IL’économiste libéral Nicolas Lecaussin, diplômé de Sciences-Po Paris, est convaincu que notre économie souffre de son étatisme paralysant.

Dans son dernier ouvrage, Les donneurs de leçons : Pourquoi la France est en vrac (Éditions du Rocher), le directeur de l’IREF (Institut de recherches économiques et fiscales) démontre que seule une baisse des dépenses publiques liée à celle des impôts pourra relancer durablement notre économie.

Dans votre livre, vous écrivez que « Macron n’a rien réformé ». Que faites-vous des réformes du quinquennat (ordonnances travail, SNCF, ISF, flat tax…) ?

Nicolas Lecaussin :Je donne beaucoup d’exemples de fausses réformes ou de réformes inachevées. Prenons la fiscalité. Concernant le patrimoine, Macron a instauré un prélèvement forfaitaire unique au taux de 30%. Vendu comme une révolution fiscale, ce dispositif ne constitue pourtant qu’un retour au statu quo ante puisque les plus-values et dividendes bénéficiaient du prélèvement forfaitaire libératoire jusqu’en 2012 au taux de 31,3%.

Il a aussi supprimé l’ISF, ce qui est un point positif. Malheureusement, il surtaxe les « signes ostentatoires de richesses » – yachts, voitures de luxe – et a instauré un avatar de l’ISF uniquement centré sur les propriétaires immobiliers : l’impôt sur la fortune immobilière (IFI).

Aujourd’hui, on s’y perd même car il est question de tout changer avec le grand débat. Le problème, c’est que les acteurs économiques n’aiment pas la hausse des impôts. Ils n’aiment pas non plus les aléas fiscaux.

Comment qualifier le macronisme en tant que doctrine économique ? Est-elle très différente de celle des anciens chefs de gouvernement sociaux-démocrates européens que vous citez en exemple (Blair, Schröder…) ?

Disons que le macronisme a rendu sourd beaucoup de monde. Certains ont cru aux réformes, d’autres non. Je fais partie de ces derniers, assez rares, il faut le dire… D’aucuns parlent d’un libéralisme « de gauche », voire « autoritaire » ou d’un réformisme « social-libéral ». Des formules creuses qui ne correspondent pas aux réalités. Car on est libéral ou on ne l’est pas. Les réformes sont libérales ou ne le sont pas.

Un libéral croit en la société civile et en l’individu. Il réduit l’intervention de l’Etat et fait confiance aux « acteurs du terrain » pour reprendre une expression médiatisée – c’est ce qu’ont fait Blair et Schröder. Ce n’est pas le cas du président actuel qui applique à la France une sorte d’étatisme « new look » : l’Etat s’occupe de tout ou presque, même si l’emballage semble plus moderne. Emmanuel Macron n’est sûrement pas François Hollande mais son idéologie n’est pas très éloignée de celle du l’ancien président.

Existe-t-il encore des hommes politiques français authentiquement libéraux ?

Alain Madelin a été un vrai libéral, même s’ il n’ a pas eu le courage de proposer une vraie politique de réformes libérales et, plus récemment, en partie, François Fillon et Virginie Calmels qui, malheureusement, s’est retirée de la vie politique (elle a rejoint le groupe immobilier Barnes, après avoir été numéro deux des Républicains, et première adjointe à la mairie de Bordeaux — ndlr).

Mais tout espoir n’est pas perdu. Je travaille régulièrement avec des députés et sénateurs plutôt libéraux et qui souhaitent que la France se réforme.

Vous accusez l’État d’entraver le développement économique. Que devrait selon vous, être son rôle ? Doit-il se cantonner aux tâches régaliennes et se désengager du reste ?

La France est le seul grand pays riche et démocratique qui n’a pas vraiment réformé l’Etat après la crise de 2008-2009. Les fonctionnaires français restent extrêmement nombreux – près de 6 millions – et ont gardé leur statut. Le président Macron a promis la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires – 50 000 pour l’État, 70 000 pour les autres collectivités publiques – sur toute la durée de son mandat.

50 000 fonctionnaires, cela représente tout juste 2,09% de l’ensemble des effectifs de la fonction publique d’État (2,393 millions d’ agents exactement), soit une réduction annuelle de 0,42% ! A ce rythme-là, il faudrait 133 ans pour rattraper l’Allemagne et avoir le même nombre de fonctionnaires par rapport à la population ! L’Etat doit effectivement se cantonner aux fonctions régaliennes – justice, sécurité –, et ouvrir les autres missions à la concurrence, comme l’ont fait d’autres pays.

L’une des revendications des Gilets Jaunes concerne l’équité fiscale. Le système fiscal français est-il juste ?

Au début, les Gilets Jaunes demandaient moins de fiscalité, en particulier sur les carburants. Par la suite, le mouvement a été récupéré et les Gilets Jaunes sont passés au rouge… Fin 2017, on comptait déjà huit nouveaux impôts et taxes. La charge fiscale supportée par les contribuables français est une des plus lourdes au monde. La fiscalité doit être au service des individus et des entreprises.

Pour cela, il faut d’abord la rendre stable et attractive. Je propose la suppression de la plupart des niches fiscales et de l’ISF ainsi que la mise en place d’une « flat tax » (impôt unique) à deux taux – 2% et 15% pour les individus, et un IS à 25% –, une réforme fiscale soutenue par les électeurs de droite. De même, il faut une TVA à taux unique.

