Ce vin blanc sec du pays nantais de longue tradition (9 000 hectares de superficie) connaît un retour en grâce mérité. Explication.

Le muscadet a connu des péripéties et quelques avatars au cours des siècles. Les vignes sont en effet présentes dans la région nantaise depuis le premier siècle avant Jésus-Christ, grâce à l’influence des Romains, mais ce sont encore et toujours les moines qui firent le nécessaire pour créer le commerce du vin, notamment en construisant une chaussée sur la rivière Sèvre permettant de transporter leurs marchandises par voie fluviale.

Trop de rendements

Plus près de nous, le Muscadet a connu un succès fulgurant qui a mené à augmenter les rendements pour répondre à la demande, sans trop se préoccuper de la qualité. Les vignerons des années 80 ont connu de très belles ventes à cette époque, mais ont créé sans le vouloir l’image d’un vin un peu acide, à boire en vitesse accoudé au comptoir. Il a fallu l’avènement d’une nouvelle génération pour que les choses changent et que l’offre se structure pour devenir plus lisible et attrayante. Elle est aujourd’hui constituée d’une appellation générique, le « Muscadet », de trois appellations sous-régionales, les « Muscadet sur lie », et de crus communaux. Ces derniers sont nouveaux et font évoluer l’image de ce vin populaire, mais encore trop peu considéré.

Des vignerons océaniques

C’est ainsi que se définissent les vignerons de la région nantaise, située dans l’embouchure de la Loire, familiarisés avec les fruits de mer et les poissons au beurre blanc. Ces Bretons-Ligériens du pays de Nantes font partie de la fierté de cette contrée. Le Muscadet est d’ailleurs l’une des Appellations d’Origine Française les plus anciennes, reconnue dès 1937. Elle est la première AOC en volume du Val-de- Loire. Pour bien connaître le Muscadet d’aujourd’hui, il convient de se familiariser avec ses différentes catégories qui correspondent à des offres ciblant des types de consommation divers. Au-delà du Muscadet générique, toujours bien présent sur le marché, deux autres catégories permettent aux amateurs de vin d’aller sur d’autres choix.

Les crus communaux : le renouveau

La région travaille dur pour faire oublier le petit blanc nantais. Mais, les spécialistes du marketing le savent, modifier son image prend des années, en particulier sur un produit qui prend son temps à mûrir comme le vin. Cela passe par un gros travail de la part des vignerons et notamment par la reconnaissance de crus communaux, le haut de gamme. Le travail a commencé il y a déjà vingt ans, et les effets commencent à se faire sentir. Le long cheminement a démarré grâce à la prise de conscience d’une poignée de vignerons qui savaient pertinemment que certains vins qu’ils gardaient en cave valaient bien mieux que l’image publique qu’en avaient les consommateurs. De vrais vins de garde méconnus. Ces pionniers sont arrivés à leurs fins. En 2011, les premiers crus communaux étaient enfin reconnus par l’INAO : Gorges, Clisson, le Pallet furent les premiers à être mis en avant. Ils furent suivis de Goulaine, Château-Thébaud, Mouzillon-Tillières, Monnières-Saint Fiacre, la Haye Fouassière, Vallet, Champtoceaux.

Les muscadets sur lies

Trois appellations existent sur cette catégorie de muscadets : le Sèvre-et-Maine, le Côtes de Grandlieu et le Côteaux de la Loire. Ils sont considérés comme le cœur de gamme. Le Muscadet Sèvre-et-Maine est le plus important avec ses 6 400 hectares et 425 vignerons. Le Muscadet Côteaux de la Loire est au contraire le plus réduit avec 150 hectares et 35 vignerons. Le Muscadet Côtes de Grandlieu au sud de Nantes rassemble 230 hectares et 40 vignerons.

Les Six Mousquetaires Gorgeois !

A l’origine étaient des vignerons qui ne pouvaient vendre leurs vins au-delà du 30 novembre qui suivait la récolte. Fort marris de cette situation, et persuadés des capacités de leurs vins à vieillir dans les caves de France et de Navarre, ils partirent l’épée au vent. Ainsi pourrait-on commencer l’odyssée de nos six mousquetaires avec un peu d’imagination. Les jumeaux Thierry et Olivier Martin, Michel Bregeon, Damien Rineau, Gilles Luneau et Denis Charbonneau sont tous de Gorges. Ce sont des amoureux de leur vigne et de leur vin. A eux six, ils ont réussi à faire bouger le vignoble régional avec leur farouche énergie. Ils créent une association, le Gorgeois, et se mettent au travail à la fin des années 90, écrivent un cahier des charges, qui prévoit entre autres une durée d’élevage minimale (24 mois ou plus), des vendanges manuelles et des rendements limités. Une fois ces tâches effectuées, ils préparent un dossier pour l’INAO qui peine à être convaincue et mène une étude approfondie. Ils ont vite été rejoints par des collègues viticulteurs, convaincus par le bien-fondé de la démarche.

