La fermeture administrative de nos librairies de quartier fait mal. Mal à nos consciences d’abord. Car on croyait vivre dans le pays de l’écrit justement, celui où l’on ne peut devenir président de la République si on n’a pas d’abord écrit un livre. Celui dont les écrivains font encore référence dans le monde, de Voltaire à Montaigne, de Proust à Pascal. Celui du verbe, quitte à ce que celui-ci remplace dans les raisonnements les faits, c’est autre chose…

Mais ne nous reprochons pas d’avoir des envolées lyriques. Henry Miller a débarqué à Paris après guerre pour goûter à notre formidable parfum de liberté. Et il n’est pas le seul. Restons-en digne ! Et voilà qu’on nous prive de notre jouet favori, le livre n’étant pas jugé « essentiel » par nos dirigeants actuels, décidément toujours en quête d’une bonne action !

Roselyne Bachelot pourrait mettre sa démission dans la balance si les librairies ne rouvrent pas le 13 novembre

Le problème, c’est qu’on n’a jamais eu autant besoin qu’en ce moment que de pouvoir se réfugier dans un bon livre justement ! D’ailleurs, où voulez-vous vous réfugier pour échapper au 
désastre ? On ne peut plus ni sortir ni voir personne. Rendez-nous Kafka. Le visionnaire tchèque avait anticipé des 1910 l’enfermement présent… 
Le contresens est donc bien réel. Et l’émoi est manifeste. Même une ministre en place, celle de la culture, l’inénarrable Roselyne Bachelot n’a pas pu s’empêcher de monter au créneau contre cette interdiction de culture. Mais en a-t-elle les moyens ? Il est vrai qu’elle ne risque plus grand chose tellement on a fait de zèle, en haut lieu, pour pouvoir lui faire accepter le prestigieux bureau de la rue de Valois, dont elle avait certes rêvé à de nombreuses reprises ! Ce n’est pas une raison, car la grogne est sérieuse.

Et même si, pour être franc, on n’achète pas un livre tous les jours, on se sent un peu dépossédé de plus pouvoir le faire quand bon vous semble, à portée de chez soi, chez un de nos libraires de quartier, un de ceux qui n’a pas encore mis la clé sous la porte. C’est certes un peu compulsif car on peut toujours se procurer le dernier Modiano ou Le Clezio ou le journal de Paul Morand sur Chapitre.com ou les librairies indépendantes.com… Il y a quelque jours l’écrivain alpiniste Sylvain Tesson n’a pas eu peur de braver l’interdiction en lançant l’opération « allumez les feux de nos librairies » dans une boutique de la rue des Abbesses à Paris. Le président du syndicat de l’édition, Vincent Montagne n’avait pas tord de faire remarquer qu’en Allemagne ou en Belgique, le livre est bien considéré comme commerce essentiel, contrairement au « pays des Lumières » ! La régression est bel et bien engagée. La France ne reconnaît plus les siens. Un collectif de 280 éditeurs et écrivains a pris le maquis. Et une pétition, « Monsieur le Président,  faisons le choix de la culture en rouvrant les librairies », aurait déjà recueilli, en quelques jours, plus de 300 000 signataires pour une réouverture le 13 novembre !

Le gouvernement Castex face à un casse-tête existentiel

Toucher au livre, c’est toucher un peu à notre essence, puisque on a des idées. Le gouvernent de Jean Castex dans sa grande sagesse répond en décidant que l‘État s’engageait désormais à rembourser les frais postaux des livres envoyés par les les librairies indépendantes. Une mesure techno qui ne coûtera pas bien chère tant sont peu nombreux les petits libraires à disposer d’un site marchand !
 Une manière de noyer le poisson ?

Rappelons qu’il y a 25 000 points de ventes de livres dans notre pays dont 15 000 véritables spécialistes. Et ne parlons pas des conséquences sur la filière édition ou imprimerie dont le groupe indépendant Maury à Malesherbes (Loiret) reste l’un de nos plus beaux fleurons industriels. Alors certes, l’on peut se rebattre sur les point de vente presse qui restent eux intégralement ouverts, à l’exception de certains Relay. Un groupe comme Entreprendre Lafont presse (350 parutions par an) maintient l’intégralité de sa production. Cela ne suffit pas à faire oublier tout le reste, à l’image du vibrionnant  Alexandre Jardin qui mobilise avec le réseau Cultura en rajoutant lyrique : « Quelque chose de superbe est train de naître… » Le zèbre a décidément de belles rayures…

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici

3 × deux =