Transidentité : ils ont changé de sexe et veulent faire marche arrière

La « détransition » : le revers d’un phénomène de masse

Marc Alpozzo, philosophe et essayiste

Le nombre de personnes appartenant à la catégorie nommée par l’acronyme LGBTQI2S+ est en hausse constante. C’est d’ailleurs devenu un phénomène de société. De nouveaux mots apparaissent dans le lexique, comme celui de « transidentité », de « dysphorie de genre », ce qui dessine un phénomène mondial, et s’inscrit dans l’air du temps, suscitant par ailleurs de nombreuses interrogations.

Commençons par situer l’individu transgenre. C’est une personne qui revendique une identité de genre différente du genre assigné à la naissance, dite dans ce cas-là « cisgenre », parce que celle-ci accepte son « assignation biologique » pour définir son sexe. C’est donc par une ruse, celle de la « théorie du genre », qui soutient que les genres sont fluides et que l’on ne doit plus se référer à la biologie, car celle-ci n’existe pas, que l’on en arrive à justifier le passage légitime du cisgenre au transgenre.

C’est également par cette nouvelle théorie qu’il est possible désormais d’affirmer qu’un homme peut avoir ses règles[1], et qu’il peut être enceint. Exit les mots « transsexuel » et « transsexualisme », termes médicaux anciens, abandonnés par la plupart des médecins, et considérés comme pathologisants par de nombreux militants francophones. Outre les trans, dont l’identité de genre binaire est à l’opposé de leur sexe assigné, et qui est le cœur névralgique de l’identité transgenre, on trouve plusieurs autres groupes entrant dans des définitions plus larges du terme. Citons notamment les personnes dont l’identité de genre n’est pas exclusivement masculine ou féminine, mais par exemple, bigenre, pangenre, genderfluid (de genre fluide) ou agenre – souvent regroupée sous le terme générique alternatif non-binaire.

N’oublions pas non plus les personnes du troisième genre (quelques références et certaines sociétés conceptualisent les personnes « transgenres » comme un troisième genre). Notons enfin que l’on peut définir le transgénérisme (transidentité) de façon très large en incluant les travestis, à l’exception toutefois du travestissement fétichiste (parce qu’il est considéré plutôt comme une paraphilie qu’une identification de genre), ainsi que les Drag Kings et les Drag Queens (qui sont des artistes interprètes se travestissant dans le but de divertir).

Bien, ceci étant pos, il faut aussi souligner que, l’ampleur prise par ce phénomène de « transition de genre » laisse aujourd’hui penser que l’époque traverse une crise identitaire inédite. Les médias, souvent dominés par l’idéologie LGBTQI2S+, l’école, où les programmes scolaires deviennent le véhicule de transmission de cette idéologie auprès de jeunes gens encore influençables, ne sont pas en reste dans la diffusion de ces nouveaux comportements, et cette conception inédite de la personne et du rapport qu’elle entretien à son sexe.

Pourtant, dans le ciel éclairé de l’idéologie dominante des temps présents, la transition, largement favorisée par les associations et militants LGBTQI2S+, auprès d’adultes comme de jeunes enfants, soudain apparait un éclair inquiétant, qui déchire le voile de son jeune horizon printanier. Dans le monde idyllique des trans, arrive, comme un boomerang, un phénomène inverse de « la transition », grossissant de jour en jour, celui du retour au « genre d’origine », même s’il n’est pas très aisé à évaluer ; le phénomène semble toutefois grandissant. Il est vrai que les associations militantes appellent au calme, en prétextant que le nombre de « détransitions » demeure rare. Il est vrai aussi, qu’au Royaume-Uni, où le nombre de transitions a augmenté de 3 200 % en dix ans, aucune clinique n’a pris la peine de collecter les données sur les demandes de « détransition », et l’on est sans chiffre réel, ce qui rend difficile de contredire les associations.