Des résultats probants

Le Muscadet dispose aujourd’hui d’une gamme large avec des prix allant du simple au quadruple et son image se modifie peu à peu. Les jeunes vignerons des années 2000 se sont attelés à une dure besogne : ils ont restructuré leurs exploitations, mis en place et respecté des cahiers des charges stricts, ayant pour conséquence des baisses de rendement. Il a fallu des années pour parvenir aux premiers résultats, en termes d’offre, mais aussi pour faire glisser l’image vers le haut dans le ressenti des acheteurs et du public.

Multiplication par 4

Cela a fini aussi par se concrétiser dans le prix des crus communaux et dans une meilleure rentabilité pour ces exploitations, venant récompenser ces efforts permanents. Aujourd’hui, les crus ne représentent encore que 5% de la production, l’objectif est de poursuivre sur la lancée pour parvenir à 20% d’ici 2030. Une valorisation indispensable pour un vignoble qui a perdu 500 hectares depuis une dizaine d’années.

Le souci de l’artificialisation des terres

Ce terme ne recouvre pas qu’un problème dans le Val-de-Loire. Il est général et les agriculteurs, tout comme les vignerons s’en préoccupent. La pression foncière est bien réelle, elle est repartie à la hausse depuis 2016, ce qui explique que les agglomérations soient poussées à construire verticalement plutôt qu’horizontalement. Alors que la demande en matière de maisons ou de résidences secondaires ne cesse de croitre. Un vrai conflit difficile à résoudre sans régulation stricte.

L’international : une constante indispensable

Le Muscadet s’est toujours bien vendu à l’export, ses premières destinations étaient en 2018-2019 le Royaume-Uni et les Etats-Unis, suivis du Canada, de la Belgique et du Japon. Les vignerons du pays nantais sont comme la plupart de leurs collègues en France, subissant les évolutions négatives liées aux taxes Trump et la menace d’un Brexit sans accord. Dans l’impossibilité de maîtriser les conditions internationales qui viennent ainsi déstabiliser les marchés, les vignerons travaillent en priorité à offrir un approvisionnement régulier en matière d’offre, quelles que soient les conditions climatiques, afin de garder le marché aussi stable que possible.

Des dissensions internes

La vie en Muscadet n’est pas un long fleuve tranquille entre nouvelles législations et aléas climatiques, il arrive aussi que les politiques de développement se télescopent. Ainsi, le président d’Inter-Loire estime que le Muscadet aurait dû accepter d’inclure de nouveaux cépages en supplément du Melon de Bourgogne afin d’obtenir des vins au goût plus adapté aux consommateurs d’aujourd’hui. Des discussions qui ont lieu alors que le volume de récolte de l’année 2019 était particulièrement bas avec 250 000 hectolitres alors que les ventes habituelles sont de l’ordre de 300 000 hl.

Chaleur & vendanges précoces

L’année 2020 a été une épreuve pour les viticulteurs nantais qui ont de plus subi une sécheresse inhabituelle cet été. Cela a conduit à des vendanges précoces, avec parfois trois semaines d’avance. Tous ceux qui vendaient essentiellement en restauration, ou en vente pour l’événementiel comme les mariages, ont subi plus de difficultés que ceux qui vendaient en grande distribution. La qualité 2020 s’annonce heureusement sous de bons auspices.

Un avenir porteur

Résultat, le travail des vignerons du Muscadet porte ses fruits, ce qui n’est pas peu dire, car reconstruire une image publique qualitative prend un temps infini. Les Bretons sont têtus paraît-il, les Nantais sont à ce titre bien Bretons. Ils poursuivent leur action, certains s’orientent aussi vers le biologique, le tout en restant à des prix abordables. Les amateurs ont su repérer les bonnes affaires, et savent acheter à bon escient d’excellents vins. Les experts reconnaissent également le travail effectué par ces nouvelles pépites que le grand public n’a pas encore totalement découvertes.

Un vin qui plaît aux jeunes

La bonne nouvelle est que les jeunes générations apprécient le vin, et qu’elles n’ont pas en tête des réputations qui datent d’il y a plus de vingt ans. Ils apprécient donc ce breuvage pour ce qu’il est. A condition de ne pas se tromper non plus dans les concepts et les codes marketing de ces nouveaux acheteurs d’avenir, qui se laissent souvent porter par la tentation de la découverte. Et comme l’on n’est jamais prophète chez soi, les nouveaux crus ont souvent plus de facilités à s’installer grâce à leurs qualités intrinsèques sur les marchés anglo-saxons que sur le territoire national. L’exportation reste donc un débouché indispensable à la bonne santé de nombre d’exploitations. C’est reparti !

A.F.

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