Le fait que ce ne soit pas Bercy ou Matignon qui se soit opposé à la vente de Photonis, mais la ministre de la Défense atteste qu’il y a encore un vrai problème concernant notre stratégie industrielle. Il est plus qu’urgent de renforcer notre politique de souveraineté industrielle !

On l’a échappé belle ! Je ne sais pas si un article récent dans « Entreprendre » pointant le faible patriotisme économique par rapport à son homologue transalpin dans plusieurs affaires récentes (Vivendi /Mediaset, Chantiers de l’Atlantique / Fincantieri…) aura contribué à faire bouger nos gouvernants. Toujours est -il que la décision du gouvernement français visant à bloquer la cession de la pépite française de l’optronique, Photonis (1000 salariés a Mérignac en Gironde) tombe à point nommé pour atténuer les critiques sur le sujet. Arnaud Montebourg doit s’en réjouir.

Même si en l’occurrence, ce n’est pas Bercy, ni Bruno Le Maire, ni Agnès Pannier-Runacher qui, semble-t-il, sont montés en première ligne sur ce dossier sensible. Mais la ministre des Armées, Florence Parly qui a objecté des objectifs d’indépendance d’actifs stratégiques pour mettre un terme à la cession de la pépite tricolore de la vision nocturne à l’américain Teledyne, comme c’était envisagé.

Sans cet argument, cette belle ETI industrielle tricolore, détenue aujourd’hui par le fonds Ardian ( fonds de LBO d’origine française de 700 salariés et 100 milliards d’euros d’actif) allait passer sous contrôle étranger. L’Hotel de Brienne de préciser qu’une solution alternative de rachat pour quelques 400 millions d’euros environ par un pool français faisant intervenir à la fois Thales, Safran voire Dassault, était en cours de montage. Et même si, dans cette affaire, l’enjeu de souveraineté aura pesé d’avantage que l’enjeu industriel, il serait temps que nos dirigeants se remettent à réfléchir sur les moyens d’arriver à protéger d’avantage nos fleurons surtout dans la période actuelle.

La cession d’Arcelor, des Chantiers de l’Atlantique devraient pourtant avoir décillé les yeux de nos responsables politiques. Et quand on voit le ministère des Finances annoncer prolonger d’un an – jusqu’au 31/12/2021-en élargissant la possibilité de contrôle des investissements étrangers prenant des parts dans nos entreprises « exerçant des activités sensibles », en faisant passer le seuil de 25 % des actions à 10%, on se demande encore pourquoi limiter cette possibilité de contrôle à seulement un an. Ce qui pourrait signifier qu’après 2022, la grande « braderie »du capitalisme industriel hexagonal pourrait à nouveau reprendre !
Arrêtons d’être les princes de l’angélisme économique, surtout pour un pays qui dans les années 80 avait presqu’autant d’ETI que l’Allemagne et qui,40 ans plus tard, en a aujourd’hui deux fois moins !. Et rappelons qu’en cette période de large déficit budgétaire, il est impératif de renforcer la rentabilité de nos entreprises. Ainsi comme le précise dans « Les Echos » opportunément Alexandre Saubot le président de France Industrie, par ailleurs dirigeant d’Haulotte Group ( ETI de 2000 salariés) :  « Quand on a une fiscalité qui pèse sur les marges, on freine aussi la croissance, car, pour se développer, il faut aussi investir. Le premier carburant des fonds propres, ce sont les profits des années précédentes. »

Comme on aimerait entendre nos dirigeants politiques s’imprégner de ces vérités premières. Il n’est jamais trop tard pour relancer nos industries !

Robert Lafont

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