Pendant ce temps, le vendredi 1er avril 2022, suite au tirage au sort organisé à Doha, de la Coupe du monde de football (qui se déroulera au Qatar du 21 novembre au 18 décembre 2022), par la bouche du général qatari Abdullah Al Ansari, responsable de la sécurité du tournoi et président du Comité national de lutte contre le terrorisme, l’émirat a annoncé qu’il ne tolérera aucune propagande LGBT : toute bannière arc-en-ciel, étendard du mouvement multisexuel, agitée sera alors confisquée[2], nous continuons en France de vivre une crise identitaire sans précédent.

Dans le même temps, en Europe de l’Ouest, il devient de plus en plus commun d’avoir dans des classes de lycée, un ou plusieurs transgenres, des non-binaires, ainsi que des enfants de plus en plus jeunes convaincus de n’appartenir à aucun sexe, se reconnaissant dans l’acronyme LGBTQI2S+, ou se rattachant à une nouvelle forme d’identité, le « xénogenre », qui les pousse à ne plus s’identifier à l’humanité, mais à des sensations, des chiffres, des créatures fantastiques ou autre expression de l’imagination. Aux États-Unis, les studios américains Disney annoncent que 50 % de leurs personnages seront désormais issus de la communauté LGBT et des minorités raciales[3].

« Aujourd’hui, les adolescents qui se qualifient de transgenres et veulent changer de sexe n’ont jamais été aussi nombreux. » C’est en tout cas, ce que dit Le Parisien du 3 mai 2022[4]. Le titre de l’article demeure toutefois alarmant. Il dit aussi : « Ados et transidentité : ces jeunes qui ont changé de sexe et veulent faire marche arrière ». Phénomène que l’on pouvait anticiper avec un peu de bonne volonté, mais aussitôt criminalisé par les militants LGBTQI2S+, et le politiquement correct. Alors même que le chiffre d’adolescents voulant changer de sexe explose (il a multiplié par 10 en 7 ans, selon l’Assurance maladie), on trouve aussi parmi ces jeunes en manque d’identité, les « détransitionneurs »[5]. Les associations peuvent bien minimiser le phénomène, c’est pourtant une tendance qui en vient à inverser la première : la « détransition » est donc cette bombe à retardement du mouvement idéologique LGBTQI2S+, et le grand scandale de demain.

Sur le site de Génèthique[6] par exemple, on peut lire le témoignage d’une jeune femme qui s’appelle Carol. Elle vit en Californie rurale. Après une double mastectomie, et quelques mois sous testostérone pour obtenir de la barbe et une voix plus grave, elle ne se sent plus très bien dans sa nouvelle peau d’homme trans. Si donc les commencements d’injection de testostérone à 34 ans ont « stimulé sa bonne humeur et son niveau d’énergie », écrit le site, au bout de deux ans, c’est la douche froide : elle est prise d’effets secondaires terribles, d’une atrophie vaginale et utérine douloureuse, et l’augmentation de son taux de cholestérol, ainsi que sa nouvelle anxiété l’ont plongé dans des crises de panique importantes. Son médecin lui a prescrit des antidépresseurs et, « elle s’est rendue compte que sa dysphorie de genre, le sentiment douloureux d’être dans « le mauvais corps », ne faisait pas d’elle un homme », dit encore le site, à propos de ce témoignage édifiant.

Dans un article de Marianne, du 22 juin 2021, le pédopsychiatre Anne Perret dénonce une « fascination pour ces discours autour de la transidentité » de la part des professionnels de santé car, « les exigences du champ clinique s’effacent devant le militantisme », mais avec comme conséquence, un « interventionnisme médical trop rapide ». Dans le Vaucluse, les parents d’un garçon de 8 ans qui se sent une « fille dans un corps de garçon », voient leur demande de modification de prénom à l’Etat civil refusée par l’administration, car, selon le procureur, pour obtenir le changement de prénom, les parents de Lilie doivent « prouver que leur enfant a entamé une modification irréversible de son corps de garçon en fille »[7].

