Pierre-Antoine Capton (Mediawan) (Photo Julie Sebadelha/ABACAPRESS.COM)

On dit couramment que sans réseaux ou appuis, il est très difficile de réussir ou de monter dans l’establishment. Le parcours incroyable du dirigeant de Mediawan tend à démontrer qu’on peut tirer son épingle du jeu sans réseaux au départ ; mais à la condition de savoir, au fil des affaires, nouer et se constituer un solide carnet d’adresses amical ou professionnel.

Patrons, surtout, essayez de sortir de votre tour d’ivoire. Celle où beaucoup tentent de vous enfermer. La vie est faite de rencontres, parfois organisées, et souvent fortuites. Autant d’occasions qu’il faut savoir mettre à profit.

Prenez le parcours d’un dirigeant dont on parle beaucoup en ce moment dans le petit monde des médias et de la production télévisuelle en particulier. Je veux parler de Pierre- Antoine Capton, 47 ans, l’actuel patron de Mediawan, une société qui a le vent en poupe avec l’appui de Xavier Niel et du banquier Matthieu Pigasse. Une pépite française qui va dépasser le milliard d’euros de chiffre d’affaires alors qu’elle n’en faisait qu’à peine 38 millions d’euros 7 ans auparavant. Même si le marché de la production audiovisuelle est objectivement l’un des plus porteurs avec l’explosion du streaming et des séries en tout genre.

Quand on observe le parcours de Capton, (le journaliste du Figaro, spécialiste des médias, Enguerrand Renault en a dressé un beau portrait),  on s’aperçoit que rien ne prédestinait ce Trouvillais de souche, fils d’un moniteur d’auto- école de la côte fleurie et d’une coiffeuse, à devenir en moins de 30 ans l’un des dirigeants les plus en vue de l’audiovisuel hexagonal voire européen.

Rien, si ce n’est justement cette capacité à se rapprocher de certaines personnes et à s’en faire des alliés. Quand notre jeune Normand monte à Paris, Bac en poche, il n’a rien d’autre que son envie de journalisme ou du théâtre. Par l’entremise de Jacques Chancel, il fait la connaissance de Florian Zeller, auteur de pièces, avec qui il lie vite amitié avant de s’associer dans la production de théâtres et de fonder ensemble Blue Morning Pictures, leur première boîte de production télé. Le pli semble pris, la jeune entreprise, devenue Troisième Œil, réussit même à vendre des séries à des plateformes internationales comme Disney ou Netflix.

En 2016, autre rencontre déterminante, avec cette fois les redoutables businessmans Xavier Niel et Matthieu Pigasse. Les deux financiers sont à la recherche d’un dirigeant ambitieux pour diriger leur projet de major de l’audiovisuel international. Le contact passe bien avec Capton et celui est chargé de transformer sa petite affaire audiovisuelle indépendante, Troisième Œil en géant international de la production sous le nom de Mediawan. La mayonnaise prend. Capton a le savoir-faire et avec les dollars, Mediawan réussit à grossir à la faveur du rachat d’AB productions et de nombreux autres affaires. L’objectif étant d’alimenter les demandes toujours plus nombreuses en provenance des géants du streaming vidéo.

Autre rencontre décisive, en 2020 : Mediawan sort de la bourse et fait rentrer dans son capital le grands fonds américain KKR qui, outre lors financements, apporte dans la corbeille de mariée sa filiale de production allemande, juste avant de reprendre ensuite Lagardère Studio.

La boucle est bouclée. Le Big deal permet au Rastignac du pays d’Auge de faire la connaissance au passage du  » loup de Wall Street « , le redouté Henry Kravis, celui- la même qui s’est spécialisé en OPA géantes et hostiles dont celles de RJR Nabisco est encore dans toutes les mémoires des financiers de New- York. Encore une belle occasion à faire fructifier !

Selon Pierre- Antoine Capton lui-même : « Henry nous ouvre les portes du marché américain de la production, et j’ai grand plaisir à échanger avec celui qui connaît tout le monde à Los Angeles ». On le serait à moins, cela le change des planches de Deauville !

Parler, échanger, rencontrer : c’est tout le savoir-faire de cet entrepreneur atypique. Un parcours sans faute qui nous ouvre les yeux sur l’importance des échanges. Capton est d’ailleurs souvent en déplacements, Londres, Rome ou même Séoul. Ce n’est pas fortuit.
Une passion des rencontres au point qu’on peut se demander si celui qui, devenu président du club de football du Stade Malherbe de Caen ( Ligue 2) ne l’est pas devenu, certes par passion du football et de sa région normande, mais aussi parce qu’en 1998, il est devenu ami avec un certain Vincent Labrune, alors simple attaché de presse de France 2. Ce dernier est devenu président de la Ligue Nationale du football francais depuis. La question est posée.

Une rencontre de plus pour jalonner ce bel itinéraire d’un entrepreneur jamais rassasié et qui ne manque jamais une occasion de dîner un soir avec ses potes dans une brasserie
de Trouville ( les 4 Chats ) Arnaud de Puyfontaine ou Gilles Pélisson. Pas vraiment des inconnus non plus : respectivement patron de Vivendi et tout juste ex-PDG de TF1.

Savoir entretenir son réseau est décidément un don à cultiver. Ne le négligez pas. À l’époque des messages numériques, rien ne vaut une rencontre physique ou un café un matin…

Pour la petite histoire, aux dernières nouvelles, Capton a relancé l’Hotel Flaubert à Trouville. Ne le répétez pas, il avait rencontré quelques mois auparavant, un certain Jean- Philippe Cartier, devenu avec H8 Collection, grand entrepreneur de l’hôtellerie française du luxe. Et si le contact devenait la principale qualité du dirigeant d’aujourd’hui ?

Robert Lafont

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