Laurent Wauquiez : « Le renouveau de la France passera par un redécollage industriel »

Président des Républicains, Laurent Wauquiez tente d’incarner le nouveau visage de la droite face au Président de la République, Emmanuel Macron. Dans un entretien accordé à Entreprendre, le Président de la région Auvergne-Rhône-Alpes défend son action locale, prône une baisse des charges pour les entreprises et détaille son programme afin de réindustrialiser le pays.

Comment caractériser le tissu entrepreneurial d’Auvergne-Rhône-Alpes ?

Laurent Wauquiez : A la diversité de notre immense territoire, grand comme deux fois la Belgique, répond la diversité du tissu entrepreneurial d’Auvergne-Rhône-Alpes. Je suis très heureux et très fier d’être le président d’une région, où dans la même journée, je peux visiter les vignobles du Beaujolais, une tannerie en Auvergne, et une usine du Rhône qui produit des matériaux aéronautiques de très haute technologie !

Nos entrepreneurs, comme notre territoire, ont donc des activités qui se distinguent les unes des autres, même s’ils se rejoignent très souvent par l’excellence de leur savoir-faire, et par la passion qu’ils mettent dans leur ouvrage, qui fait mon admiration. Quelques chiffres mettent en lumière la richesse du maillage économique d’Auvergne-Rhône-Alpes.

Notre territoire compte 550 000 entreprises, dont une moitié de TPE, et 450 000 artisans et commerçants. Tout particulièrement, la place de l’industrie dans notre région doit être soulignée car elle est plus importante que dans n’importe quel autre territoire, faisant d’Auvergne-Rhône-Alpes la première région industrielle de France. C’est grâce à notre tissu entrepreneurial, poumon de notre région, qu’Auvergne-Rhône-Alpes se distingue par sa bonne santé économique, où le chômage est inférieur à la moyenne nationale, et la croissance supérieure. Nous sommes ainsi la deuxième région de France créatrice de richesse et notre PIB est quasi-équivalent à celui de la Finlande.

Comment la région soutient-elle les entreprises ?

La région n’a jamais autant investi pour ses entreprises, pour ses emplois et pour ses entrepreneurs. Ma conception de la politique économique est que la région doit avoir un rôle de facilitateur de croissance et de développement, et non d’être une contrainte en plus pour les entreprises comme sait si bien le faire la machine administrative. Dans cette optique, j’ai veillé à réduire les lourdeurs administratives au maximum. A notre arrivée, il existait 34 dispositifs d’aides aux entreprises, souvent peu lisibles et méconnus. Nous avons donc mené un travail de simplification et de rationalisation de nos dispositifs, pour les rassembler désormais dans quatre portes d’entrée au sein de l’Agence économique Auvergne-Rhône-Alpes.

De même, nous créons des synergies entre les acteurs en fusionnant différents clusters, ce que nous avons fait récemment pour l’industrie du sport outdoor, ainsi qu’en renforçant les liens entre ETI, PME, start-ups et grands groupes afin de « chasser en meute sur les marchés mondiaux ». Je crois beaucoup à ces synergies. C’est ce qui a motivé notre appui décisif dans la naissance du Cluster Digital League à Saint-Etienne, qui doit fédérer les entreprises de la filière numérique régionale et booster leur activité. En outre, nous avons eu la volonté de créer un esprit où nous donnons systématiquement la préférence à nos entreprises régionales. Nous l’appliquons déjà dans nos marchés publics et les résultats sont là : 100% des marchés liés à la sécurisation des lycées publics sont maintenant attribués à des entreprises de la région.

Laurent Wauquiez a été reçu par le Premier ministre Edouard Philippe début décembre à Matignon.

Quels sont les chantiers prioritaires à conduire afin de dynamiser le tissu économique de la région ?

Au-delà de cette révolution que nous avons portée dans la politique de la région, nous avons construit une feuille de route claire qui fixe le cap ambitieux de notre politique économique. Celle-ci prévoit trois chantiers prioritaires. Premièrement, nous devons soutenir nos entreprises en accompagnant 10 000 d’entre elles par an, en appuyant l’émergence d’entreprises de taille intermédiaire pour qu’elles deviennent des champions internationaux, sans oublier de renouer avec une économie de proximité, indispensable à la vie de nos territoires.

Deuxièmement, nous allons créer de l’emploi grâce à des plans de formation ajustés aux besoins immédiats des entreprises, en soutenant la création de 10 000 emplois dans le secteur numérique d’ici 5 ans, de 10 000 emplois dans le tourisme et franchir le seuil des 50 000 apprentis. Troisièmement, et enfin, nous faisons le pari d’un secteur industriel modernisé, grâce à un réseau de PME puissant en accompagnant la mutation digitale actuellement à l’œuvre, et en visant à susciter des vocations auprès des jeunes en leur proposant des formations attractives.

