Damien  Watine

Cela lui a peut-être donné envie de monter sa boîte. Son père tenait une concession poids-lourd (Fiat-Om) près de Sablé-sur-Sarthe, la fameuse ville de François Fillon, avec son château et sa fameuse abbaye bénédictine « Sainte Cécile de Solesmes ». Pas de quoi vous mettre le pied à l’étrier.

À 17 ans, Damien Watine qui ne rêve que d‘aventures et de grands espaces ; prend la poudre d’escampette pour les États-Unis et du coup il sèche son Bac. Aujourd’hui, à 45 ans, en regroupant Unyc avec l’opérateur alternatif Adista, il préside un opérateur télécom indépendant (connectivité THD, internet, Cloud, cybersecurité …) de 900 collaborateurs et 225 millions d’euros de chiffre d‘affaires. Excusez du peu.

Au Fouquet‘s, ce garçon simple et direct me raconte sans fausse modestie ses débuts au Mans à l’âge de 27 ans : « Je voulais pouvoir proposer aux entreprises locales l’ensemble de ces services télécom et internet là où à l’époque, il fallait en passer par plusieurs prestataires différents . J‘ai commencé sans argent, en sous- traitant et en prospectant directement. C‘est toujours le même phénomène : les clients veulent avoir des interlocuteurs disponibles. C‘est encore notre force par rapport aux gros opérateurs. Aujourd‘hui, malgré la taille de la boîte, je continue d’insuffler cet état d’esprit commercial toujours proche du terrain. C’est essentiel. »

Au plan financier, Wattine a suivi, sans le savoir, le parcours inverse des startuppers actuels, devenus d’authentiques professionnels de la levée de fonds. Au moment où le fondateur de Doctolib, Stanislas Niox-Chateau peut annoncer une levée record de 500 M€, le fondateur d‘Unyc revendique de son côté avoir toujours recherché de la rentabilité pour pouvoir réinvestir sans avoir à ouvrir son capital. Cela lui a permis d‘atteindre en 15 ans et sans concours extérieurs une taille suffisante (55 M€ de chiffre d‘affaires, 142 collaborateurs).

Ce qui lui permet précisément de se regrouper avec l’opérateur alternatif BtoB cloud et communications Adista comme il vient de le faire sous l’égide du fonds Keensight Capital pour constituer un pôle fédérateur de poids visant désormais les 500 millions à l’horizon 2025. Un ensemble, dans lequel ce père de 4 enfants, conservera 20% des actions tout en disposant des moyens de devenir un leader européen. Une approche un peu inverse de celle de la French Tech actuelle, qu’il revendique ouvertement : « Les jeunes pousses d’aujourd’hui, celles qui font d’énormes tours de table, ne sont pas fortement incitées à faire du profit. D‘ailleurs si elles en font, leurs actionnaires sont en droit de se demander s’ils ont assez développé l’entreprise. »

Comme dirait une certaine Valérie Pécresse, inconsciemment, ils sont incités à cramer la caisse (voir interview sur EntreprendreTV).

Ainsi va l’évolution des affaires. Damien Watine, lui, conserve les pieds sur terre. Son entreprise emploie toujours à ce jour une soixantaine de collaborateurs au Mans, ce qui ne l’empêche nullement d’avoir la tête dans les étoiles. Watine, qui admire le parcours d‘un Richard Branson, revient juste d’un déplacement  à Londres, déjà pour essayer de grandir. De l’ambition dans le sang mais sans trop le montrer. L‘inverse du parisien parvenu !

Robert LAFONT

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