En Grande-Bretagne, cette pratique interroge précisément le consentement réel des jeunes patients. La BBC rapporte un fait qui s’est déroulé devant la justice britannique : Keira Bell, à 14 ans, « n’était pas en mesure de consentir à l’administration de bloqueurs de puberté après seulement trois rendez-vous d’une heure, puis des injections de testostérone à partir de ses 17 ans et une ablation des seins à 20 ans ». Moins de dix ans plus tard, « si elle a gagné son action en justice, elle est infertile et sera toute sa vie prise pour un homme. »[8]

L’idéologie est systématiquement dangereuse. Cette recherche constante du bonheur, dans des idées progressistes qui se présentent comme des dogmes, ne doivent pas nous empêcher de penser et de faire usage de notre esprit critique. L’air du temps interdit pourtant de penser la « transition », et le phénomène grandissant de la transidentité, ailleurs qu’en accord avec les thèses des militants LGBTQI2S+. Le refus de débattre avec leurs opposants, qu’ils accusent aussitôt de transphobie, sans discernement ni distinction, le refus d’admettre le réel, même lorsqu’ils le mordent, montre l’urgence à penser cette mode, certes inspirée d’une réalité, la dysphorie de genre n’est pas neuve en ce monde, et elle est un phénomène réel chez une petite minorité de la population, mais largement politisée et instrumentalisée par des défenseurs de la cause, qui se servent de l’opprobre et de l’attaque ad hominem pour faire taire leurs adversaires.

Dans une époque si peu intelligente, il s’agit pour le philosophe, de s’emparer des sujets brûlants, voire dangereux, au risque du bannissement social s’il le faut, afin d’apporter un autre éclairage sur les folies ordinaires de son époque. Ici, en l’occurrence, il suffit de se pencher sur les chiffres, les faits demeurant têtus, pour comprendre que nous devrons bientôt tirer les conséquences d’une mode qui, loin d’être inoffensive, s’inspire de l’idéologie dominante en envahissant l’espace public, endoctrinant les jeunes générations, c’est-à-dire nos enfants, mais au risque principalement, de créer des dégâts irréversibles sur les adultes qu’ils seront plus tard. Affaire à suivre !

Marc Alpozzo
Philosophe, essayiste
Auteur de Seuls. Éloge de la rencontre, Les Belles Lettres

A lire aussi : Transgenre : mais que peut vouloir dire « être né dans le mauvais corps » ?


[1] En 2019, J.K. Rowling a créé la polémique en soutenant Maya Forstater, une chercheuse britannique ayant été licenciée après avoir publié sur Twitter qu’une personne ne peut pas changer son sexe biologique. Selon l’écrivain, la scientifique a été injustement licenciée pour avoir « déclaré que le sexe est réel ». En réponse, elle a écrit sur Twitter : « Habillez-vous comme vous voulez. Appelez-vous comme vous voulez. Couchez avec n’importe quel adulte consentant qui vous aura. Vivez votre meilleure vie dans la paix et la sécurité. Mais forcer les femmes à quitter leur travail pour avoir déclaré que le sexe est réel ? », puis a été frappée d’une polémique mondiale.

[2] Voir à ce propos une très bonne analyse de Mathieu Bock-Côté, « Disney au cœur de la guerre culturelle » in Le Figaro, du Samedi 2 avril 2022.

[3] Voir Valeurs actuelles, du 30 mars 2022 : https://www.valeursactuelles.com/societe/disney-veut-un-quota-de-50-de-personnages-lgbt-et-issus-des-minorites-raciales

[4]  Le Parisien : https://www.leparisien.fr/societe/ados-et-transidentite-ces-jeunes-qui-ont-change-de-sexe-et-veulent-faire-marche-arriere-03-05-2022-ABC7VUY6IZHIDGI5MQAUE5GGNM.php#xtor=AD-1481423552%20[visit%C3%A9%20le%202%20mai%20

[5] Voir lexique en fin d’ouvrage.