Face aux difficultés des PME et des ETI à trouver des profils adaptés, quelle réponse apporte la région ?

Ce que me disent les chefs d’entreprises de la région, c’est que l’une de leurs principales difficultés réside dans le recrutement de salariés ayant des profils et des compétences qui correspondent à leurs besoins. La situation actuelle est complètement ubuesque. D’un côté nous avons 8% de taux de chômage, et d’un autre les entreprises ne trouvent personne à embaucher. Rien que dans l’industrie, 20 000 emplois sont non pourvus. Face à cela, nous ne pouvions pas rester les bras croisés. Notre réponse a consisté tout d’abord à fermer les formations dites « parking ».

Nous avons pu investir massivement dans l’apprentissage, qui est une voie royale pour l’emploi, et dans des formations à destination des métiers en tension, que ce soit dans les métiers du numérique avec le Campus région du numérique à Charbonnières-les-Bains près de Lyon, ou les métiers de l’industrie avec le Campus Hall 32 à Clermont Ferrand. Plus encore, nous n’avons pas eu peur d’innover, et de lancer des dispositifs innovants pour permettre la mise en relation les acteurs, à l’image des programmes « nos talents nos emplois », ou « ma solution numérique », avec tous nos partenaires comme la CPME, le Medef, ou les CCIR.

« Face à la concurrence internationale, les TPE et les PME de notre région sont en première ligne »

Vous avez présenté le futur campus région Numérique, qui ouvrira en septembre 2020, comme une « Silicon Valley européenne ». N’est-ce pas exagéré ?

Nous voulons faire d’Auvergne-Rhône-Alpes la 1re région digitale de France et l’accélérateur du numérique en Europe. Le Campus région du Numérique de Charbonnières, construit par l’architecte de renommée internationale Jean-Michel Wilmotte, est un outil inédit en France car son modèle est complet : des formations de haut-niveau, une plateforme de transformation numérique pour les entreprises, des espaces de projets collaboratifs d’industriels et de chercheurs, où des entreprises de tout premier plan vont bientôt nous rejoindre. Je suis très heureux car, en partenariat avec Xavier Niel, nous avons créé il y a un an l’école 101 qui va former les codeurs de demain et qui rencontre déjà un immense succès.

Sur la durée de mon mandat, nous menons une politique extrêmement ambitieuse pour mettre en place notre propre modèle de Silicon Valley, car le numérique est une priorité. Nous investirons 650 millions d’euros pour faire d’Auvergne-Rhône-Alpes une région 100% connectée, grâce notamment au déploiement inédit d’infrastructures. Aussi, nous pouvons dire que nous participons à façonner un modèle de Silicon Valley européenne, car je suis convaincu qu’il faut avancer ensemble. La Chine ou les Etats-Unis ne nous attendent pas sur la route de l’innovation numérique, nous agissons ainsi pour préserver l’excellence de nos savoir-faire dans ce domaine et développer aujourd’hui l’économie de demain.

Laurent Wauquiez : « Le renouveau de la France passera par un redécollage industriel »

Quelles actions mènent la région pour accompagner les TPE et les PME dans leur transition numérique ?

Face à la concurrence internationale, les TPE et les PME de notre région sont en première ligne. C’est la raison pour laquelle il a été central pour nous de mettre en place tous les moyens nécessaires pour faire en sorte qu’elles soient en mesure de répondre au grand défi de la numérisation de l’économie. Pour cela, nous avons lancé un grand plan sans précédent de 36 millions d’euros en faveur de la transition numérique des TPE et des PME, avec pour objectif d’accompagner plus de 40 000 entreprises par an dans leur transformation digitale. Aussi, la région a mis à disposition des chefs d’entreprises la première plateforme de formation en ligne, unique en France : Ma-solution-numérique.fr. Elle se déploie avec nos partenaires du numérique, avec qui nous avançons main dans la main, et en particulier l’Agence Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises. En outre, dans la perspective de l’accompagnement des TPE et des PME dans leur transition numérique, le Campus région du Numérique, que j’ai évoqué, a un rôle essentiel. Installé en un temps record et opérationnel depuis la rentrée 2017, il comprend un important volet dédié à la transformation numérique des entreprises.

Comment comptez-vous aider Grenoble et la région à rester dans le trio de tête des pôles européens en matière de nanotechnologies ?

Auvergne-Rhône-Alpes, ce n’est pas Paris et le désert français : il n’y a pas un centre qui domine tous les autres. La force de notre région est de disposer d’un réseau équilibré de grandes métropoles dynamiques sur tout le territoire, qui font notre fierté. Parmi elles, Grenoble, en tant pôle européen majeur des nanotechnologies, a une place déterminante. Avec son pôle grenoblois qui allie recherche et développement, pré-industrialisation et industrialisation, Auvergne-Rhône-Alpes est une des trois seules régions européennes capables de rivaliser dans le monde entier.

