Eva Berneke, directrice générale d'Eutelsat

Désolant de voir les marchés boursiers dévisser à ce point à l’annonce d’un des plus beaux rapprochements industriels européens de l’année. En l’occurrence, celle du mariage entre l’opérateur français de satellites Eutelsat (1,2 milliards d’euros de chiffres d’affaires) avec la société britannique OneWeb.

Un rapprochement qui interviendra sous forme de fusion égalitaire et qui placerait le nouvel ensemble comme leader mondial de la connectivité sur un marché extrêmement porteur et convoité, que le cabinet Euroconsult évalue à 16 milliards de dollars d’ici 2030. L’entrepreneur président d’Altice, Patrick Drahi, ne s’y était pas trompé. Lui qui, il y a quelques mois, avait tenté, avant d’y renoncer, de monter dans le capital d’Eutelsat. De son côté, l’entrepreneur Charles Beigbeder (Audacia) lance actuellement, avec François Chopard (accélérateur Starbust), le fonds Expansion pour investir sur le secteur spatial (lire son interview dans Entreprendre 359).

Eutelsat/OneWeb, alliance tant technologique que financière, permettra à la souveraineté européenne et française (même si le premier actionnaire du nouveau groupe sera le groupe indien Bharti) de s’affirmer dans un domaine aussi stratégique que le spatial, face à l’hégémonie américaine. Rappelons qu’Elon Musk avec SpaceX (Starlink) et Jeff Bezos avec Blue Origin (Kulper) avaient déjà pris les devants dans le domaine des constellations, avec l’appui de la NASA et du Pentagone, et occupaient les deux premières places mondiales.

La bourse, qui certes a coutume d’anticiper sur les projets en cours, a pour mauvaise habitude de sanctionner les opérations de croissance externe ou de dévaloriser par trop les industries classiques. À un moment, le groupe Renault-Nissan-Mitsubishi valait bien moins en capitalisation que Tesla, alors que leurs parts de marché et savoir-faire sont sans équivalents. De la même manière, aujourd’hui, des firmes comme Atos ou Alstom semblent également largement décotées dans leurs domaines respectifs (informatique, matériels de transports) eu égard à leurs potentiels de développement. C’est à souligner aussi.

Les marchés financiers n’ont pas toujours raison. Pour la simple et bonne raison que c’est la loi du nombre qui y fait office de règle. Or, pas mal d’entrepreneurs ont eu raison seuls contre tous à un moment donné de leurs carrières, même si c’est à éviter en règle générale.

Robert Lafont

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