Que se passe-t-il avec notre belle capitale ? Est-ce un effet induit de la pandémie et de la découverte du télétravail et de la ruée sur des logements situés hors zone urbaine ? Tout le monde, en ce moment, semble tomber à bras raccourcis sur la plus belle ville du monde.

Prenez Éric Neuhoff, l’écrivain journaliste passionné de cinéma et de Frank Sinatra (lire son dernier livre Rentrée littéraire chez Albin Michel). Que répond-il à Frédéric Beigbeder, (autre évadé de la capitale pour la côte basque et le charmant Guethary) lorsqu’il lui demande si, jeune, lui aussi, il voulait devenir Lucien de Rubempré et conquérir Paris ? « Je voulais faire partie de ce monde extraordinaire… Mais Paris à tellement changé que maintenant je voudrais retourner dans le Lot, à Cahors ». (Le Figaro magazine, 12/01/2922).

N’en jetez plus, sauf que, coïncidence, dans ce même numéro, c’est l’acteur-réalisateur, Édouard Baer, véritable Lucky Luke des mots, qui en remet une couche. Ce touche-à-tout de génie ne semble, décidément, ne plus savoir quoi inventer pour épater ou égaler le talent de son père, Philippe, qui fut membre de la Cour des Comptes.

Baer vient de tourner Adieu Paris. Ce film, que je n’ai pas vu, mais dont le thème est précisément la nostalgie d’un certain Paris, celui des quartiers, des bistrots et des zincs où l’esprit et les bons mots semblaient primer sur toute autre espèce de considération. La France dans ce qu’elle a donné de meilleur au monde, c’est-à-dire un certain art de la conversation et de l’esprit, est-elle en train de l’échanger pour celui, moins attirant de l’invective permanente ? Merci Internet…

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Des signes qui ne trompent pas. Et qui font dire à un certain Didier Rykner, fondateur de « La Tribune de l’art », revue digitale à ne pas confondre avec le « Magazine de l’Art » publié en kiosques par Entreprendre (Lafont presse), que c’est la « disparition de Paris ». C’est même le titre du dernier livre paru aux Belles Lettres signé par cet esprit libre (il en existe encore, il faut les photographier pour les musées de demain). Un brûlot dans lequel Rykner tire à boulets rouges sur la disparition progressive des quartiers de Paname et des petites places, de la bétonisation à outrance et même du remplacement du mobilier urbain datant de Second empire. Menilmuche est bien loin comme dirait Chevalier.

Rendez-nous nos kiosques à journaux ouverts à 7 heures du matin et non pas à 9 heures comme place de l’Opéra ou place de la Madeleine. Le charme du Paris de Robert Doisneau. Vous vous souvenez du quartier de Montparnasse, quartier qui avait tant enchanté nos artistes ou écrivains, d’Henry Miller à Soutine, de Modigliani à Man Ray ou encore Louis Aragon. Un quartier où les brasseries pullulaient à même le trottoir.

Aujourd’hui, en face de la Coupole ou du Dôme (au passage, dernière grande brasserie indépendante, avec celle du Zeyer dans le quartier Alésia) il faut, pour traverser le boulevard Montparnasse, enjamber pas moins de six voies différentes et en sens contraire. Une chaussée hostile rendue inhumaine. Merci à nos amis écolo-bobos pour tant de sollicitude.

Alors bien sûr, tout n’est pas couru d’avance. Et le très sérieux patron de Barnes, réseau d’agences immobilières de prestige, Thibaut de Saint-Vincent, peut continuer à rassurer les investisseurs du moment en nous indiquant que « la capitale continue de tirer son épingle du jeu auprès de la clientèle internationale fortunée, que c’est la cinquième destination la plus prisée, derrière Miami, Austin, Genève ou Tokyo)… »

Alors, pourquoi s’inquiéter ? Sauf que cela ne concerne, ne l’oublions pas, que les biens de qualité et bien situés. En attendant, Madame Hidalgo qui a fait exploser l’endettement de la ville de plusieurs milliards d’euros voudrait, pour qu’on la remercie, vouloir se présenter au prochain scrutin présidentiel. Il suffira effectivement qu’on la remercie !

Gardons notre calme ! Faisons vite revenir l’esprit d’Hemingway et de son emblématique Paris est une fête, faisons confiance à Mbappé pour clamer définitivement, comme les supporters du PSG, qu’ « Ici c’est Paris ! », et n’oublions pas non plus l’homme au canotier, Maurice Chevalier, celui qui chantait l’inoubliable Paris sera toujours Paris.

« Le poète a toujours raison »
Louis Aragon

Robert LAFONT

1 COMMENTAIRE

  1. Quelle malhonnêteté.. face à Anne Hidalgo les journalistes se livrent à un irrationalisme vraiment déconcertant.

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