Dans l’affaire Vivendi / Mediaset, Rome crée un amendement ad hoc pour contenir « l’étranger » Vincent Bolloré. Pendant ce temps-là, nous lâchons le contrôle des chantiers de l’ atlantique à Fincantieri et PSA à Fiat-Chrysler.

Alors que le gouvernement français a accepté (c’était sous François Hollande, Bercy était tenu par Emmanuel Macron) sans trop barguigner la perte de contrôle de notre magnifique chantier naval, les Chantiers de l’Atlantique à Saint -Nazaire, qui fait l’envie du monde entier, au groupe Fincantieri, même si un rapport du Sénat et de la Commission européenne pourrait finalement faire capoter le deal. On apprend que le gouvernement italien fait preuve de beaucoup moins d’empressement dans l’affaire qui oppose Vivendi à Mediaset. Alors que Vincent Bolloré était en droit d’acquérir, depuis 2016, quelque 28,8 % du capital de la chaîne de télé payante Mediaset Premium appartenant au groupe de Silvio Berlusconi. Le tribunal administratif de Rome va se prononcer sur le gel de 20 % du capital de Mediaset détenu par Vivendi alors même que la Cour européenne de justice a donné raison à Vivendi, déclarant ce gel illégal. Sans attendre, l’exécutif transalpin vient de faire passer in-extremis un amendement de dernière minute intitulé, sans se cacher, « Sauver Mediaset. » Difficile d’être plus clair ! Son objet, on l’a compris, est d’obliger l’autorité italienne de la communication ( AG Com) d’analyser durant 6 mois les conséquences pour le pluralisme des médias de l’entrée d’un étranger au capital.

Que ces choses-là sont dites sans précaution. Oui, vous avez bien lu, un étranger. En l’occurrence, Il s’agit d’un Français, un grand capitaine d’industrie en la personne de Vincent Bolloré !

Où est l’esprit européen ? Nous avons été de notre côté bien moins précautionneux quand il a été question pour PSA de faire alliance avec Fiât -Chrysler, une alliance hautement stratégique où, in fine,la famille Agnelli et John Elkann, détiendront plus de droits que le clan Peugeot.

Le patriotisme économique ne semble décidément pas être le même selon le coté des Alpes où l’on se situe. Au moment où notre gouvernement, et la ministre Agnès Pannier-Runacher en tête, tarde à soutenir la solution de rachat des activités des turbines nucléaires d’Alstom par Fréderic Pierucci auprès de GE. Pourtant, ces savoir-faire sont essentiels pour notre souveraineté énergétique.

Sans parler du camouflet Photonis, repris in extremis par l’américain Teledyne, où nous avons été incapables d’organiser un plan de reprise hexagonal pour cette pépite tricolore de l’optronique et de la vision nocturne (stratégique au plan militaire )alors même que les fonds américains voulaient se défausser. Il ne faudrait pas non plus que nous désintéressions actuellement, tant qu’il en est encore temps, des activités de recherche de Nokia à Lannion que le géant finlandais s’apprête à abandonner en rase campagne. Arnaud Montebourg est le seul politique avec quelques médias comme Entreprendre ou L’Usine Nouvelle à monter au créneau sur le sujet. Le Medef et LR sont curieusement encore aux abonnés absents.
En attendant, le président du Conseil italien, Gusieppe Conte vient d’annoncer vouloir investir massivement pour relancer les activités sidérurgiques délaissées par Arcelor Mittal dans la péninsule. Rome va investir 1,1 milliard pour renationaliser l’aciérie Ilva. Après avoir pris le contrôle d’Alitalia, n’hésitant pas à nationaliser, l’exécutif romain est bien moins gêné que Paris qui a mis des milliards dans Air France sans exiger de monter au capital. Tout en développant à l’extérieur un discours tout aussi pro-européen que celui tenu par Paris. Les bons sentiments n’empêchent donc pas l’action. Développer un idéal européen ne doit pas nous empêcher d’être pragmatique au plan intérieur. Défendons d’avantage nos industries ! Bruno Le Maire se doit de monter rapidement au créneau !

Robert Lafont

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