Tribune libre.

Questo è un node avviluppato
Questo è un gruppo rintrecciato
Chi sviluppa, più inviluppa,
Chi più sgruppa, più raggruppa

Ce qui veut dire :

Quel noeud embrouillé
Quel écheveau enchevêtré

Qui cherchera à le débrouiller ne fera que l’embrouiller davantage

Ainsi Gioacchino Rossini orne-t-il son célèbre opéra La Cenerentola d’une série  de vocalises bouffes de nature à amuser en même temps qu’à charmer.

Le choix de l’alitération répétée souligne le caractère absurde de la situation.

J’ai bien dit absurde n’en déplaise à quiconque. Ecoutons plutôt : Questo gruppo ragruppato. Ce groupe regroupé, ça nous a un air de famille. Le voilà lâché le mot qui fâche : la famille ! Le groupe regroupé c’est la famille !  Et le regroupement familial alors? Est-ce toujours aussi comique ? C’est la beauté inégalable de l’Opera-Buffa. Nous tenons la preuve que ceux qui ont installé ce regroupement sont des maîtres dans l’art de la bouffonnerie, bouffons eux-mêmes assurément.

Dans une nouvelle terrifiante et belle, nommée La main de Goetz Von Berlichingen, l’écrivain fantastique Jean Ray, de son vrai nom Jean Raymond de Chandler, originaire des Flandres et créateur du légendaire Harry Dickson, imagine une main coupée revêtue d’un gant de fer qui parcourt la campagne à la recherche de victimes à étrangler. Goetz Von Berlichingen était un chevalier du XVème siècle  qui servit de modèle à Goethe et à Albrecht Dürer. C’est lui qui est représenté dans la gravure Le Chevalier, la mort et le diable. Sartre le fera intervenir dans Le Diable et le bon dieu.

Cette main à la recherche de victimes pourrait s’en prendre très utilement aux idées reçues, puisque malgré son évidence, la nocivité de la mesure dite du regroupement familial persiste à être niée par ceux qui ont en charge le destin collectif des spectateurs de leur propre agonie. C’est toute la magie du théâtre, les bouffons mènent la danse mais c’est une danse macabre ! Ainsi que dans l’opéra La Cenerentola qui est une adaptation pour la scène lyrique du conte de Charles Perrault, Cendrillon, derrière la farce il y a le drame, et c’est la mort d’une civilisation, la nôtre, qui se joue sous nos yeux éberlués.

Dans le film Rosemary’s baby de Roman Polanski, le diable s’est uni avec une frêle jeune femme incarnée par Mia Farrow, afin de mettre au monde l’Antéchrist, figure symbolique et symétrique du sauveur. Il faut se replonger dans l’atmosphère festive de la réception donnée pour la plus grande épouvante de la mère dans l’appartement voisin par les complices du diable pour mesurer à son juste niveau la situation du drame. On rit, on boit, on plaisante, et le diable est dans le berceau. C’est le côté rêve-éveillé  qui révèle l’ambiguïté d’une prise de conscience difficile à énoncer.

Il y a dans la situation présente un phénomène hallucinatoire qui rend difficile l’acceptation de la réalité. La guerre est déjà là mais aura-t-elle vraiment lieu ? Sérier les dangers afin de distinguer le réel des phantasmes de la peur est la difficulté principale pour ceux qui le voient mais n’arrivent pas à y croire. Il n’est besoin que de relire La Guerre de Troie n’aura pas lieu de Jean Giraudoux pour comprendre qu’il est plus facile de voir les problèmes que de croire à ce que l’on voit.

J’ai voulu commencer la chronique par l’évocation légère d’un opéra de Rossini, ce maître absolu du bonheur pour instiller un doute. Est-il vraiment obscène de dire ce que l’on voit ? Voilà qui taraude ! Pour dire, pour crier même il faut des mots, mais la langue se perd à la mesure même de la modification et de l’altération de sa prononciation. Aucune vigie ne peut être comprise par aucun marin de quelque équipage qu’il soit si elle vocifère ses alertes en volapük. Ulysse en a fait l’expérience tragique. Un peuple qui perd sa langue est un peuple perdu. Il sera bien temps de nous en apercevoir quand Paris, Londres ou Berlin seront devenues Kaboul.

Jean-François Marchi

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