Par Eric Haddad, PDG du Groupe Connectt (agences d’intérim Connectt et Bref Services, plateforme myconnectt)

Le manque de main d’œuvre pénalise fortement le développement économique de plusieurs secteurs. Si quelques migrants et retraités à faible pension peuvent occuper certains postes, ce n’est pas avec des rustines qu’on va boucher un trou sans fond. La responsabilité incombe aux recruteurs ainsi qu’au prochains ministres du travail, de l’éducation et de l’enseignement supérieur.

Depuis quelques semaines, je vois le même panneau sur la devanture d’une crêperie « nous sommes momentanément fermés, faute de chef crêpier. Si vous voulez postuler… » Combien de temps pourra-t-elle tenir ainsi ? Son patron a certainement adapté les horaires de travail et proposé un salaire motivant comme bon nombre de ses confrères depuis quelques mois, mais rien n’y fait. Les exemples sont légion en France. Avant, un candidat devait séduire le recruteur, aujourd’hui la tendance tend à s’inverser : l’entreprise doit redoubler d’efforts pour être attractive aux yeux du candidat. Et ça ne se joue pas que sur le salaire. Onboarding, tutorat, primes, télétravail, accompagnement, formation, sens de la mission sont autant de critères qui doivent aussi être mis en avant.

Avec les réseaux sociaux professionnels, les salons, les plateformes, ou encore les écoles, les lieux de rencontre employeurs/candidats sont démultipliés par rapport au début des années 2000. N’attendons pas qu’ils poussent les portes de nos agences, ce temps-là est révolu, nous devons aller les chercher à la sortie des écoles, sur les réseaux sociaux, avec des arguments qui leur parlent : dimension sociétale du poste, engagements environnementaux de l’entreprise, flexibilité, formation. Les solutions existent, dès lors que nous sommes ouverts à tous les profils.

Formation, immigration et diversification

Au-delà de la rime, ce sont trois éléments essentiels. En début d’année, la pénurie d’intérimaires a été amplifiée par l’épidémie de Covid-19. Néanmoins, cela a permis de donner une chance à des profils qui n’auraient pas été retenus au premier abord par des entreprises, je pense en particulier aux jeunes diplômés. Il faut continuer de rester ouverts aux profils qui n’étaient pas forcément plébiscités ces dernières années. Si certains retraités reprennent une activité quelques heures par semaine pour boucler leurs fins de mois, nous devons les accueillir et les encourager, mais ce n’est malheureusement pas une solution durable à la pénurie constante de candidats. Et il nous faut parfois aller les chercher hors de nos frontières. L’immigration est une chance, une manne de compétences qu’il faut accueillir et former aux métiers en tension afin de répondre efficacement aux besoins de nos clients… Si la France continue de rester une terre d’accueil, ce qui n’est pas forcément acquis vu la poussée de l’extrême droite lors de l’élection présidentielle.

Une autre voie doit aussi être mise en valeur, celle de la formation. Le prochain gouvernement a d’ailleurs un rôle important à jouer concernant ce sujet, car il faut revoir en profondeur l’accès à la formation professionnelle. L’orientation vers un bac pro n’est pas une voie de garage. Cette mauvaise idée reçue freine les jeunes qui ont très tôt une idée précise du métier qu’ils veulent exercer et pour lesquels la filière générale n’est pas adaptée. L’accès aux formations (diplômantes ou non) doit être facilité par Pole Emploi, avec une priorité aux secteurs d’activité en tensions. Des incitations financières et matérielles suffisantes doivent être proposées, si cela doit entraîner des changements importants au sein des familles (garde d’enfants, déménagements, logs trajets, achat de véhicule…). Les chômeurs et ceux qui veulent se reconvertir doivent être mieux accompagnés et guidés en priorité vers les filières en pénurie.

Alors, peut-être que le prochain chef crêpier à côté de chez moi sera polonais, aura commencé sa carrière dans la finance avant de se réorienter, ou fraîchement diplômé d’un bac pro de cuisine.

Eric Haddad

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