Dans la bataille de l’offre touristique mondiale, la qualité d’aménagement de nos villes touristiques va jouer un rôle essentiel pour permettre à la France de conserver son statut mérité de première destination visitée du monde.

Puisque le tourisme devient part majeure de notre PIB (entre 7 et 10 %), il n’est pas inutile d’y regarder à deux fois. C’est le moment à cette période de fin des vacances d’été où beaucoup de nos compatriotes en ont profité pour visiter leur pays et ont un avis sur la question. À ce titre, beaucoup de nos maires doivent passer du statut de gestionnaires administratifs en aménageurs urbains et de paysages qu’ils doivent devenir.

De ce point de vue, il est inutile de faire le tour de France buissonnière pour saisir le potentiel intact de notre pays. Mais disposer d’atouts incontestables (paysages, patrimoine, histoire, culture, gastronomie, artisanat, renommée…) ne suffit pas. La concurrence à nos portes immédiates est de tous les instants. Pas un jour sans que de nouveaux opérateurs touristiques se mettent en marche. Regarder par exemple comment certains pays d’Europe de l’Est ou de l’Adriatique (Croatie, Serbie, voire Bulgarie) proposent des séjours avec d’excellents rapports qualité prix désormais.

La comparaison permanente sur le net rend le choix de plus en plus facile. Attention donc à bien rester dans la course. On ne choisit plus sa destination simplement parce qu’on a vu de belles images à la télé durant le Tour de France, par exemple.

Certaines de nos communes et non des moindres semblent s’endormir sur leurs lauriers de cartes postales et penser que tout ira bien demain sans avoir à investir. C’est un leurre. Sur la côte ouest par exemple, en face du Mont-Saint-Michel, une station balnéaire comme Granville (50) a certes un casino, une belle plage, un centre-ville animé et vivant, un musée Christian Dior sans pareil, mais cela ne suffit pas, et son port de pêche n’a rien d’attractif. Le parking obstrue la vue. L’hôtel de police avec vue mer devrait être déplacé et transformé en établissement hôtelier.

Aujourd’hui, tous les touristes du monde veulent pouvoir déjeuner ou boire un verre avec une vue mer. Un petit port comme Hontfleur (14) l’a compris depuis des lustres. Et son vieux bassin piétonnier depuis des décennies reste un rendez-vous incontournable, pas seulement pour les peintres du dimanche.

Qu’attendent ses voisines du Cotentin, Saint-Vaast-la-Hougue ou Barfleur réputées plus beaux villages de France, selon Stéphane Bern himself, pour emprunter ce même chemin ? Dans leurs quartiers de villégiature, les vacanciers ne veulent plus de voitures qui obstruent leur vue. À Dinan, ville bretonne historique magnifique et sous-cotée à l’ombre de ses voisines rivales prestigieuses Saint-Malo ou Dinard, la cité pourrait encore mieux tirer son épingle du jeu avec une offre un peu élargie. Le dimanche soir, en plein moins d’août, difficile de trouver une place assise. Reste à déguster une glace à la chaîne du glacier local au « Pôle Nord ». Pas de problème pour un Parisien comme moi qui s’en remettra, mais cela fait désordre quand le touriste vient de plus loin, d’Hambourg ou de Milan. Même pas une petite formule bien de chez nous à se mettre sous la dent pour déguster nos meilleurs plats. Crêperie compris, ils affichent tous complets !

Jeunes entrepreneurs qui cherchaient à vous installer, il y a des places à prendre partout dans nos villes touristiques. Une ville aussi prestigieuse que Dinard l’a compris. Tous les matins, la plage est nettoyée de fond en comble. Bravo, mais est-ce suffisant ? Certes pas et là aussi, la municipalité gagnerait à mieux aménager le terre-plein central situé au centre-ville.

Nous rentrons dans une bataille économique sans merci où les clients ne font plus aucun cadeau. Le concept d’art de vivre à la française ne suffit plus à garantir nos parts de marché d’un tourisme mondial aux multiples facettes et à l’offre sans cesse démultipliée.

Et de ce point de vue, nos maires ont un grand rôle à tenir : ils se doivent de devenir des entrepreneurs touristiques. Veiller en particulier à l’agrément de quartiers touristiques dénués de voitures, avec l’instauration de parkings à l’entrée des villes, de façon à redonner à nos paysages urbains la qualité esthétique qu’ils méritent et dont ils sont encore porteurs. Voir par exemple les incroyables efforts en la matière réalisés ces dernières années par des villes comme Angers, Colmar ou Fontevraud … C’est l’exemple à suivre.

Robert Lafont

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