En Auvergne-Rhône-Alpes, la filière des nanotechnologies est un secteur clef qui compte près de 22 500 emplois. Lancé en association avec nos partenaires européens, le plan Nano 2022 auquel la région participe très fortement vise justement à préserver la place prépondérante de Grenoble en matière de nanotechnologie, puisque 90% des financements sont à destination du bassin grenoblois. Le plan Nano 2022 doit nous permettre de garder une longueur d’avance devant la concurrence internationale, et même de la creuser dans certains domaines. L’enjeu est colossal, il s’agit de permettre la création et le maintien de 3000 emplois de manière directe et de 8000 emplois indirectement.

Toutes les collectivités locales doivent être soudées autour de cette filière qui est notre fierté régionale, nationale, et européenne. Cette initiative suit le plan Nano 2017, dans lequel la région a investi 25 millions d’euros, dont 18 millions d’euros ont été consacrés à l’acquisition d’un équipement de lithogravures, de très haute technologie, au Centre d’énergie atomique de Grenoble.

« L’industrie française ne fait pas partie du passé »

A l’avenir, quels sont les domaines les plus porteurs pour la région ?

Avec les Vice-présidents de la région Yannick Neuder, Juliette Jarry et Annabelle André-Laurent, notre volonté est donc d’accompagner tous les acteurs des domaines les plus porteurs, pour être un véritable levier de croissance. Nous portons une vision large de l’action économique, qui s’appuie d’abord dans l’économie réelle, grâce à nos forces vives : nos entreprises familiales, nos start-up ingénieuses et créatives, nos pépites régionales nos TPE, PME, ETI et nos grands champions industriels.

Nos huit priorités ont été définies en début de mandat dans autant de domaines d’excellence dans lesquels nous concentrons notre action : Industrie du futur et production industrielle – Bâtiments et Travaux publics – Numérique – Santé – Agriculture, Agroalimentaire, Forêt – Energie – Mobilité, systèmes de transports intelligents – Sport, montagne, tourisme. Pour soutenir toutes nos entreprises, nous avons, grâce à la lutte contre le gaspillage de l’argent public, multiplié par trois le budget consacré au soutien à l’économie et à nos entreprises. Plus précisément, nous définissons nos stratégies pas filières, à l’instar de notre filière aéronautique et spatiale en laquelle je crois énormément, où nous avons engagé près de 150 millions d’euros. C’est par cette action que nous construisons aujourd’hui une région d’avenir.

Quelles sont vos solutions pour réindustrialiser le pays ?

La désindustrialisation est une catastrophe pour notre pays. Un chiffre dramatique : la France a perdu 75 000 emplois industriels par an depuis 1980. Derrière ce chiffre, ce sont des hommes et des femmes qui perdent leurs emplois, des territoires qui se dépeuplent, des entreprises familiales qui passent sous le contrôle de grands groupes étrangers, et des savoir-faire historiques qui disparaissent. J’en suis persuadé, l’industrie française ne fait pas partie du passé, le renouveau de notre pays passera notamment par un renouveau industriel.

La première et principale action à mener afin de lutter contre la désindustrialisation de notre pays, c’est de rendre nos entreprises compétitives. Pour cela, il faut arrêter de se tirer une balle dans le pied en accablant nos entreprises et nos entrepreneurs avec des charges délirantes, que ce soit sur les salaires, sur les transmissions ou sur les facteurs de production. Pour moi, quand une entreprise réussit c’est tout le territoire et tous ses habitants qui gagnent. Au-delà de cette diminution de charges, permise en premier lieu par la lutte contre le gaspillage de l’argent public, l’action publique doit accompagner tous les acteurs de l’économie pour construire ensemble l’industrie du futur, qui repose sur des savoir-faire d’excellence et sur l’innovation.

Nous devons en outre associer nos partenaires européens sur le sujet des normes, qui sont parfois sidérantes. Par exemple, s’agissant des normes environnementales, est-il acceptable que nous acceptions l’importation de produits dont les normes de production sont inférieures à celles auxquelles sont soumis nos propres entreprises ? En revanche, je pense qu’il ne faut pas désespérer, car notre pays dispose d’une capacité de rebond sans équivalent, et se caractérise par la permanence de son aptitude à apporter au monde des innovations industrielles majeures. Je vais conclure en citant un exemple de chez moi, en Auvergne, qui incarne bien cette idée. Il y a 100 ans, Michelin faisait construire la première piste de décollage en dur au monde sur ce qui allait devenir l’aéroport international Clermont-Auvergne. Aujourd’hui, à quelques kilomètres, sont fabriquées les ailes de l’Airbus A380. Ainsi notre force est d’avoir toujours été un pays d’audace et d’innovation.

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