Je ne sais pas si mon ami Mohed Altrad réussira à se faire élire maire de Montpellier à la surprise générale, mais le moins qu’on puisse dire, c’est que l’entrepreneur self made man n’en a jamais été aussi proche. Après s’être allié avec des listes citoyennes de gauche (Clothilde Ollier, ex EELV, Alenka Doulain et l’humoriste Rémi Gaillard) II est crédité d’un score de 40 % au second tour face au maire sortant divers droite Philippe Saurel. L’homme d’affaires de 72 ans, président du club de rugby du MHR, qui veut „rompre avec l’ancien système „ et „ rassembler les hommes de bonne volonté et sans étiquette“ joue une carte assez formidable.

L’histoire de ce fils de bédouin, d’origine syrienne, répudié par son père et débarquant en France à l’âge de 18 ans sans argent, sans famille et sans diplôme devrait déciller les yeux de nos compatriotes pour arriver à faire comprendre que dans notre pays béni des Dieux, on peut réussir partout quand on se donne la volonté d’entreprendre . En tant que jeune patron de presse, fondateur d’Entreprendre, j’ai eu la chance de connaître Mohed Altrad à ses débuts dans les années 80. À l’époque , personne ne prêtait attention à ce personnage trapu, taciturne et manquant singulièrement de confiance en lui . Nous avons été les premiers dans la presse à le faire sortir de l’ombre. Il a fait la une du magazine Entreprendre au moins à trois reprises. Son parcours l’atteste, c’est un personnage singulier pour qui rien n’est impossible. Je me souviens que dans son petit bureau  bien meublé situé dans un hôtel particulier près de l’avenue George V à Paris, il travaillait déjà beaucoup, les yeux rivés derrière son ordinateur. Mohed n’a jamais été très éloquent, une petite voix fluette voire hésitante, cela ne l’a pas empêché de faire le parcours que l’on sait. Volonté, volonté, volonté : les trois ingrédients de sa formidable réussite alliée à une rigueur sans pareil. Homme de chiffres et d’organisation, il a écrit des ouvrages sur le management et le contrôle de gestion. Ce qui  ne l’a pas empêché de cultiver ses rêves de grandeur tout en ne négligeant pas son jardin secret, celui de l’écriture. Il a commis de nombreux romans souvent autobiographiques qui rendent compte de sa déchirure intime, celle qui l’a arraché à une famille inconnue à Raqqa qui ne l’a pas vraiment désiré.. Cette terrible fracture , Mohed en a fait une force. Et c’est cela qui il faut retenir, à savoir que dans la vie : rien n’est perdu. Même avec toutes les difficultés de la terre, on peut renverser les destins.

En 1985, le jeune Altrad reprenait pour rien une petite affaire d’échafaudages a Florensac, près de Béziers dans l’Hérault dont personne ne voulait. Je suis allé le voir sur place en 1987. Et je me souviens de son accueil magnifique : chauffeur à l’aéroport de Montpellier Frejorgues, restaurant étoilé, visite documentée de l’usine. Le petit patron de Pme avait déjà les codes des grands, et il laissait entrevoir un parcours atypique.

On ne devient pas un géant si on ne l’a pas fortement voulu. Aujourd’hui, le Groupe Altrad est devenu à force de croissance externe et d’une stratégie adaptée l’une des plus belles réussites du pays, un leader mondial des services industriels avec 8,7 Milliards d’euros de CA, 42000 salariés, et une présence dans 50 pays. Difficile de faire mieux. Il a remporté il y a quelques le titre d’entrepreneur mondial de l’année.

Une réussite sans équivalent dont la France ferait bien d’etre fière. Car c’est ici et nulle part ailleurs que s’est faite sa formidable épopée.

Je ne sais si notre ami fera de Montpellier, comme il le prétend, s’il est élu bien sûr, la San Francisco de l’Europe du Sud, et de la côte languedocienne la Sillicon Valley de l’Europe du Sud qu’elle peut devenir au même titre que sa voisine de la côte d’Azur, Sophia Antipolis. Une ville métropole tournée vers les nouveaux secteurs porteurs (économie verte, tourisme, Biotech, médecine, numérique…). C’est déjà une ville de start up . Une chose est sûre, son audacieux plan d’investissement de 1,13 milliards d’euros (financé par l’Europe, les collectivités et les fonds privés), appliqué à la ville „ surdouée“ (comme disait Georges Freche) ferait un bien fou à l’économie du Sud dans son entier. Comme dirait l’autre, si Montpellier a bien tous les atouts pour réussir, encore faut-il qu’elle les mette en œuvre.

On peut pour cela faire confiance à Altrad. Je peux témoigner : Je l’ai vu démarrer de zéro. À suivre !

Robert Lafont

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