Jacques Myard : « France, servile vassale ! »

Photo Stephane Lemouton/ABACAPRESS.COM

Tribune. Je l’avais oublié, une connaissance-amie me l’a judicieusement rappelé, j’ai publié le 30 Juillet 2014 dans le Figaro vox un article sur nos relations avec la Russie à la suite de l’annexion de la Crimée, article dont je ne retire aujourd’hui aucune virgule :

« En prenant des sanctions, l’Union Européenne internationalise ce conflit au lieu de le circonscrire.Il devient un conflit entre la Russie, l’Union Européenne et les États-Unis. Ces actions aggravent donc la situation, les tensions internationales alors qu’il faut toujours éviter une politique qui mène à l’internationalisation d’un conflit. »

J’ajoutais :
« Il est pour le moins suicidaire de porter atteinte à nos exportations vers la Russie, qui sont importantes et nécessaire à l’emploi français et pour notre balance commerciale. C’est une politique de gribouille menée par le gouvernement et l’Union Européenne. »

J’entends déjà  les véhémentes critiques : « vous êtes un suppôt de Poutine » , eh bien Non.

Depuis 2014 nous disposons d’intéressantes informations qui doivent susciter de fortes interrogations pour tous ceux qui estiment que Poutine n’est pas le seul fauteur et seul responsable de cette guerre.

J’entends à ce titre rappeler certains faits et analyses :

  • Il faut lire dans le Foreign affairs de 1998 l’analyse d’un grand ambassadeur américain George F. Kennan, qui fut un adversaire déterminé du bloc soviétique du temps de Staline; il fut ambassadeur à Moscou en 1952, et le promoteur de la volonté de Washington de « contenir » les Soviétiques,  mais en 1998 à la suite d’un vote du Sénat américain de voter l’élargissement de l’OTAN, il déclare :

« Je pense que c’est une faute, les Russes vont réagir, l’élargissement de l’OTAN va enclencher une nouvelle guerre froide et diviser l’Europe »

Il y quelques semaines, on apprend avec stupéfaction que les accords de Minsk 1 et 2 signés en 2014 et 2015, qui nous étaient présentés comme des accords de paix, n’avaient pour objectif en réalité que de donner le temps à l’Ukraine de s’armer avec l’aide des Anglo-saxons.

Voir sur ce point les révélations de l’ex-chancelière Angela Merckel dans le journal Die Zeit du 7 décembre 2022, propos étonnants et confirmés par François Hollande peu après.

Ces révélations doivent être mises en perspective avec la politique américaine, aujourd’hui bien connue, dans les pays issus du bloc soviétique depuis la fin de l’URSS :
-Dès 2004 des opposants américains sont venus me présenter  à l’Assemblée nationale les organigrammes des associations pro démocratie qui accompagnaient les « révolutions de couleur », ces associations étaient truffées de membres des services américains dont les objectifs sont toujours les mêmes, contraindre Moscou à reculer.
-Le fameux coup d’État de Maïdan à Kiev en 2014 a été, à l’évidence, fomenté par les Américains pour chasser un gouvernement pro russe !
-Peut-il y avoir encore des doutes sur le sabotage du gazoduc Nord Stream 2 ? De très nombreuses personnalités en Allemagne ne cachent plus leurs certitudes quant à la responsabilité de Washington.

La mise en perspective de tous ces faits et analyses devraient tempérer le zèle pro-Zelensky de nos médias où s’expriment les valeureux bellicistes des plateaux de télévision.

Cette guerre est une guerre américano-russe indubitablement voulue par Washington afin de mettre les vassaux européens sous leur coupe dans l’OTAN, une machine exclusivement américaine !

Qui peut en douter après la réunion du 20 janvier dernier qui s’est tenue en Allemagne dans la base de Ramstein de l’armée de l’air américaine, sous la présidence du Secrétaire de la défense J.Austin Lloyd, du groupe de contact des alliés de l’OTAN chargé de coordonner l’aide militaire à l’Ukraine ?

Il est vrai, cette réunion du groupe de contact a calmé les ardeurs guerrières du président ukrainien Zelensky, en refusant de lui livrer des chars lourds; il devrait, au demeurant, s’interroger sur la solidité de son alliance avec les Américains qui le lâcheront tôt ou tard…lorsqu’ils jugeront qu’il les conduit trop loin contre la Russie.

De même, le Président Zelensky ne peut ignorer les lourdes pertes en hommes que l’armée ukrainienne a subies face aux offensives russes dont il est responsable devant son opinion publique.

Vladimir Poutine n’est pas le poussin de l’année, c’est certain ; mais il n’est pas le seul responsable de cette guerre par proxy qui doit se terminer rapidement pour épargner des milliers de victimes civiles ou militaires.

Ce n’est pas en livrant des armes et encore des armes que l’on pourra trouver une solution politique, ces livraisons croissantes constituent une escalade qui peut déraper !

La France doit se départir de toute inféodation aux États-Unis dont les objectifs, l’affaiblissement de la Russie et la mainmise sur l’Europe, sont contraires à nos intérêts et notre indépendance, tout en continuant d’apporter aux Ukrainiens une aide humanitaire.

Albert Camus notait qu’au 20ème siècle « la passion la plus forte est la servitude » ;  cette observation n’a malheureusement rien perdu de son actualité !

Jacques Myard

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