[6] Source : The Economist (06/11/2021) : https://www.genethique.org/dystrophie-de-genre-des-detransitionneurs-de-plus-en-plus-nombreux/

[7] L’avocat de la famille, Me Laurence Mayer, a contesté cette réponse en arguant qu’elle était « illégale », puisque « depuis 2016, la loi modernisation de la justice permet d’obtenir un changement de sexe sans que la modification physique soit irréversible ». Les parents de l’enfant réfléchissent à contester la décision devant le juge des affaires familiales. Source : Ouest France (09/03/2021)

[8] Source : BBC (23/06/2021).

2 Commentaires

  1. Pour information, et puisque l’auteur de ces lignes a eu la paresse de rechercher des chiffres, la proportion de détransitionneurs est de 6%.

    Ce qui, sans analyse complémentaire, indique déjà qu’au moins 94% des personnes effectuant une transition seraient satisfaites.

    En allant plus loin, et en analysant les chiffres plus finement, on se rend compte que sur les 6%, 5,6% sont constitués de personnes faisant marche arrière essentiellement du fait de manifestations de rejet de leur entourage ou de difficultés professionnelles.

    Au final, donc, les « vrais » détransitionneurs, ceux qui estiment s’être trompés du tout au tout, ne représentent donc que 0,4% des chiffres.

    On est loin d’un tsunami…

    Le brillant penseur qui a pondu ces lignes est également assez mal renseigné sur le travail des associations, qu’il considère visiblement comme des entités démoniaques tentant par tous les moyens d’acheter des âmes simples pour les vouer aux gémonies, alors que leur but premier est d’informer de façon éclairée et neutre, sans jamais pousser qui que ce soit à faire quoi que ce soit.

    Et beaucoup de jeunes et moins jeunes, après être venus une ou plusieurs fois, se rendent compte que l’origine de leur mal-être était ailleurs, et vont voir sous d’autres cieux. Et nous en sommes extrêmement satisfaits, nous ne touchons pas de commission à la pièce.

    Monsieur le philosophe pourrait éventuellement venir jeter un oeil sur place, qu’il soit rassuré, ça ne s’attrape pas…

    Et sourcer ailleurs que dans Valeurs Actuelles, aussi saine que soit cette lecture…

  2. Personne transgenre de 71 ans, je suis lassée de cette « ratonnade » médiatique. Nous en avons connu régulièrement. C’est cela qui mériterait un article, car les angles d’attaque ont été nombreux et contradictoires. Un poster paru au dernier congrès de WPATH « détransition in the media, (Edith Paré-Roy (BA), Mélanie Millette (PhD), Olivier Turbide (PhD), Annie Pullen Sansfaçon (PhD)) portant sur 192 articles parus entre 2017 et 2020 conclue à l’émergence d’un discours implicitement négatif contre la transition dans la presse.
    Le présent article relève d’une forme de « churnalisme », qui remachouille à l’infini les mêmes données sans s’appuyer sur des études faisant consensus (excepté celle de Lisa Littman qui fait unique dans la presse scientifique a fait l’objet d’un rectificatif pour ses biais). Tout cela ne fait que jeter la suspicion et raviver les clivages en produisant un lavage de cerveau avec des moyens que n’aura jamais le fameux lobby LGBT. Le minimum ce serait de rendre également compte des travaux en notre faveur et de l’immense majorité des personnes heureuses de leur transition. Notre réalité est très loin de ce genre d’écrit.
    Nous avons père, mère, frères, sœurs, enfants, amis qui ne sont pas des personnes trans et ces articles (ou plutôt ces écrits irresponsables) ne font qu’augmenter les difficultés, soit parce que cela facilite les résistances à une question personnelle qui n’est pas une mode, mais une problématique difficile à vivre (la transition), soit parce que cela met une charge supplémentaire sur les épaules de ceux qui nous aime et essaient de nous soutenir.
    Nous sommes dans la phase qui prépare la légitimation des violences physiques. Encore quelques années d’efforts de ce genre d’article et cela finira comme en Tchétchénie où les parents ont obtenu le droit de tuer un enfant homo ou trans. Cela n’a pas posé de problème en France.

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