Ancien journaliste à l’AFP, le directeur de l’information du Télégramme croit dans la presse locale. Avec le réseau de chaînes locales Vià, détenu par Bruno Ledoux, investisseur et homme de presse (ancien actionnaire de Libération), et Christophe Musset (Groupe Médias du Sud), il espère donner une force de frappe plus importante aux télévisions régionales. Avec un ennemi tout trouvé : BFM, dont les ambitions dans l’information locale sont grandissantes. La bataille des télés locales ne fait que commencer.

Quel est l’objectif du réseau Vià qui regroupe une vingtaine de chaînes locales (Télénantes, Tele Paese, Tébéo, Tébésud, Vosges Télévision…) ?

Hubert Coudurier : Les télévisions locales indépendantes ont de plus en plus de mal à vivre seules du fait de la défaillance des collectivités locales qui assurent entre 30 et 50% de leur financement. Pour survivre, il fallait donc se rassembler sous une marque commune avec des émissions communes pour que notre régie publicitaire soit réellement efficace. On va former un réseau à l’américaine. Aux Etats-Unis, la télévision est essentiellement constituée en réseau. En France, on a développé trop de chaînes sur la TNT, ce qui a conduit à un problème de surpression publicitaire et a créé un marché trop concurrentiel.

Dans le contexte actuel, marqué par le mouvement des « Gilets jaunes » et par une contestation de la centralisation de l’information à Paris, ce réseau local et décentralisé est dans l’air du temps…

Dans ce contexte de ras-le-bol de la province et des « ploucs » à l’égard du milieu parisien (éditorialistes compris) si politiquement correct, on espère fournir une autre information avec un style différent. On ne veut pas faire Fox News, on fera juste différemment des autres.

Cela ressemble à un pari…

Oui. Nous partons avec des moyens modestes. Certains sponsors nous suivent, comme la Mutuelle des Territoires. Nous allons essayer de rompre la centralisation du système médiatique français.

« Nous allons essayer de rompre la centralisation du système médiatique français »

En quoi cette mise en commun des ressources permettra-t-elle d’augmenter les revenus et l’audience des différentes chaînes ?

La régie publicitaire qui regroupe une vingtaine de télés locales affiche des recettes publicitaires en deçà de ceux des groupes de radio indépendants qui avoisinent 80 à 100 M€. On part de très bas, c’est encore embryonnaire, mais si ce réseau arrive à capter 30 M€ de recettes publicitaires au niveau national, les télés locales seront sorties d’affaire. Quant à nos audiences, elles stagnent aux alentours des 0,1%. Il faut impérativement qu’on arrive à monter progressivement jusqu’à 0,4%. On vient d’ailleurs de passer au Médiamat (mesure d’ audience des chaînes de télévision), condition pour être éligible aux agences de pub.

Les lignes éditoriales des chaînes sont-elles amenées à évoluer ?

On doit proposer des programmes plus attrayants, moins morcelés et plus professionnels. Ensuite, il nous fallait une vitrine nationale, c’est l’ambition de « La matinale des territoires » présentée par Cyril Viguier (journaliste sur Public Sénat – ndlr), qui sera diffusée du lundi au samedi, à partir de fin septembre ou début octobre. Parmi les nouveautés du réseau, nous proposerons également une émission de jeux avec Juliens Lepers, une émission de consommation intitulée « C’est qui le patron » et une autre sur les expatriés. Il y a aura également beaucoup de directs sur de grands évènements musicaux ou sportifs comme La Route du Rhum.

Quelle est l’ambition éditoriale du réseau ?

Au départ, Tébéo (Hubert Coudurier est président de Tébéo et TébéSud) était une télévision locale, puis une télévision du Finistère qui s’est progressivement élargie à la région, avant d’épouser une ambition nationale. Au Télégramme, on a fait un peu la même chose, en partant du local pour rayonner au niveau national et international. C’est une manière de sortir du repli sur soi, de donner la parole à des gens qui ne l’ont pas toujours sur les chaînes nationales, de pratiquer du journalisme positif, en opposition à la dramatisation savamment orchestrée par BFM pour faire de l’audience. Nous avons un formidable réseau en région. On commence déjà à concurrencer sérieusement France 3.

Quels sont les objectifs financiers de Vià ?

Le réseau doit viser l’équilibre. En termes d’audience, nous tablons 0,3%, chiffre à partir duquel nous gagnerons de l’argent. Au niveau du chiffre d’affaires, nous espérons réaliser 30 M€ de recettes publicitaires d’ici 2 ans. C’est un objectif raisonnable.

« Si ce réseau arrive à capter 30 M€ de recettes publicitaires au niveau national, les télés locales seront sorties d’affaire »

Quel est le cahier des charges et les exigences que vous imposez chaînes qui rejoignent le réseau ?

On leur laisse leur prime time, mais on leur impose de rediffuser un certain nombre d’émissions, de décrocher pour les publicités, de respecter certaines durées d’émissions, d’adopter un habillage commun, l’adhésion au Médiamat

Pourquoi vous croyez encore aux chaînes locales ?

Parce que les provinciaux détestent Paris (rires). Ils ne supportent plus de voir ces pieds nickelés à l’ antenne qui parlent de tout et de rien sans rien connaître. Ils ne sont même pas capables de situer les endroits dont ils parlent sur la carte. Ils débarquent sans prévenir, restent trois jours, font des sujets à l’emporte-pièce et repartent aussitôt.

BFM semble être votre bête noire…

Oui. Le but, c’est de bloquer BFM. Cette chaîne parisienne, qui est toute-puissante au niveau national, veut désormais s’implanter sur nos territoires (après BFM Paris, BFMTV va lancer BFM Lyon Métropole) et venir ratisser nos recettes publicitaires. On doit donc porter le fer au niveau national.

« Les provinciaux détestent Paris. Ils ne supportent plus de voir ces pieds nickelés à l’antenne qui ne sont même pas capables de situer les endroits dont ils parlent sur la carte »

Et le financement ? Comment vous faites ?

Bruno Ledoux (promoteur et ex-propriétaire de Libération) vient épauler Christophe Musset, qui possède quatre chaînes dans le Sud-Ouest (ViàOccitanie Pays Gardois, ViàOccitanie Toulouse, ViàOccitanie Montpellier, ViàOccitanie Pays Catalan) et deux autres aux Antilles (ATV Martinique, ATV Guadeloupe).

De mon côté, je suis en train de mobiliser la presse régionale, notamment les journaux régionaux qui possèdent des télévisions locales, comme Sud Ouest, La Voix du Nord, La Nouvelle République, La Dépêche du Midi… On prend comme une bonne nouvelle le fait qu’Iskandar Safa (homme d’ affaires libanais, propriétaire de Valeurs Actuelles) soit entré au capital des chaînes du Sud-Est (Azur TV, Var Azur et Provence Azur, trois chaînes de télévision locales). Il pourrait également entrer dans notre réseau.

Propos recueillis par Thibaut Veysset

1 COMMENTAIRE

  1. Des pieds nickelés, ça ne manque pas. C’est finalement comme Guerlesquin et Dinard placés dans le 22.
    Non ?

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