaises et de plus-values des fonds en VAD tous anglo-saxons en Mia…. en face. Merci à qui ? Le Sénat a répondu de manière cinglante à cette question le 30 avril. Merci à nos sénateurs !!! La réalité est : trop mou, trop tard et pas de stratégie (au mieux) mais des mots, des mots et encore des mots. De Breton, Philippe, Borne, Le Maire, (le Chateau aussi) : des mots….encore des mots…: l’indépendance stratégique, la re-fondation morale et tout le tuttim…
    Les spoliés vont voter…et ne feront aucun cadeau: ce dossier est toxique.
    C’est maintenant que débute le temps des responsabilités… Je pense à Monsieur K en particulier qui a négocié un accord léonin avec Meunier à l’origine de la chute vertigineuse du cours sans discontinuer depuis juillet 2023. Lui ne perd rien pour attendre…dire qu’il est encore dans le coup aujourd’hui pour acheter à la barre est une gageure…(avec l’aide de BFM qui lui déroule un tapis rouge depuis des mois sur les plateaux par la voie d’un seul et unique dit « journaliste spécialiste » du dossier…). Il y a des influenceurs qui devront rendre des comptes également…même depuis la Thaïlande…Pendant la période de mandat ad hoc notamment comment accepter que la VAD monte à 30% alors que les infos sont confidentielles ? VAD et mandat ad hoc ou conciliation est de moins de vue illégal au pire, absurde au moins. Tout cela aux dépends des PP françaises patriotes qui ont cru dans cette belle boîte française et européenne jusqu’au bout et qui étaient 79% en 2021…trop c’est trop ? Aujourd’hui le premier actionnaire de ATOS c’est la VAD anglo-saxonne : 30% !!! et le cours est à moins de 2 euros…pour 11 Mia. de CA…
    Autre grand absent (pour le moment car les plaintes vont tomber tôt au tard en justice) : l’AMF. A quoi ou à qui sert-elle au fond ? pas aux pp actionnaires c’est un fait.

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