Qui va mettre la main sur le château de la Marquise de Pompadour ?

Le château de Ménars, à quelques kilomètres de Blois, sur la rive droite de la Loire, est classé aux Monuments Historiques depuis 1949. Construite au XVIIe siècle, l’ancienne demeure de la Marquise de Pompadour, située dans un cadre idyllique, est au cœur d’un conflit entre deux acquéreurs qui veulent le transformer en site hôtelier de prestige. La propriété a été proposée autour de 14 millions d’euros.

L’ancien château, dont Mme de Pompadour fut un temps propriétaire, a souffert comme beaucoup d’autres de la révolution. Première moitié du XIXe siècle, il fut restauré par ses nouveaux maîtres. C’est à cette époque que fut créée une école professionnelle dénommée « Prytanée ». Le propriétaire, Joseph de Riquet de Caraman-Chimay, décide de fonder en 1830 cette école avant-gardiste dont la mission était de fournir une éducation à des élèves de milieux et de nationalités différentes.

Financièrement, elle semble avoir été un puits sans fond. Huit ans plus tard, l’école change de direction pour devenir « École professionnelle du Centre » avec trois sections : le lycée traditionnel, une école de commerce et une école Arts et métiers. Ces initiatives ne seront pas couronnées de succès et le domaine finit par être vendu aux enchères publiques. Après plusieurs péripéties, le château et ses quelque 400 hectares sont repris par un entrepreneur, Félix Allard, qui va le faire renaître. Après sa mort, la propriété subit de nouvelles épreuves, sera pendant un temps propriété de Saint-Gobain, avant d’être vendue en 1983 à un magnat de l’immobilier, Edmond Baysari, qui investit pour lui redonner de son ancienne splendeur.

Edmond Basayri, mécène amoureux des arts C’est indirectement grâce à l’arrivée de François Mitterrand et la campagne de nationalisations qui frappe notamment Saint-Gobain, que le milliardaire libano-américain Edmond Baysari finit par acquérir le château. Le château reste privé, n’est pas ouvert au public, même si son nouveau possesseur accepte de le réserver à certains événements, il est ainsi l’un des lieux de réception de chefs d’État étrangers. C’est finalement en 2015 que Edmond Baysari décide de le mettre en vente, cherchant un repreneur intéressé par la sauvegarde de ce patrimoine. Cela se conclut cependant début 2018 par une mise aux enchères publiques qui va bloquer assez longtemps la situation.

Les héritiers d’Edmond Baysari n’ont pas reçu les 30 millions escomptés au départ pour le domaine, qui comprend alors le château, ses dépendances, le parc de 45 hectares qui lui reste rattaché, tout comme la magnifique allée de tilleuls qui s’étend sur 4 kilomètres. La vente définitive semble s’être faite aux environs de 12 millions d’euros.

IMBROGLIO FISCAL

Le milliardaire libano-américain Edmond Basayri, sans descendance directe, a laissé lors de son décès en 2018 une dette au Trésor public qui a engendré des hypothèques. La vente permet donc à ses héritiers de la solder. Selon les déclarations de la famille, l’homme d’affaires était en litige avec le fisc depuis plusieurs années à propos du solde d’une surtaxe de 3% qu’il estimait avoir déjà payée. Il est vrai que le fisc français n’a pas conclu de compromis sur le sujet.

Y compris pour un homme qui a investi quelque 100 millions d’euros en trente ans pour la restauration du château et l’entretien du parc, qui restaient sa propriété privée. Les moyens étaient au rendez-vous, mais l’affaire semble avoir généré des crispations sans fin. D’autant que les investissements effectués sur le domaine ont été réalisés sans subvention de l’État, ni même de demande de défiscalisation selon les proches. Peu importait pour celui que l’on peut qualifier de vrai amoureux de l’histoire du château dans cette affaire, il avait d’ailleurs déclaré via son avocat espérer être bien reçu par la marquise de Pompadour lors de son arrivée dans l’au-delà pour avoir contribué à rendre à son ancienne propriété le lustre d’antan.

Si le prix de vente de 12 millions semble très intéressant pour l’acheteur, il n’en reste pas moins que les frais d’entretien étaient évalués il y a six ans à presque un demi-million d’euros par an, mieux vaut être solide financièrement pour entretenir ne fut-ce que le château et ses quelques 62 chambres. D’autant qu’aujourd’hui, il faut commencer par remettre en état l’endroit tout en le respectant de par son histoire.

Clara Kuo, nouvelle marquise de Pompadour ?

Depuis sept ans sur le marché, la vente a été on ne peut plus discrète. C’est début de cette année que l’on apprend que le château de Ménars a été vendu dès juin 2022 à une femme d’affaires franco-taïwanaise. Mais coup de théâtre ! Le groupe immobilier Viae affirme avoir signé auparavant un document de promesse de vente en décembre 2021 et d’avoir de ce fait lancé des études afin d’estimer les investissements à venir pour transformer l’endroit en hôtel de luxe.

Le projet était complet, avec hôtel, restaurant gastronomique et même en souvenir peut-être du passé, une école sur le thème de l’agriculture biologique. Le groupe immobilier a en effet développé une nouvelle branche d’activité sur les biens patrimoniaux et s’est lancé dans la « restructuration de sites patrimoniaux, raison pour laquelle le projet était à l’étude sur Ménars avec un investissement de 80 millions d’euros à la clé ». Le match est donc lancé entre Clara Kuo et Thierry de Tournon, dirigeant du groupe Viae. Ce dernier met en avant un préjudice. Il est plus que probable qu’il souhaitera se voir au minimum indemnisé des frais engagés. À moins qu’il ne tente de faire annuler la vente. Les paris sont ouverts.

La nouvelle propriétaire quant à elle a d’ores et déjà engagé les premières études de travaux de restauration, un travail qui tient à cœur de cette commissaire-priseuse, consultante en art et actionnaire principale de l’entreprise Oscar. Cette amoureuse de l’histoire est bien connue des milieux diplomatiques français. En 2019, Clara Kuo a reçu de la part du ministère de la Culture français la médaille de Chevalier des Arts et Lettres au titre de son action de mécénat, de directrice d’une fondation éducative et culturelle, et de sa contribution aux échanges culturels entre les deux pays. Les deux cinquantenaires vont-ils batailler devant les tribunaux ou trouver un terrain d’entente ? L’avenir le dira, la bataille est engagée !

Pour la France et le prestige de son patrimoine situé dans la renommée région des châteaux de la Loire, il serait appréciable que l’ancienne demeure de la marquise de Pompadour, ancienne maîtresse de Louis XV, trouve un acquéreur à la hauteur de ses ambitions royales.

Anne Florin

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