Pour un quinquennat tourné vers la ”PME-Nation” comme levier de cohésion

Raphael Lafargue/ABACAPRESS.COM

Bernard COHEN-HADAD, Président du think tank Etienne Marcel

Tribune. Alors que le climat économique et social du second quinquennat du Président MACRON s’annonce délicat, et que la vie politique est tripolarisée entre un bloc progressiste et deux blocs populistes, les TPE-PME pourraient être les acteurs incontournables de la réconciliation économique et sociale.

Le projet économique de 2017 était porté par une volonté politique : faire de la France une “start-up nation” pour la porter à la pointe des transformations numériques et énergétiques. A l’heure du bilan et au moment de tracer de nouveaux horizons, tout indique que les politiques publiques devront porter la marque d’une réalité économique et sociale devenue incontournable, celle de la “PME-Nation”.

Les 4 millions de PME représentent 99,9% des entreprises françaises. Elles sont le cœur économique battant de la France. Mais elles restent éclipsées par le clivage entre start-ups et grands groupes. Elles sont pourtant une force vive sur laquelle l’action publique gagnerait à s’appuyer davantage, d’une part pour contenir le risque de fragmentation territoriale et d’exclusion des zones moyennes et rurales, d’autre part pour recueillir une expertise de terrain grâce à un dialogue économique et social renouvelé.

Un ciment des territoires

Face au risque de fragmentation économique et d’exclusion des zones moyennes et rurales, choisir les TPE-PME comme levier essentiel des politiques publiques, c’est permettre aux mesures prises de pénétrer l’ensemble du territoire et d’imprégner profondément le maillage économique français. En effet, la crise des gilets jaunes a laissé béante la fracture territoriale entre deux Frances : la France des grandes métropoles intégrées dans la mondialisation économique et la France des zones périphériques et rurales largement évincées de cette mondialisation et qui ont le sentiment d’être abandonnées par les pouvoirs publics. Evidemment, les lois et règlements souvent édictés par la première sans tenir compte de la seconde n’arrangent pas la situation !

Le vaste réseau des TPE-PME innerve toutes nos régions et fait de la France une économie de proximité et de confiance : 78% des Français affirment avoir confiance en elles, alors que seuls 43% font confiance aux grands groupes. Et pour cause, les TPE-PME sont vectrices d’intégration territoriale mais aussi – et surtout – sociale en employant massivement les personnes éloignées de l’emploi : chômeurs de longue durée, personnes handicapés, migrants, etc. La voie des TPE-PME, c’est celle du tissu social, de la synergie des territoires et du dynamisme économique.

Cet état de fait est un atout majeur pour la mise en œuvre des politiques publiques. Les dispositifs de soutien économique aux entreprises lors de la crise sanitaire l’ont d’ailleurs montré : lorsque les politiques publiques sont pensées en fonction des TPE-PME, elles deviennent des leviers qui en facilitent efficacement la mise en œuvre. Les effets en sont décuplés : les TPE-PME sont ainsi devenues les moteurs de la relance économique d’après crise.

Le socle d’un dialogue économique territorial renouvelé

Conduire une action publique informée et mobiliser pleinement les forces des TPE-PME nécessite de récolter l’expertise des acteurs de terrain. Un dialogue économique et social renouvelé qui gagnerait à être décliné, des Régions aux Communes, par des conseils économiques, sociaux et environnementaux locaux. Les CESE régionaux sont l’un des meilleurs atouts de la démocratie locale et ont joué un rôle important dans la fluidification du dialogue économique et social lors de la crise sanitaire.

Une déclinaison à l’échelle municipale, comme il en existe déjà dans certaines grandes villes, permettrait de renforcer encore davantage l’économie de proximité, de renouveler le dialogue entre les acteurs publics et les dirigeants d’entreprises et, ainsi, de renforcer la démocratie locale. En effet, par leur ancrage local et territorial profond, les TPE-PME sont les socles de l’économie circulaire et de proximité. Elles sont souvent à l’avant-garde des transitions numériques, sociales et énergétiques.

Pourtant, elles demeurent trop souvent dans l’angle mort des politiques publiques. Et même dans celui de la loi PACTE qui avait pourtant trouvé son impulsion dans les TPE-PME !

Les TPE-PME peuvent et veulent faire plus. Sans attendre les directives des politiques publiques, elles réfléchissent, elles proposent, elles innovent, elles expérimentent, elles se responsabilisent et tissent du lien économique et social entre les populations et entre les territoires. Au moment où le climat est orageux, les TPE-PME pourraient bien devenir les acteurs incontournables de la réconciliation économique et sociale.

Bernard COHEN-HADAD

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici

sept + trois =