Faut-il sanctionner les GAFA ?

Taxer les GAFA, c’est taxer les consommateurs français. Ce n’ est pas comme ça que l’entrepreneuriat français va être dynamique. Il faut au contraire libérer le secteur des réglementations et de la fiscalité punitive. Il faut avoir des GAFA français mais sans l’Etat et la taxation. Sinon, les entrepreneurs iront s’installer ailleurs.

L’économie numérique se caractérise par la constitution de monopoles (Google, Airbnb, Netflix, Facebook, Uber…). Comment le libéral que vous êtes analyse cette situation ?

Ce qu’il faut, c’est la concurrence saine, dans le respect de la loi. L’Etat ne doit pas intervenir, juste veiller à ce que la concurrence soit respectée. C’est la seule manière d’éviter les oligopoles.

Vous évoquez de manière positive plusieurs réformes de Trump – sur la fiscalité et le climat, notamment –, mais aussi son sens des affaires et son pragmatisme. La France aurait-il besoin d’un Trump pour se redresser ?

Oui, je consacre plusieurs pages aux réformes faites par Donald Trump. D’ailleurs, au moment où j’écris ces lignes (cet entretien a été réalisé le 11 mars — ndlr), le CBO, le bureau budgétaire du Congrès, vient d’annoncer que les recettes fiscales du gouvernement fédéral ont augmenté de 10% pour atteindre 171 milliards de dollars, grâce justement à la réforme fiscale et à la baisse des impôts lancée par Trump.

Dans un pays où les offres d’emplois (7,3 millions) dépassent largement le nombre de demandes (6,3 millions) et où, malgré le shutdown du gouvernement et le ralentissement économique mondial, plus de 300 000 emplois ont été créés en janvier, le besoin de main d’œuvre est plus important que jamais.

C’est le 100ème mois consécutif de création d’emplois, c’est le niveau de chômage le plus bas en 49 ans ! La main d’œuvre est tellement rare que les salaires ne cessent d’augmenter. Oui, j’aurais aimé que Macron fasse au moins une partie des réformes de Trump.

Que pensez-vous des analyses de l’anthropologue anglais David Graeber sur la dérive bureaucratique du capitalisme ?

Graeber est un anarchiste. Je ne partage pas du tous ses analyses et il n’existe pas d’autre système qui marche – jusqu’à la preuve du contraire – aussi bien que le capitalisme. Economiquement, le monde n’a jamais été en aussi bonne santé ! Le capitalisme a aussi cette capacité de se réformer et de s’adapter. Il est perverti par la corruption des hommes et l’étatisme des politiques.

L’uberisation est-elle l’horizon du capitalisme ?

On vit une époque de grandes et rapides transformations technologiques. On se déplace souvent, et ça coûte de moins en moins cher. Il est clair que cela va continuer à évoluer. S’y opposer relève de la fumisterie idéologique. Je fais confiance aux individus, aux entrepreneurs et à la capacité d’innovation des hommes. Je me méfie des politique et des donneurs de leçons.

Vous consacrez 21 pages aux zones d’ombre de la déclaration de patrimoine d’Emmanuel Macron, notamment ses revenus chez Rothschild. Avez-vous acquis la conviction qu’il y a eu des omissions ?

Plusieurs zones d’ombre concernent ses revenus perçus et l’ importance de son patrimoine avant de devenir président de la République. Dans mon livre, j’entre dans les détails et j’insiste beaucoup sur l’accord entre Pfizer et Nestlé : le 1er décembre 2012, Nestlé annonçait avoir finalisé, la veille, l’acquisition de Pfizer Nutrition pour 11,85 milliards de dollars, soit environ 9 milliards d’euros, renforçant ainsi sa position mondiale en nutrition infantile.

C’était l’aboutissement des procédures règlementaires qu’il avait été nécessaire d’engager dans la majorité des marchés au titre d’un accord entre le géant suisse de l’agroalimentaire et le groupe pharmaceutique américain, dont la conclusion avait été officialisée sept mois plus tôt.

Cette opération, Emmanuel Macron l’a menée de bout en bout. Combien a-t-il réellement touché pour avoir conclu cette énorme affaire ? Entre ses déclarations et les commissions qu’on touche normalement dans ce genre de deal, il existe d’énormes différences qui m’ont beaucoup étonnées…

1 COMMENTAIRE

  1. Article intéressant dans son ensemble mais gravement déconnecté de la réalité sur certains points ! En particulier  » Dans un pays où les offres d’emplois (7,3 millions) dépassent largement le nombre de demandes (6,3 millions) & c’est le niveau de chômage le plus bas en 49 ans !  »

    Il est dommage que l’auteur oublie de citer de quel manière le BLS calcul le taux de chômage  » officiel  » qui occulte volontairement une grande partie des demandeurs d’emplois sans compter la manipulation des personnes ayant plusieurs petits boulots en particulier les contrats 0 heures et qui sont par conséquent sortit des statistiques !

     » Taxer les GAFA, c’est taxer les consommateurs français.  »

    Et les consommateurs français paient en moyenne quel niveau d’impôts sur leurs revenu ? Pareil pour les TPE, PME ?

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